Versailles confidentiel : le potager du Roi, rencontre entre l’histoire et l’horticulture

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Versailles attire deux types de visiteurs : les adorateurs du Roi Soleil, qui arpentent sur talons rouges la galerie des glaces, et les admirateurs de Marie-Antoinette, qui versent une larme émue devant le Trianon.
En revanche, on ignore généralement l’existence du potager du Roi. Pourtant, ce jardin, classé monument historique depuis 1921, est indissociable de l’histoire du château, et, plus généralement, de l’histoire du goût aristocratique.
Situé derrière la cathédrale Saint Louis, non loin de la pièce d’eau des Suisses, le potager du Roi s’étend sur neuf hectares. Son principal artisan, Jean-Baptiste de la Quintinie, s’illustra d’abord à Vaux-le-Vicomte, comme la plupart des futurs artisans de Versailles.
C’est en 1678, sous l’apogée du Roi Soleil, qu’il fut chargé de créer le potager du Roi. L’emplacement était si peu favorable que les travaux durèrent cinq ans : il fallut assécher « l’étang puant » préexistant, remblayer le terrain, construire murs et terrasses pour protéger les plantations du vent…
Enfin, on put y cultiver les denrées favorites du Grand siècle : asperges, petits pois, poires, raisins, pêches, melons… et surtout, les figues, dont raffolait Louis XIV, et pour la culture desquelles on alla jusqu’à bâtir une figuerie qui régalait le roi de juin à septembre.
En jouant des diverses expositions, en cultivant sous cloches, La Quintinie obtint, luxe inouï, des primeurs et récoltes à contre-saison : « des fraises à la fin mars, des précoces, et des pois en avril, des figues en juin, des asperges et des laitues pommées en décembre ».
arbre Versailles
Aujourd’hui, un jardinier en marinière aux allures de Pablo Picasso, coiffé du chapeau de paille auquel on reconnaît un bon jardinier, nous fait faire le tour de l’horticulteur.
Comme au XVII° siècle, le jardin s’organise aujourd’hui autour d’un carré central consacré aux légumes, et approvisionné en eau par un bassin circulaire. Basilic, aubergines, tomates, asperges, céleris… plus de quatre cents variétés légumières, récentes comme anciennes, y sont collectionnées.
Autour de ce carré central s’articulent les « chambres » à fruits, qui se caractérisent par la présence de murs couverts d’un enduit terre de sienne, additionné d’un mélange de brique pilée et de charbon de bois. Ainsi, en accumulant la chaleur, ces mortiers favorisent la croissance des arbres fruitiers taillés en espaliers, grande innovation horticole du XVII° siècle. Ici encore, de nombreuses variétés fruitières sont collectionnées. Entre deux conseils de notre guide sur comment réussir sa greffe de poirier sur cognassier, une visiteuse gourmande propose généreusement ses services pour cueillir les pêches provocantes qui se balancent à portée de main.
Le potager du Roi, lieu de modernité horticole au XVII° siècle, s’inscrit toujours dans cet esprit novateur, puisqu’on y pratique aujourd’hui une agriculture biologique : ainsi, les fleurs et les arbres fruitiers sont associés de manière à attirer les insectes indispensables à la pollinisation, des nids à mésanges et des abris à hérissons sont aménagés pour attirer ces alliés redoutables dans la lutte contre les pucerons… Ce parti pris biologique ne compromet pas le rendement du potager : on y récolte chaque année en moyenne 30 tonnes de fruits et 20 tonnes de légumes.
Après un détour par le jardin de rocaille, où le bouleau côtoie l’aucuba japonica, le visiteur passe devant la grille ouvragée, rare subsistance du XVII° siècle, que le Roi Soleil empruntait pour visiter son « Directeur de tous les jardins fruitiers et potagers royaux ». La visite se conclut devant la maison que Mansart construisit pour La Quintinie : « La porte est ouverte, La Quintinie doit être chez lui », plaisante notre guide.
Violaine FAUBERT

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