Des chouettes Ducs de Bourgogne

On peut ne pas tout de suite les noter, lorsque l’on quitte la gare pour se diriger vers le centre historique. Ce sont souvent les enfants qui les remarquent, et tirent sur les manches des adultes pour les leur montrer, les yeux ronds d’étonnement. 

Des chouettes ! Des chouettes dorées qui semblent se suivent, créant un itinéraire invisible ! Vous êtes bien à Dijon, Capitale des Ducs de Bourgogne ! 

La ville s’ouvre véritablement lorsque l’on atteint le Jardin Darcy. Là, commence le charme d’une ville singulière, historique et moderne, coeur d’une gastronomie inventive et en même temps légèrement rétro. Ce jardin s’appelle ainsi en hommage à Henry Darcy, qui a conçu le système d’alimentation en eaux de la ville. On y croise au milieu des fontaines néo renaissance un ours blanc, reproduction par Henry Martinet du Fameux Ours de Pompon, aujourd’hui au musée d’Orsay. 

Une fois sortis du Jardin, passons la porte Guillaume et entamons la découverte de la ville, une ville étonnante, amusante, pleine de décors de cinéma (on peut y voir la maison de Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau !) et de souvenirs de cours d’histoire. 

Souvenez-vous : le duché de Bourgogne fut le siège d’un Etat fort, puissant militairement et politiquement et dont le rayonnement culturel eut un impact saisissant sur le devenir de la France. Les 4 ducs les plus connus sont Philippe le Hardi (qui régna de 1364 à 1404) puis Jean sans Peur (de 1404 à 1419), ensuite Philippe le Bon (de 1419 à 1467) et enfin Charles le Téméraire (de 1467 à 1477). Le pouvoir des Ducs de Bourgogne surpassa celui de la Couronne de France et leur territoire s’étendit de l’actuelle Bourgogne jusqu’aux côtes du Nord, absorbant les terres de la Belgique et des Pays-Bas, grâce aux alliances, mariages, conquêtes et héritages. Les Ducs marquent notamment leurs règnes en bâtissant chacun une tour, plus grande que celle de leur prédécesseurs, dans les villes de Dijon mais aussi à Paris. 

Le cœur de la ville se trouve autour du somptueux Palais des Ducs et des Etats de Bourgogne (classé au titre des monuments historiques depuis 1862, il accueille notamment la mairie de Dijon et le musée des Beaux-arts). Il faut y aller, et gravir les 316 marches qui mènent au sommet de la Tour Jean Sans Peur. Cette escapade vous offre un panorama spectaculaire sur la ville et la région : par temps clair, le regard peut devenir la chaines des Alpes, la Côte d’Or et le vignoble dijonnais, la légendaire Route des Grands Crus qui court de Dijon à Beaune. 

Dijon est une des capitales gastronomiques de France : les vitrines interpellent, invitent à goûter d’épicées moutardes et délicieux  pains d’épices, étourdissants vins et réconfortantes charcuteries. Les maisons Mulot et Petitjean ou encore Fallot vous ouvrent volontiers leurs portes pour des instants de dégustations (merveilles de nonnettes, fondants pains d’épices) et d’amusants ateliers (on peut y faire sa propre moutarde, oui, oui !). 

La ville est à taille humaine, verte et agréable à la circulation. Le tram dessert la ville et de nombreuses zones piétonnes autorisent la flânerie, et tout cela nous pousse à une jolie errance, dans cette ville aux 100 clochers, paradoxalement sans cathédrale. 

Si le Moyen-Âge a profondément marqué la cité, le XIXème siècle et son modernisme aussi. Gustave Eiffel y est né, et Les Halles de la ville, leurs structures métalliques sont un petit trésor à découvrir.  Ensuite, allez-donc vous perdre dans les allées du Musée des Beaux-Arts. Récemment rénové, le bâtiment est lumineux, aéré et majestueux. Il faut absolument allez rendre hommage aux Ducs et admirer les imposants cénotaphes ! Ils racontent un monde oublié, une grandeur et un sens de la dévotion incroyables. Plus loin, vous croiserez les sculptures de Francois Rude (1784-1855) , faites de grâce et d’élégance (particulièrement son Hébé), et les imposants animaux de Pompon (1855-1963), son cerf se tient en silence et majesté et oblige à imaginer un autre monde, que celui des hommes. 

Lorsque vous en sortez, laissez-vous guider par les rues, jusqu’à la place Francois Rude : la fontaine dite du Bareuzai est un des symboles de la ville et le point de ralliement des Dijonnais. Elle représente un vendangeur, foulant le raisin et dont les jambes probablement virent à ce délicat rose, d’où ce nom de « bas rosé ». 

Oh mais vous avez déjà oublié la chouette ? Il ne faut pas quitter la ville sans être aller non seulement la voir, mais poser sa main droite dessus. Les Dijonnais y voient en porte-bonheur et il n’est pas rare de les croiser, posant négligeant la main dessus. Cherchez-là, dans les contreforts de l’église Notre Dame. Elle rythme la vie de nos hôtes, elle rythme leur ville et accompagne leurs espoirs. 

