Alexander McQueen : savage beauty: un must see des expos 2015!

Paris a son expo Jean-Paul Gaultier, Londres celle consacrée à Alexander McQueen au Victoria & Albert Museum (V&A pour les habitués). Une exposition présentée en 2011 à New York et dont le succès ne s’est pas démentie pour sa réédition à Londres. Retour sur un must see de la saison…

Lorsque j’ai visité l’exposition consacrée à Jeanne Lanvin au Palais Galliera (cf ce billet) Aurore, la conférencière, avait déclaré que la scénographie était perfectible. Sur le coup j’étais étonnée. Avec Alexander McQueen savage beauty  j’ai compris. Le V&A fait de cette rétrospective un show à l’image des catwalks (défilés) du créateur. Chaque salle nous fait entrer dans un univers différent de la musique aux murs. La première salle se veut à l’image de l’affiche de l’exposition et du cité gore de celui qui fut 5 ans le directeur artistique de Givenchy : musique violente, voix off, défilés semblant surgir d’un autre monde. La dernière salle est très aquatique, à l’image de sa dernière collection Plato’s Atlantis avant son suicide après le décès de sa mère.

Mac Queen Plato From the Plato’s Atlantis spring/summer 2010 collection. Photograph: Yui Mok/PA

Très tôt, Alexander McQueen sait ce qu’il veut. Il quitte l’école à 15 ans pour devenir apprenti chez un tailleur militaire de Savile Row. Une influence que l’on retrouve tout au long de sa carrière, tout comme son expérience de costumier de théâtre. Il rejoint en 1990 le prestigieux MA Fashion Course art de Saint Martins, où de tailleur talentueux, il devient un designer de mode (fashion designer).  Profondément « connecté » à Londres il n’en revendique pas moins son héritage écossais et crée le tartan McQueen. Influencé par les films et notamment Les oiseaux de Hitchcock, il assume son côté obscur et livre des collections où le sublime côtoie le gothique, le rêve le cauchemar, entrainant un sentiment d’inquiétante étrangeté. Connaissant parfaitement la couture – les vestes de sa collection Dante de 1996 sont sublimes de tradition et de modernité – il la déstructure en fonction de ses envies. « You’ve got to know the rules to break them. That’s what I’m here for, to demolish the rules but to keep the tradition. » Une tradition en effet très présente dans ses collections, de la veste victorienne à la robe empire, mais avec un twist McQueen qui en fait quelque chose d’unique.

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Widows of Culloden, A/W 2006–07. Philip Treacy and Shaun Leane for Alexander McQueen. Model: Snejana Onopka, Image: Courtesy Swarovski Archive

Alexander McQueen (1969-2010) se démarque dès ses débuts par un imaginaire débridé et gothique. Il assume sa part d’ombre, la met en scène comme dans sa collection dédiée à l’Angleterre victorienne et Jack l’Eventreur, et fait de ses mannequins, souvent casquées, des êtres inquiétants. « I want to empower women. I want people to be afraid of the women I dress » déclarait-il. Une femme habillée en McQueen impressionne par la dureté des matériaux employés – cuir, talons vertigineux … – mais révèle aussi une certaine douceur, notamment dans la collection dédiée à l’Ecosse. Le couturier n’a jamais fait mystère de ses origines écossaises, et s’il qualifie de génocide la mainmise de l’Angleterre sur l’Ecosse, la salle consacrée au tartan McQueen est aussi le plus belle de l’exposition, la plus classique avec ses boiseries blondes et des ensembles se référant aux grandes soirées mondaines du XIX°s.

Mac Queen Ecosse

Dresses from McQueen’s The Girl Who Lived in the Tree autumn/winter 2008 collection. Photograph: Suzanne Plunkett/Reuters

A l’image des peintures de Jérôme Bosch qu’il reprend dans sa collection 2010 et des nouvelles d’Allan Edgar Poe, McQueen était empreint de mélancolie et influencé par le romantisme victorien et les relations paradoxales entre vie et mort, lumières et ténèbres, mélancolie et beauté tout en gardant en lui une nostalgie du bon sauvage et de l’état de nature perverti par la société.

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Widows of Culloden, Autumn/Winter 2006-07. Model: Raquel Zimmermann at Viva London. Image: firstVIEW

Une exposition qui s’avère très riche tant par la beauté des modèles que les questions soulevées et l’épaisseur du couturier. Et une envie de voir ce qu’est cette griffe depuis la disparition de son fondateur… Direction Liberty et son corner McQueen…

Alexander McQueen, savage beauty – Victoria & Albert Museum – Londres (métro South Kensington) Jusqu’au 2 août 2015

Un très beau mois d’août!

Envie d’ailleurs ayant porté ses pénates en Grèce, pays que j’aime particulièrement (cf mes billets sur AthènesCyclades, Karpathos, les Sporades...). Ayant choisi Skyros, dans les Sporades, pour son artisanat et son côté préservé, vous n’aurez pas trop de nouvelles dans les 10 prochains jours ; )

 

Crépuscule orhodoxe - 2008

je vous souhaite un très beau mois d’août et des vacances bien méritées.

Athènes, début septembre. Contraste entre les colonnes, la robe et le téléphone qu'elle tient dans ses mains...
Athènes, début septembre. Contraste entre les colonnes, la robe et le téléphone qu’elle tient dans ses mains…

Et pour les amateurs d’histoire contemporaine, voici un lien vers une visite guidée pour les 70 ans de la Libération de Paris dont je vous reparlerai mi août.

