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Les enfants du paradis : une variation sur le temps et l’amour…

J’avais raté ce ballet lors de sa création en octobre 2008. Un peu comme avec Caligula de Nicolas Le Riche : la file des cartes jeune s’était arrêtée juste devant moi à plusieurs reprises… Plus de places en 2008 donc.

J’avais entendu des avis contradictoires sur ce ballet : certains disaient que ce n’était pas de la danse, d’autres que c’était magnifique… J’étais donc intriguée.

Hommage au célèbre film de Marcel Carné Les enfants du paradis (1943), sur un scénario de Jacques Prévert, le ballet de José Martinez se passe dans le Paris des années 1830 et débute boulevard du crime. Il relate les amours impossibles de Garance et Baptiste.

La mise en scène d’Ezio Toffolutti, que je venais de quitter dans Cosi fan tutte, recrée bien cette atmosphère entre réalité et rêverie d’un amour impossible, entre monde de la rue et monde du spectacle. Nous assistons comme Cosi à du théâtre dans le théâtre, le spectateur se faisant parfois voyeur.

Il y a quelque chose de décadent dans les décors d’Ezio Toffolutti, comme si cet amour impossible était en germes dès le début de la pièce.

Il y a de La Dame aux camélias dans Les enfants du Paradis. Pourquoi Garance (Ludmila Pagliero) après avoir flirté avec le mime Baptiste (Stéphane Bullion) et l’acteur Fréderick Lemaître (Karl Paquette) devient-elle la compagne du comte (Alexis Renaud) ? En raison des circonstances pour échapper à nouveau à la justice, par coquetterie, par appât du gain ? Le doute plane.

Pour ceux qui l’ignoreraient, Garance est certes un prénom mais c’est aussi une couleur, le rouge garance. L’utilisation de cette couleur tout au long du spectacle pour les costumes de Garance est très intéressante. A l’exception d’un court instant où elle danse tout en blanc, elle évolue dans des robes blanche à lamées rouges puis franchement rouge voire bordeaux. Le rouge de la passion, de l’interdit, de l’érotisme qu’elle symbolise pour Baptiste. Car Baptiste est pur. Et c’est bien là le drame. Véritable pierrot triste, il se morfond d’amour pour cette femme libre. Stéphane Bullion campait selon moi avec une grande justesse ce personnage très à l’aise dans son rôle de mime mais perdu dans la vie réelle. Dépité par le comportement libertin de Garance il finit par épouser sa fiancée Nathalie (Mélanie Hurel) qu’il ne semble pas aimer.

Une grande mélancolie traverse tout le ballet. Les ailes du temps se déploient et rappellent dans le second acte cet amour toujours prêt à renaître de ses cendres… Epouse-t-on toujours la personne qu’on aurait souhaitée ? Telle est la question que semble poser le chorégraphe en montrant la passion toujours dévorante de Baptiste pour Garance. Quant à la douleur du comte qui perd Garance avant d’être assassiné par Lacenaire (Stéphane Phavorin), elle aurait pu être exprimée par des pas de danse plutôt que par ce cri…

Côté chorégraphie, j’ai trouvé que le premier acte s’apparentait davantage à une comédie musicale et les scènes de groupe m’ont rappelé My fair lady. A l’image du ballet La fille mal gardée de F. Ashton que j’avais vu le 14 juillet 2009 et reprogrammé pour 2012 à l’Opéra de Paris, le premier acte des Enfants du Paradis s’apparente à un ballet « bon public » idéal pour un mois de juillet. Trop long à mon goût en tout cas…

L’entracte était l’occasion pour les spectateurs de voir une représentation du meurtre de Desdémone dans Othello. Très beau duo interprété par Nolwenn Daniel (la façon dont elle se laisse glisser sur les marches est impressionnante) et Karl Paquette.

Ah Karl Paquette !! Cela faisait très longtemps que je n’avais pas vu danser. Il saute toujours aussi bien et j’ai beaucoup apprécié le premier tableau du second acte, « création de Robert Macaire » aux costumes signés Agnès Letestu.

Un second acte plus psychologique même si j’avais préféré l’interprétation Isabelle Ciaravola et Mathieu Ganio donnée au gala pour le Japon. Normal me direz-vous le ballet a été créé autour d’eux. Il formait un couple plus amoureux que celui d’hier…

Une belle soirée offrant d’intenses passages poétiques mais n’évitant pas quelques longueurs.

4 commentaires sur “Les enfants du paradis : une variation sur le temps et l’amour…

  1. Pingback: Blog A petits Pas » Les Enfants du Paradis : Ludmila Pagliero/Stéphane Bullion/Karl Paquette

  2. Amélie
    15 juillet 2011

    Un peu long oui… Surtout le premier acte. Mais c’est pour moi surtou dû à la chorégraphie un peu monotone qu’au découpage. J’aime bien ton passage sur les costume, je ne savais pas que Garance était une couleur.

  3. Pingback: La programmation "Ballets" 2014-2015 de l’Opéra de Paris | Envie d'ailleurs

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