S’il y a toujours un peu d’orgueil mal placé à voir le portrait d’un de ses anciens professeurs d’économie, en l’occurrence François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France et Président de Citéco, en ouverture du livret consacré à la nouvelle cité de l’économie, Citéco, il est vite oublié face au défi que s’est fixée cette vénérable institution: aborder l’économie dans un musée, et qui plus est en France, pays un tant soit peu fâché avec cette matière, et caractérisé par le tabou de l’argent…

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C’est dans le XVII° arrondissement, dans l’hôtel Gaillard, un palais néo-Renaissance ayant appartenu à Emile Gaillard (1821-1902) représentatif des dynasties bourgeoises du XIX°s, que cette Cité de l’économie a pris ses quartiers. Un bâtiment unique, classé Monument historique, ancienne succursale de la Banque de France, dont la rénovation architecturale vaut à elle seule le déplacement.

Salle des coffres Cité de l’Économie © Charlotte Donker

En fonction de l’appétence de chacun, la visite pourra s’orienter vers la mythique salle des coffres, réputée imprenable et pour cause, elle était entourée d’eau la nuit venue et un « pont levis » se levait, l’architecture du bâtiment, les questions économiques du troc, de la provenance avec le pédagogique « Made in partout » ou les salaires en tournant fébrilement la manette pour savoir où l’on se situe par rapport aux autres travailleurs français. La question de l’inflation est abordée de façon pédagogique avec des poids et une balance et la financiarisation de l’économie scénographiée par des écrans verts où défilent de façon entêtante des chiffres.

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Déformation personnelle oblige, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer l’OPA faite par les professeurs de Sciences Po sur Citéco, contrairement à ceux de Dauphine peu présents, et la parité respectées des experts interrogés… ; )

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A découvrir pour se réconcilier avec les chiffres et ses cours d’éco… ou pour rafraîchir sa mémoire et ses concepts économiques.

Anne-Laure FAUBERT

La lune… du voyage réel aux voyages imaginaires…

C’est une exposition poétique à la scénographie onirique que nous invite à découvrir le Grand Palais: la lune… du voyage réel aux voyages imaginaires… Elle débute avec les premiers pas réels de l’homme sur la lune en juillet 1969, et une oeuvre reprenant et interrogeant les images de ce pas historique dans l’histoire de l’humanité, puis se poursuit avec un mélange d’œuvres d’art contemporain et classique. Une fusée rose bonbon à paillettes interroge le symbole masculin de la fusée et nous rappelle que si la lune est associée à la femme, celle-ci n’est pas associée à la conquête de la lune. On y découvre que le premier voyage sur la lune est imaginé au deuxième siècle après Jésus Christ, et que dans l’oeuvre de Dante, la lune est le lien de transit des âmes. 

Francesca da Rimini, exh. 1837 (oil on canvas)
Francesca da Rimini, exh. 1837 (oil on canvas) by Dyce, William (1806-64); 142×176 cm; National Galleries of Scotland, Edinburgh; (C)

On retrouve le thème de la femme associée à l’eau et à la nuit, de la jeune fille romantique qu’on retrouve avec les Willis de mon ballet préféré, Giselle…  et de la jeune fille libre car inaccessible sous peine de mort: Diane chasseresse… dont le symbole demeure la lune.

La jeune martyre
Delaroche Paul (1797-1856). Paris, musée du Louvre. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda

Une exposition à la scénographie immersive qui rappelle par moments celle d’Artistes et Robots... et qui interroge en creux sur la figure féminine de la lune, objet de clichés et de fantasmes à travers les siècles. On songe à la Reine de la nuit dans La flûte enchantée par exemple…

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Marc Chagall – Le paysage bleu – 1949 (C) VG Bild-Kunst, Bon (C) Photo: Artothek (C) Adagp, Paris 2019

On part de l’exposition le sourire au lèvre, après être revenu sur ses pas pour voir le célèbre tableau de Chagall. Une oeuvre certes attendue mais qui fait toujours autant plaisir.

 

Anne-Laure FAUBERT

Grand Palais – Jusqu’au 22 juillet 2019

Henri II: La Renaissance au musée de Saint Germain en Laye

Si les amateurs d’art associent davantage le musée d’Ecouen à la Renaissance, ils seront ravis d’apprendre que pour les 500 ans de la naissance du roi Henri II au château de Saint Germain en Laye, de délicats tableaux et des armures rutilantes ont investi le musée. L’occasion également de rappeler au grand public comme à l’esthète éclairé que si Henri II est bien moins connu que son père François Premier, il n’en demeure pas moins un souverain qui marqua son époque.

