Louis-Philippe et Versailles… au château de Versailles

C’est une exposition de grand intérêt que nous propose le Château de Versailles jusqu’au 3 février 2019. Tout comme Napoléon a modifié Paris (cf mon article ici à ce sujet), Louis-Philippe a transformé Versailles, le faisant passer du château à un musée dédié « à toutes les gloires de la France » inauguré en 1837. L’Ancien régime avait ses codes qui diffèrent de ceux du règne de Louis-Philippe avec l’émergence de l’individu. Cette exposition Louis-Philippe et Versailles interroge la personnalité du souverain, ses goûts et la naissance d’un style et insiste sur l’implication directe du roi dans ce projet, sur son goût pour l’histoire et sa volonté de mettre en scène l’histoire nationale.

Galeries historiques de Versailles_1enviedailleurs.com
Galeries des Batailles de Versailles

C’est également l’occasion de découvrir 32 pièces habituellement peu accessibles au public, soit plus de 4600m2.

Louise Marie Adelaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'Orléans (1753-1821) par Elisabeth Vigée Le Brun
Louise Marie Adelaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d’Orléans (1753-1821) par Elisabeth Vigée Le Brun

Héritier de la famille d’Orléans, Louis-Philippe a peu d’histoire commune avec le Versailles de l’Ancien Régime. Pourtant, dès son accession au trône en 1830 il s’intéresse au château et le transforme en monument national, manière de réconcilier les Français entre eux, mais également d’inscrire son règne dans l’histoire nationale. Deux Versailles cohabitent alors : – la résidence royale dans le corps central, avec les Grands appartements restaurés et remeublés, qui conservent leur appellation et leur destination ; et les ailes du Nord et du Midi qui subissent d’importants travaux. Louis-Philippe crée des Galeries Historiques d’un bout à l’autre du Palais, ponctuant sa partition architecturale d’importants ensembles iconographiques : la galerie des Batailles, de Tolbiac (victoire de Clovis Premier sur les Alamans en 496 ou 506) à Wagram, la salle des Etats-Généraux et la salle de 1792, la salle du Sacre de Napoléon à laquelle répond la salle de 1830 à la gloire du nouveau monarque, et enfin les salles des Croisades et les salles d’Afrique restées inachevées en 1848 à la chute de la monarchie de Juillet.

La bataille d'Isly - 14 août 1844
La bataille d’Isly – 14 août 1844

C’est dans ces salles d’Afrique que se situe l’exposition, qui retrace la vie de Louis-Philippe, de son éducation confiée à Stéphanie-Félicité de Genlis à son accession au trône, en passant par l’exil et ses voyages, qu’il met également en scène dans deux grands tableaux commandés à Auguste Biard : Le Duc d’Orléans reçu dans un campement de Lapons

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Le Duc d’Orléans reçu dans un campement de Lapons en août 1795, Salon de 1841 François Auguste Biard © RMN- Grand Palais (château de Versailles / Gérard Blot)

et Le Duc d’Orléans descend le grand rapide de l’Eijampaïka. Ces œuvres ne recherchent pas le réalisme mais mettent en scène un duc d’Orléans impassible face aux éléments…

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Le duc d’Orléans descend le grand rapide de l’EIjampaïaka sur le fleuve Muonio en Laponie en août 1795, salon de 1841 François-Auguste Biard © RMN- Grand Palais (château de Versailles / Franck Raux)

Cette exposition est ainsi l’occasion de découvrir comment sa vie personnelle impacte ses choix à Versailles, telles les commandes passées une fois Roi pour des artistes qu’il avait connus dans les années 1820. Appréciant Géricault, il en possédait les plus beaux tableaux, actuellement au Louvre. Son esprit plus pratique qu’intellectuel se voit également dans le choix des matériaux et d’un mobilier sobre.

Une facette de Versailles « à la manière de » de Louis-Philippe qui permet de se rappeler (ou de découvrir) que son aménagement est un véritable mille-feuille qui suit les différents régimes politiques. Une influence du Souverain qui m’a fait penser à sa décision de transformer le Dôme des Invalides en tombeau de Napoléon (cf mon précédent article sur Saint Louis des Invalides ).

