Derain, Balthus et Giacometti – une amitié artistique au Musée d’art moderne de Paris

Pas de commentaire

Du 2 juin au 29 octobre 2017 le musée d’art moderne de la ville de Paris nous invite à nous interroger sur ce qui fait une amitié artistique. En l’occurrence celle de trois artistes majeurs du XXe siècle : les peintres Derain (1880-1954) et Balthus (1908-2001) ainsi que le sculpteur Giacometti (1901-1966). Tous trois fréquentent assidûment le milieu surréaliste, c’est là qu’ils se rencontrent au début des années 1930. Le foisonnement culturel de l’entre-deux-guerres, très propice au développement intellectuel et artistique, va encourager leur création grâce à l’émulation qu’il suscite. Ainsi leur amitié dépasse l’admiration mutuelle pour devenir un espace de partage, une véritable communauté artistique.

A travers une sélection de plus de 350 œuvres (peintures, sculptures, œuvres sur papier et photographies), l’exposition nous fait voyager au cœur de leur univers : leur intérêt commun pour l’art des civilisations lointaines, la modernité, le jeu et le rêve. L’exploration que nous propose cette exposition ne s’arrête pourtant pas à la dimension artistique puisqu’elle parvient à rendre tangible quelque chose d’aussi sensible que l’amitié.

chat
Balthus (1908 – 2001), Le Roi des chats, 1935
Don de la Fondation Balthus Klossowski de Rola, 2016 © Balthus © Nora Rupp, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, Suisse

L’exposition s’ouvre sur une salle consacrée à l’intérêt que partageaient les trois peintres pour la peinture primitive. Cette passion commune prend certainement racine en Italie, où Giacometti et Derain se rendirent séparément en 1920. Ainsi la modernité de la peinture de Derain passe par une réinvention du passé qui a souvent été mal interprété. Sa peinture a été qualifié d’archaïque en raison d’une trop  grande volonté de synthèse. Giacometti, le plus connu des trois peintres, a été épargné par cet écueil en raison de son implication dans le mouvement surréaliste dès 1931. Balthus lui, voyage à Arezzo en 1926, il y copie les fresques de Piero de la Francesca. Ces surprenantes reproductions sont visibles au musée d’art moderne et valent vraiment le coup d’œil.

06
Alberto Giacometti (1901-1966), Aïka, 1959
© Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris & ADAGP, Paris) 2017

Les similitudes de leur art se retrouvent dans les salles suivantes : ils usèrent des mêmes modèles (le galeriste Pierre Colle et son épouse Carmen, Isabel Rawsthorne ou encore Pierre Matisse) et s’intéressèrent tous les trois à la thématique du jeu, Balthus à travers la représentation de l’enfance, Giacometti, par un biais plus sombre, trace un parallèle entre l’aspect éphémère de la vie et le jeu, qui semble pour lui être de l’ordre de la vie ou de la mort.

08
André Derain (1880-1954), Arlequin et Pierrot Collection Jean Walter et Paul Guillaume, Paris, musée de l’Orangerie © RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski © ADAGP, Paris 2017

Le rêve est aussi un de leurs sujets de prédilection car le songe, au-delà de l’idée de subconscient exploitée par les surréalistes, renvoie à la notion de vie intérieure et de réflexions métaphysiques. C’est souvent des femmes qui sont représentées alanguies parfois nues, contemplant le spectateur d’un air sceptique.

Nu
Balthus (1908-2001), Jeune Fille à la chemise blanche, 1955
© Balthus
© Collection of The Pierre and Tana Matisse Foundation – Photo Christopher Burke, NY

L’exposition revient aussi sur leurs collaborations avec le théâtre et le monde de la scène. Grâce à leurs amitiés avec Albert Camus, Antonin Artaud ou encore Edmonde Charles-Roux les trois artistes vont réussirent à se faire un nom en tant que décorateurs de théâtre et créateurs de costume.

15
Balthus (1908-2001), La Rue, 1933
© Balthus
© 2017. Digital image, The Museum of Modern Art, New
York/Scala, Florence

Outre toutes ces sensibilités communes, c’est surtout dans leur questionnement de la réalité que Derain, Balthus et Giacometti se retrouvent. Que ce soit par l’abstraction ou la figuration, ils dévoilent chacun le monde à travers leur perception du réel. Dans Sens et non sens publié en 1948, Merleau-Ponty explique que « l’artiste (…) ne se contente pas d’être un animal cultivé, il assume la culture depuis son début et la fonde à nouveau » c’est ce qu’ils ont réussi à faire.

Alice PAILLAT pour Envie d’ailleurs

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s