La rétrospective Charles Ray à la Collection Pinault: un désenchantement du monde?

En complément de l’exposition dédiée à Charles Ray au Centre Pompidou, la Bourse de Commerce Collection Pinault montre les dernières œuvres de cet artiste américain sur plusieurs niveaux. Si je reste hermétique à son œuvre, j’ai pu apprécier la façon de présenter les sculptures sans piédestal, directement à notre vue et une réflexion désenchantée sur notre temps. Les œuvres de la Bourse de commerce – Collection Pinault mettent par ailleurs moins mal à l’aise que celles du Centre Pompidou, impression due en partie à une scénographie et un lieu d’exposition bien plus aérés.

Né en 1953, Charles Ray reçoit un éducation stricte et assez rude en internat. Longtemps réticent à exposer son œuvre, il s’avère très lent dans la gestation de son œuvre et ne compte que 123 sculptures sur l’ensemble de sa carrière. Sculpteur post-moderne il interroge son époque, et se sert d’anonymes comme sujets de ses sculptures – SDF, personnes déjeunant… dont se dégage une banale étrangeté.

L’un de ses concepts – l’armature – est hérité du non finito de la Renaissance italienne: certaines parties de ses sculptures sont très détaillées alors que d’autres sont laissées à l’imagination des visiteurs.

Ainsi, sous la Rotonde de la Bourse de commerce, alors que le centre est laissé volontairement vide, son Autoportrait de 2021, sculpture en papier aquarelle, où il semble attendre quelque chose, montre un degré de détail poussé dans les mains et leurs rides alors que d’autres parties sont bien plus lisses.

Plus loin, un pick-up est en réalité un engin compressé puis redéployé.

On note chez Charles Ray une attention particulière sur le jeu des poids et l’échelle d’un objet, avec notamment ses mannequins géants, ou ce jeune garçon tenant une grenouille qui constitue l’affiche de l’exposition. Commande de François Pinault pour marquer la réouverture de Punta della Dogana à Venise, cette sculpture Boy with Frog interpelle par sa monumentalité. Son aspect un peu sévère et ses traits presque méprisants vis à vis de la grenouille, tout comme la taille de l’œuvre provoquent un malaise: l’enfant peut à tout moment anéantir la vie de l’animal.

Le bas relief Girl on pony (2015) reprend un thème très développé dans l’histoire de l’art – une personne à cheval – en insistant davantage sur le tapis de selle et les bottes de la cavalière, que sur le cheval, qui fait l’objet d’une ellipse.

Study after Algardi (2021), s’inspire d’une statuette baroque. Bras écartés mais libérée de la présence de la croix, la silhouette du Christ flotte dans une extase dépourvue de spiritualité. Une approche surprenante d’une des figures les plus marquantes en histoire de l’art occidental – le Christ en croix …

L’esthétique en apparence classique de Charles Ray semble en réalité une manière de mettre à distance une vie quotidienne parfois trop dure…

Anne-Laure FAUBERT

Bourse de Commerce Collection Pinault

Jusqu’au 6 juin 2022.

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