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Mais laissons le mot de la fin à Victor Hugo qui écrit dans ses Œuvres complètes : « Ce que Louis-Philippe a fait à Versailles est bien. (…) C’est avoir mis une idée immense dans un immense édifice, c’est avoir installé le présent chez le passé, 1789 vis-à-vis de 1688, l’Empereur chez le Roi, Napoléon chez Louis XIV ; en un mot, c’est avoir donné à ce livre magnifique qu’on appelle l’Histoire de France, cette magnifique reliure qu’on appelle Versailles. »

Anne-Laure FAUBERT

Château de Versailles – Jusqu’au 3 février 2019

Versailles confidentiel : le potager du Roi, rencontre entre l’histoire et l’horticulture

Versailles attire deux types de visiteurs : les adorateurs du Roi Soleil, qui arpentent sur talons rouges la galerie des glaces, et les admirateurs de Marie-Antoinette, qui versent une larme émue devant le Trianon.
En revanche, on ignore généralement l’existence du potager du Roi. Pourtant, ce jardin, classé monument historique depuis 1921, est indissociable de l’histoire du château, et, plus généralement, de l’histoire du goût aristocratique.
Situé derrière la cathédrale Saint Louis, non loin de la pièce d’eau des Suisses, le potager du Roi s’étend sur neuf hectares. Son principal artisan, Jean-Baptiste de la Quintinie, s’illustra d’abord à Vaux-le-Vicomte, comme la plupart des futurs artisans de Versailles.
C’est en 1678, sous l’apogée du Roi Soleil, qu’il fut chargé de créer le potager du Roi. L’emplacement était si peu favorable que les travaux durèrent cinq ans : il fallut assécher « l’étang puant » préexistant, remblayer le terrain, construire murs et terrasses pour protéger les plantations du vent…
Enfin, on put y cultiver les denrées favorites du Grand siècle : asperges, petits pois, poires, raisins, pêches, melons… et surtout, les figues, dont raffolait Louis XIV, et pour la culture desquelles on alla jusqu’à bâtir une figuerie qui régalait le roi de juin à septembre.
En jouant des diverses expositions, en cultivant sous cloches, La Quintinie obtint, luxe inouï, des primeurs et récoltes à contre-saison : « des fraises à la fin mars, des précoces, et des pois en avril, des figues en juin, des asperges et des laitues pommées en décembre ».
arbre Versailles
Aujourd’hui, un jardinier en marinière aux allures de Pablo Picasso, coiffé du chapeau de paille auquel on reconnaît un bon jardinier, nous fait faire le tour de l’horticulteur.
Comme au XVII° siècle, le jardin s’organise aujourd’hui autour d’un carré central consacré aux légumes, et approvisionné en eau par un bassin circulaire. Basilic, aubergines, tomates, asperges, céleris… plus de quatre cents variétés légumières, récentes comme anciennes, y sont collectionnées.
Autour de ce carré central s’articulent les « chambres » à fruits, qui se caractérisent par la présence de murs couverts d’un enduit terre de sienne, additionné d’un mélange de brique pilée et de charbon de bois. Ainsi, en accumulant la chaleur, ces mortiers favorisent la croissance des arbres fruitiers taillés en espaliers, grande innovation horticole du XVII° siècle. Ici encore, de nombreuses variétés fruitières sont collectionnées. Entre deux conseils de notre guide sur comment réussir sa greffe de poirier sur cognassier, une visiteuse gourmande propose généreusement ses services pour cueillir les pêches provocantes qui se balancent à portée de main.
Le potager du Roi, lieu de modernité horticole au XVII° siècle, s’inscrit toujours dans cet esprit novateur, puisqu’on y pratique aujourd’hui une agriculture biologique : ainsi, les fleurs et les arbres fruitiers sont associés de manière à attirer les insectes indispensables à la pollinisation, des nids à mésanges et des abris à hérissons sont aménagés pour attirer ces alliés redoutables dans la lutte contre les pucerons… Ce parti pris biologique ne compromet pas le rendement du potager : on y récolte chaque année en moyenne 30 tonnes de fruits et 20 tonnes de légumes.
Après un détour par le jardin de rocaille, où le bouleau côtoie l’aucuba japonica, le visiteur passe devant la grille ouvragée, rare subsistance du XVII° siècle, que le Roi Soleil empruntait pour visiter son « Directeur de tous les jardins fruitiers et potagers royaux ». La visite se conclut devant la maison que Mansart construisit pour La Quintinie : « La porte est ouverte, La Quintinie doit être chez lui », plaisante notre guide.
Violaine FAUBERT