 

 

Riga côté architecture : des 3 frères aux immeubles Art nouveau

Les amoureux de patrimoine et d’architecture ne seront pas déçus par Riga, capitale européenne de la culture en 2014.

Restaurant Anne-Laure Graf

Tout comme à Varsovie en Pologne, l’indépendance lettone en 1991 a été suivie de la reconstruction des bâtiments anciens, souvent détruits sous l’URSS car symbole du nationalisme bourgeois letton…

Une flânerie dans la vieille ville puis dans la ville moderne, les 2 étant séparées par le monument de la liberté, genre d’obélisque surmonté d’une statue et d’un parc,

monument de liberté Anne-Laure Graf

est l’occasion de découvrir Les 3 frères, 3 anciennes maisons juxtaposées datant du XVII°s,

2 des 3 frères Anne-Laure Graf

la maison des chats coiffée d’un chat,

Maison des chats Anne-Laure Graf

la maison des Têtes noires, restaurée en 1999

Maison des tetes noires Bdef maison des tetes noires détail

et quelques passages pittoresques près de la reproduction des musiciens de Brême.

Côté ville moderne, la rue Alberta est l’occasion de découvrir des immeubles Jugendstil (ou art nouveau) et romantiques qui laissent songeur…

rue Alberta Anne-Laure Graf Même si une des maisons les plus célèbres de Riga est située un peu plus loin…

Jugenstil Anne-Laure GrafAlors séduits ; )

Vestiges du Marais médiéval… Maisons à pan de bois, église gothique…

J’étais invitée hier à une balade dans le Marais médiéval par l’agence culturelle Des Mots et des Arts via Anne-Sophie, que je remercie. J’étais curieuse car je connais du Marais surtout les hôtels particuliers de l’époque classique…

Echappée belle Maris Bdef

Une belle balade, très bien commentée par Grégory Teillet, et dont je suis ressortie en me disant qu’on pouvait avoir fait ses études et vivre à Paris et encore découvrir des coins magnifiques.

La visite commence par l’église St Gervais – St Protais, dans laquelle, honte à moi, je n’étais jamais entrée. Grégory Teillet nous a très bien expliqué les différents types d’art gothique, ce qui m’a ramené quelques années en arrières lorsque j’avais accompagné ma mère à un congrès de la Société française d’Archéologie pour étudier le gotique en Picardie…

Ce sont les « fleurs » créées par l’architecture – et dont le nom m’échappe – qui ont attiré mon attention.

St Gervais St Protais BdefLa visite se poursuivait par la découverte de quelques maisons à pan de bois et la comparaison entre les toits de la période du Moyen-Âge et ceux de la Renaissance et les conséquences sur la propagation des incendies. Très peu de maisons subsistent, encore faut il le savoir.

La visite se terminait par l’Hôtel de Sens que je connaissais et la muraille de Philippe le Bel.

Hötel de Sens Bdef

Peu de monuments donc mais très bien commentés et qui sortent des sentiers battus… Un beau moment : )

Velázquez et la famille de Philippe IV au Prado ou les femmes comme monnaie d’échange dynastique

Une très belle exposition se tient au Prado jusqu’au 8 février. De taille réduite elle présente 30 tableaux venus de Vienne, Paris, les Etats-Unis, des collections privées et bien sûr, du Prado.

Diego_Velázquez_Famille royales espagnole

Rappelant brièvement par 4 tableaux la carrière du peintre à la cour papale en 1650, cette exposition retrace les 11 dernières années de la carrière de Velázquez et de ses successeurs comme peintres officiels.

Il y a 3 ans, lors de ma découverte du Prado, j’avais été effrayée par l’endogamie de la famille royale espagnole ainsi que par le nombre de mariages contractés par les rois, les reines mourant souvent en couche. Philippe II d’Espagne épouse ainsi successivement 4 femmes.

Cette exposition montre de façon criante la ressemblance entre ces souverains qui, à force d’épouser leur nièce, finissent par avoir un coté « fin de race ».

Ainsi Philippe IV épouse, à la mort de sa femme âgée de plus de 40 ans, Marianne d’Autriche, destinée à son fils décédé auparavant (vous me suivez ?). Ladite Marianne était plus jeune de 29 ans que son oncle-roi-mari et plus âgée de 4 ans que la fille du roi, sa cousine, Marie-Thérèse, qui épouse Louis XIV.

Une pièce de l’exposition est consacrée aux 2 cousines qui se ressemblent énormément : mêmes cheveux clairs frisés, forme du visage similaire.

Les enfants de Marianne et Philippe IV, l’infante Marguerite des Menines, Felipe et Carlos II sont également peints d’une façon nouvelle dans l’art du portrait officiel.

L'Infante_Marguerite_-_Diego_Velasquez

La belle infante meurt à 22 ans après avoir épousé son oncle; le jeune Felipe décède enfant. Quant à Carlos II dont sa mère assure la régence, à la mort du Roi, jusqu’à l’âge de ses 14 ans, il parait bien pâle et gringalet (pour rester poli)…

Le dernier tableau, magnifique, d’une jeune femme blonde habillée de noir, a longtemps été considéré comme celui de Marie Thérèse, épouse de Louis XIV, puis de Marianne. Il apparaît aujourd’hui comme représentant l’infante Margueritte après le décès de son père. Endogamie quand tu nous tiens…

Une très belle exposition qui montre l’évolution du portrait de cour, mais qui effraie sur la place de la femme, monnaie d’échange dynastique. Une politique matrimoniale qui se poursuit puisque au XVIII°s Goya peint la famille de Charles IV où les mariages oncle – nièce continuent…