Atelier de F. Clouet (vers 1515-1572) Henri II, roi de France en 1547 (1519-1559) Photo (C) RMN-Grand Palais (château de Versailles) Gérard Blot

Cette exposition Henri II est tout d’abord l’occasion de rappeler que trois souverains français naquirent à Saint Germain en Laye: Henri II, Charles IX et Louis XIV. Le site était en effet jugé bénéfique pour la santé en raison de la qualité de son air… mais aussi de la forêt propice à la chasse.

L’exposition Henri II replace le souverain dans son époque et dans sa lignée, et permet de se rappeler les alliances matrimoniales qui marquèrent la France: la mère de François Premier est Louise de Savoie et son épouse Claude de France ou la Reine Claude, fille d’Anne de Bretagne. S’il y a peu d’informations sur l’enfance d’Henri II – c’est le deuxième fils de François Ier et il n’est pas destiné à régner, ses amitiés avec Anne de Montmorency, Jacques d’Albon de Saint André et le duc de Guise sont mises en avant. Saint Germain en Laye devient résidence royale lors de son accession au trône et la ville se couvre d’hôtels particuliers où logent les membres de la Cour. On apprend également que la maîtresse du Roi, Diane de Poitiers, a un appartement au château juste en dessous de celui de la Reine, Catherine de Médicis.

Catherine de Médicis, reine de France (1519-1589)- vers 1556 Photo (C) RMN – Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Les tableaux de l’exposition sont un régal pour les yeux si l’on aime les parures et la mode, tout comme la section consacrée au « Monde des enfants » où l’on découvre que Marie Stuart, promise au futur roi François II, arrive d’Ecosse pour vivre avec les enfants d’Henri II.

Bourguignotte du roi Henri II Photo (C) Paris – Musée de l’Armée – Distr RMN-Grand Palais/ Philippe Fuz

Ce souverain est également soucieux de laisser sa marque et fait installer une manufacture à Saint Germain en Laye afin d’avoir des verres de la qualité de ceux de Murano. Il unifie la monnaie, afin d’éviter les contrefaçons mais aussi de marquer son règne avec son effigie, et offre à la ville de Saint Germain en Laye qui manque d’eau des fontaines, dotées d’obélisques recouverts d’une couronne, geste déclamatoire d’offrande à la population.  Henri II meurt des suites d’une blessure infligée lors d’un tournoi, le 10 juillet 1559, à l’âge de 40 ans.

Anne-Laure FAUBERT

Musée de Saint Germain en Laye jusqu’au 14 juillet 2019

Le marché de l’art sous l’Occupation: une exposition poignante au mémorial de la Shoah

Tout comme l’exposition Jankélévitch dont je vous ai parlé ici, l’exposition Le marché de l’art sous l’Occupation 1940-1944 s’adresse à celles et ceux qui prendront le temps d’entrer dans le sujet, d’en saisir toute l’horreur et les questions éthiques qui en ressortent.

La salle des antiquités orientales du musée du Louvre sert d’espace de stockage aux œuvres d’art spoliées. France, 1943-1944. © Mémorial de la Shoah / Coll. Bundesarchiv.

Cette exposition est le résultat d’une longue enquête menée en Europe et aux Etats-Unis et notamment d’archives jusque là inexploitées. La scénographie sobre – si ce n’est la salle rouge où défilent sur un écran noir les noms des objets spoliés – nous immerge dans ce que furent les galeries détenues par des Juifs avant la Deuxième guerre mondiale, avant de nous expliquer de façon didactique comment un historien peut rechercher des œuvres d’art spoliées.

Ventes à l’Hôtel Drouot, 1942 © Ministère de la Culture – Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Dist. RMN – Grand Palais / Noël Le Boyer

