Hofesh Shechter au Palais Garnier: une danse tellurique

Je n’avais aucune idée préconçue en allant découvrir les deux ballets du danseur et chorégraphe israélien Hofesh Shechter. Je savais juste qu’il s’agissait de pièces évoluant dans des univers sombres à la danse terrienne. Je n’avais pas vu The Art of Not Looking Back, entré au répertoire de l’Opéra de Paris en 2018.

Crédits photographiques : © Julien Benhamou / ONP

Dans un univers presque noir et sur fond d’une musique assourdissante, Uprising (2006) écrit après les émeutes françaises de 2005 propose un septuor masculin énergique, où la violence n’est jamais loin. Jeux de lutte, de pouvoir, élans de révolte, poings brandis vers le ciel, ou au contraire mouvements de reptation… sept danseurs profondément ancrés dans le sol et vêtus de pantalon de treillis et de hauts couleurs terre se déplacent dans une danse à la grâce fragile et virile à la fois empruntant au hip-hop et au breakdance. Nulle bassesse, mais plutôt une certaine façon de réagir à l’absurdité d’un monde étrange, aux jeux de pouvoirs des uns et des autres, avant de nous offrir un final digne d’un tableau de Delacroix ou de Géricault, un drapeau rouge brandi rappelant de façon décalée Le radeau de la méduse ou La liberté guidant le peuple.

In your rooms (2007) s’avère plus compliqué à comprendre, mélange de danse, de musique avec cet orchestre suspendu dans les airs, de cinéma avec des zooms sur des scènes figées ou des scénettes, et une voix introductive qui nous parle de l’ordre du monde. Cette danse s’avère sociale et politique, tant dans la gestuelle et la présence régulière de poings levés et de mouvements contestataires, que du tableau brandi par un danseur qui nous enjoint de ne pas suivre les leaders. Une injonction qui semble terriblement d’actualité. Hofesh Shechter nous entraîne dans une danse tellurique aux couleurs ocres, où la scène de l’eau qui tombe en trombes m’a rappelé la moiteur d’un ballet de Pina Bausch… l’humidité en moins. Cette danse inspirée à la fois du Moyen-Orient et des danses de rue ne ressemble à aucune autre…Hofesh Shechter développe ainsi un langage chorégraphique bien à lui, qui plait ou non, mais interroge et marque les esprits. Il nous invite à réfléchir en filigrane sur notre part de responsabilité dans l’ordre du monde.

Anne-Laure FAUBERT

Palais Garnier – Dimanche 20 mars 2022 – 4° représentation.

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