Raphaël Bouboutou Mbemba

Le Belvédère : le centre d’interprétation de l’abbatiale de Fleury dans le Loiret

Quand j’ai annoncé à des amis que j’allais voir la basilique Saint Benoît dans le Loiret, ils m’en ont dit le plus grand bien : ) Mais arrivée sur place, j’ai failli en perdre mon latin : abbatiale de Fleury, basilique Saint Benoît, de quoi parlait-on ?

Vue sur l’abbatiale du Belvédère

Une petite mise au point s’imposait donc.

L’abbatiale de Fleury, patrimoine mondial de l’Unesco, connue également sous le nom de basilique de Saint Benoît sur Loire, tient son nom du hameau de Fleury, antique domaine de « Florius » près duquel elle est fondée au VII°s. Des deux églises, Saint Pierre et Sainte Marie, cette-dernière s’impose comme abbatiale – un lieu où les moines célèbrent l’office – après le transfert d’Italie des reliques de Saint Benoît de Nursie au VII°s, et elle est élevée au rang de basilique par le Pape Pie XII en 1947, marquant ainsi son importance dans l’histoire du Christianisme.

En novembre 2019, un centre d’interprétation, le Belvédère, s’est ouvert juste à côté de Saint Benoît, dans un lieu moderne et suivant un parcours chronologique et didactique. Il tient son nom – le Belvédère – de la terrasse qui offre une vue magnifique sur le monument.

Dans la cour intérieure une maquette de l’abbaye (échelle 1/50°) permet de visualiser ses trois phases de construction par trois couleurs différentes déclinées ensuite dans l’exposition permanente. Libre à vous de le visiter avant ou après la basilique selon ce que vous recherchez.

J’ai personnellement beaucoup aimé la richesse des informations, leur profondeur et la scénographie qui sait rendre attrayant un sujet à première vue aride, laissant le choix au visiteur soit de se concentrer sur quelques thèmes mis en valeur ou de rentrer dans les détails de la règle bénédictine et du rayonnement de cet ordre monastique.  J’y ai ainsi appris que l’abbaye, gardienne des reliques de Saint Benoît depuis le VII°s, était l’un des berceaux de l’ordre des moines bénédictins, et fut autour de l’an mil l’un des principaux foyers intellectuels de l’Occident médiéval (j’ai alors pensé à Cluny et Fontevraud) comme le montrent les manuscrits conservés à Orléans et en Europe.

Par ailleurs, pour les amateurs de lions sculptés ou dessinés, la première exposition temporaire, jusqu’au 26 avril 2020, s’intitule La part du lion – images du lion à l’abbaye de Fleury (IX- XII°s) . Présent à plus de 150 reprises dans la Bible, le lion y apparaît alors comme un animal cruel, dévoreur d’animaux et d’hommes. Cette approche négative change à partir de l’époque carolingienne et devient positive au XI°s. C’est ce que l’on retrouve dans les nombreux lions des chapiteaux de la tour-porche, lions bienveillants qui protègent l’humanité. Les valeurs démoniaques s’incarnent alors dans d’autres animaux comme les singes et les boucs ainsi que les créatures hybrides que sont les basilics et les dragons.

A travers la sculpture et les manuscrits, l’exposition aborde également les différents aspects de la représentation du lion à l’époque romane : les sources utilisées par des artistes qui n’en avaient souvent jamais vus, les figures de Samson, David et Daniel dans la Bible, le lion comme allégorie du Christ et le symbole bien connu du lion pour l’évangéliste Saint Marc (pensez à ce sujet à la ville de Venise et à sa basilique Saint Marc).

Après votre visite, vous pourrez par ailleurs faire un tour au magnifique oratoire carolingien de Germigny-des-Prés et découvrir le château de Sully sur Loire.

Oratoire carolingien de Germigny des Prés

Anne-Laure FAUBERT

De la vie culturelle de Roubaix le grand public ne retient ces derniers temps que la réouverture du musée de la Piscine et c’est dommage. Car cette ville industrieuse du Nord abrite un musée intéressant consacré à son passé textile: La Manufacture.

Reportage sur une exposition et un musée qui nous interpellent sur la création et l’univers de la mode et du textile.

Abritée dans les anciens locaux de la société Craye et fils, industrie de tissage spécialisée dans la fabrication de tissus d’ameublement, fondée en 1914 par Israël Jean-Baptiste Craye et cédée en 2009 à la vile de Roubaix, La Manufacture, musée de la mémoire et de la création textile, ouvre ses portes en 2015 et propose également des expositions temporaires comme en ce moment Parures, objets d’art à porter jusqu’au 27 octobre 2019.

La créatrice Isabelle Quéhé souhaitait concevoir des pièces sans racheter un enième vêtement, des pièces uniques, semblables à des plastrons, et conçues par des créatrices et créateurs du monde entier. Cette soixantaine de pièces permet au visiteur de redécouvrir des techniques de broderie, teinture… nécessitant une expertise et un temps de fabrication long. L’inverse de la fast fashion en somme. Pour les personnes intéressées, l’exposition s’accompagne d’ateliers, de conférences et de l’organisation d’une soirée défilé et vente aux enchères.