Le marché de l’art sous l’Occupation 1940-1944 débute lors de la prise de pouvoir d’Adolf Hitler en 1933 et l' »aryanisation » de l’économie et de l’art puis évoque l’exposition de 1937 sur « l’art dégénéré » ou Entartete Kunst et le discours manichéen prôné par le nazisme opposant cet art au « grand art allemand ».  Des coupures de la presse antisémite française parle d' »art casher » et « zazou » et Vlaminck parle de Picasso comme le « maître catalan bolchévique ». Certaines galeries d’art doivent fermer à la suite de dénonciations ou sont pillées; des marchands d’art comme René Gimpel sont arrêtés et déportés; des personnes profitant au marché noir blanchissent cet argent en achetant des œuvres à Drouot… Dès 1940 des soldats allemands se livrent à des repérages place Vendôme afin de piller les galeries.  On y apprend également que les outils de production, comme des machines à coudre, des Juifs sont vendus, ce qui les fragilise et conduit à l’éradication d’une population de la vie économique et donc à son extermination. L’exposition relate des destins tragiques comme celui d’Armand Isaac Dorville, brillant avocat et collectionneur d’art, décédé en 1941 et dont la famille ne peut hériter. Ses œuvres sont alors vendues à Nice lors des ventes spoliatrices.

Vente aux enchères. Paris, galerie Charpentier, juin 1944. ©Lapi/Roger-Viollet.

Le marché de l’art sous l’Occupation 1940-1944 nous apprend également que l’épuration fut légère dans ce milieu et que ce sont les marchands d’art les plus zélés à vendre les œuvres spoliées qui ensuite organisèrent des ventes pour les Forces françaises de l’intérieur et les mêmes fonctionnaires qui avaient géré les spoliations qui ensuite envoyèrent les demandes de récupération de biens. Les musées nationaux profitèrent également de cette période pour compléter leurs collections.

Le parcours se termine par l’atelier du chercheur de provenance ce qui nous permet de comprendre comment se font les restitutions, dont la dernière en date un tableau de Thomas Couture rendu à la famille de Georges Mandel par le gouvernement allemand en janvier 2019.

Anne-Laure FAUBERT

Jusqu’au 3 novembre 2019

Lorsque l’Océanie s’invite au musée du Quai Branly…

250 ans après le premier voyage de James Cook, le musée du Quai Branly – Jacques Chirac présente, pour la première fois en France, une exposition sur ce continent aux 25 000 îles. Près de 200 œuvres dressent un panorama de l’art océanien. De la Nouvelle-Guinée à Rapa Nui (île de Pâques), d’Hawai à Aotearoa (Nouvelle-Zélande), l’exposition Océanie présente le Pacifique des îles dans son entier. Par delà les particularités de chaque atoll, on retrouve des questionnements communs, et des œuvres qui présentent certaines ressemblances.

Pirogue
Wuvulu, îles de l’Ouest, archipel Bismarck, Papouasie-Nouvelle-Guinée Copyright : © MARKK, Paul Schimweg Photographe : Paul Schimweg

Océanie: c’est une exposition dont la scénographie insiste sur l’importance de l’eau dans cette région du monde, élément qui unit autant qu’il sépare, et relate aussi les relations entre l’Europe et cette contrée, symbolisées par la pagaie de James Cook, le célèbre explorateur anglais du XVIII°s.

Océanie est une exposition qui ravira les amateurs d’arts extra européens auxquels j’appartiens, par un dialogue entre objets d’art ancien et contemporain, mythes et réalités de cette région sur laquelle fantasment de nombreuses personnes. Des pièces rares provenant de musées de Nouvelle Zélande et d’Europe, produites par des artistes océaniens.

Nguzunguzu, figure fixée sur la proue d’une pirogue Recueillie par Eugen Paravicini, 1929 Date de l’oeuvre : XIXe siècle Pays : Lagon de Marovo, Nouvelle-Géorgie, Îles Salomon Copyright : © Museum der Kulturen, Derek Li Wan Po Photographe : Derek Li Wan Po

On y redécouvre l’importance de l’animisme, avec notamment cette anecdote lors de l’ouverture de l’exposition à Londres, où une baleine béluga avait été aperçue dans la Tamise, heureux présages pour les dignitaires. Une pierre blanche avait alors été cherchée dans le fleuve et transmise au musée du Quai Branly pour cette exposition.

Figurine
Statuette aux genoux fléchis, les bras croisés sur le ventre. Copyright : © musée du quai Branly – Jacques Chirac, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado

Quatre grands thèmes jalonnent l’exposition: le voyage avec ces magnifiques pirogues, l’ancrage, la rencontre et la mémoire. J’ai personnellement préféré la magnifique salle jaune, véritable forêt de statues…, et suis ensuite restée songeuse face à ce court film In Pursuit of Venus (infected) qui rappelle les différents fantasmes sur cette région du monde…

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Anne-Laure FAUBERT

Exposition jusqu’au 7 juillet 2019