Personnellement je serais bien repartie avec certaines pièces sophistiquées ; ) prises en photo ci-dessus et suis restée émerveillée devant certaines œuvres de toute beauté.

La Manufacture offre aussi l’occasion de découvrir « le revers » de notre « look » en rappelant que l’industrie de la mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde. Le visiteur découvre ainsi les différentes étapes de la fabrication d’un tissu et peut également voir des machines fonctionner, dont les plus récentes datent de 1990 et 1992 et sont contrôlées par ordinateur. L’occasion de découvrir comment est fabriqué notre linge de maison mais pas que…

Une idée de sortie culturelle pour le week-end, à compléter par les visites du musée de La Piscine de Roubaix et la villa Cavrois.

Anne-Laure FAUBERT

Le zoo de Vincennes – de son nom officiel Parc zoologique de Paris – a mis en place des nocturnes pour l’été, afin de découvrir les animaux sous un autre jour, à la tombée de la nuit, voire pendant celle-ci, en fonction de votre heure de départ.

Depuis 5 ans et sa réouverture au public, le parc zoologique de Paris fait le bonheur des petits et grands, même si personnellement je lui préfère le parc de Douai la Fontaine en Anjou (je ne suis jamais allée au fameux parc de Beauval): les animaux y bénéficient de plus d’espaces, notamment car l’éloignement de Paris rend le foncier moins onéreux.

Il n’empêche, si comme moi la foule des week-ends vous fait fuir (et Dieu sait ce que je l’ai visité ce zoo depuis 5 ans, je ne me lasse pas de prendre en photo les animaux, avec une affection particulière pour les félins, ces grands chats, et les girafes. La nocturne a justement été l’occasion de découvrir la « maison des girafes » où elles rentraient dormir, et que je n’avais jamais vue, et de suivre leur démarche gracile et ondulée alors qu’elles s’approchaient de leur dortoir puis attendaient leur dîner.

L’occasion également de découvrir de plus près les lynx et les pumas, les lions n’ayant pas daigné montré leur museau ; )

Anne-Laure FAUBERT

Nocturnes les jeudis du 6 juin au 15 août 2019 de 19 h à 1 h

Métro Porte Dorée

Prochain article: L’exposition événement Toutankhamon

Pour les vacances, suivez Panache au château de Vaux le Vicomte!

Envie d’ailleurs se met à l’heure des vacances et vous propose quelques idées de sorties pour petits et grands!

Première étape: Vaux le Vicomte, accessible par la ligne de train menant à Provins (arrêt Verneuil l’Etang) puis par une navette.

Vue de Vaux de profil_1enviedailleurs.com.Bdef

Ceux qui me lisent régulièrement savent que Vaux le Vicomte est un de ces rares châteaux où j’ai le sentiment d’être chez moi quand je m’y rends. Ceci est lié à mes souvenirs d’enfance, au mannequin du masque de fer qu’on y trouve dans les sous-sols (histoire qui intéressait ma grand-mère et dont elle m’a souvent parlé enfant), à ma passion pour l’histoire et à un « je ne sais quoi » qui émane de ce château…

Ayant déjà parlé en 2017 de l’histoire du château, liée à Louis XIV, Colbert et Fouquet, dans cet article, et en début d’année des Noël à Vaux le Vicomte et Cheverny  je vous relaterai l’expérience que j’ai vécue en suivant Panache, l’écureuil du nouveau parcours sonore immersif dédié aux enfants (il en existe un pour adultes mais je ne l’ai pas écouté ; )).

Vaux le Vicomte_Parcours Nicolas Fouquet_1enviedailleurs.com

Je suis loin d’être une adepte des audio guides et autres applications modernes dans les musées et châteaux, et j’avoue avoir été impressionnée par ce parcours sonore. Car non seulement il est ludique et les différentes voix sont amusantes, notamment celle de Panache qui évoque bien celle d’un petit animal fureteur, mais il oblige à regarder certains objets devant lesquels on passerait trop vite, et nous relate de façon pédagogique l’histoire de Vaux le Vicomte, en faisant intervenir les différents protagonistes, de La Fontaine au cuisinier Vatel.

Parcours sonore Immersif au Château de Vaux-le-Vicomte (C) Vaux le Vicomte

Par ailleurs il m’a amenée à me retourner à plusieurs reprises, croyant que les pas dans les escaliers que j’entendais dans mon casque venaient réellement de la salle…  Amateurs de sensations fortes, voyez s’il est possible de le suivre la nuit ; ) Libres à vous ensuite de revenir sur vos pas sans casque pour revoir le château et vous attarder sur une pièce qui vous a plu ou de poursuivre la visite, en costume pour les enfants, dans le château ou dans le parc à pied ou en voiturette!

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Anne-Laure FAUBERT

Prochain article: les nocturnes du zoo de Vincennes