Moulins rend hommage à Anne de France (1461-1522) « femme de pouvoir et princesse des lettres »

Qui se souvient 500 ans après sa mort d’Anne de France (1461-1522), fille préférée de Louis XI et quasi régente du royaume de France à la mort de celui-ci en 1483, secondant son jeune frère Charles VIII trop jeune pour régner seul jusqu’en 1491? Anne de France influença le souverain jusqu’à sa mort en 1498 et demeura une princesse incontournable à la cour de France sous les règnes de Louis XII et François Ier.

Panneau aux armes de Pierre II de Bourbon et Anne de France, entre 1488 et 1503, Moulins, musée Anne-de-Beaujeu
(c) musée Anne-de-Beaujeu /Jérôme Mondière

Le musée Anne-de-Beaujeu rend hommage à sa figure tutélaire jusqu’au 18 septembre 2022 avec l’exposition « Anne de France, femme de pouvoir, princesse des arts ».

Anne de France épousa à 13 ans Pierre de Beaujeu, de plus de vingt ans son aîné, et frère cadet du duc Jean II de Bourbon. Ils accédèrent au trône ducal en 1488 et firent de la ville de Moulins une cour ducale renommée où se côtoyaient des artistes venus de toute l’Europe, ce qui explique notamment la présence du triptyque du Maître de Moulins attribué à Jean Hey au sein de la cathédrale. Commandé par les ducs de Bourbon en 1502, il constitue un chef d’œuvre et, si le sujet reste une Vierge à l’enfant, le duc Pierre II de Bourbon, la duchesse Anne de Beaujeu et leur fille Suzanne sont représentés en prière.

Jean Hey, dit aussi le Maître de Moulins (actif à Lyon et à Moulins entre 1480
et 1508), Anne de France, dame de Beaujeu, duchesse de Bourbon, présentée
par saint Jean l’Évangéliste, vers 1492- 1493, huile sur bois (chêne), 73 x 53 cm,
Paris, musée du Louvre, département des peintures
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot

L’exposition Anne de France, femme de pouvoir, princesse des arts rend hommage à cette princesse avec des œuvres prêtées par le Louvre, la National gallery de Londres, et pour la première fois par la Wallace collection. On y découvre une figure ayant inspiré les Romantiques au XIX°s – elle est mentionnée dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo – mais également une personne à la vocation éducative affirmée puisqu’elle forma d’abord sa fille Suzanne, mais également les princesses Louise de Savoie, Marie Tudor et Marguerite d’Autriche qui devinrent également des grandes femmes de pouvoir. Inspirée par les écrits de Christine de Pizan, célèbre auteure italienne et théoricienne de la cause féminine, Anne de France écrivit un manuel d’éducation, les Enseignements à sa fille, dont une édition de 1535 destinée à Marguerite de Navarre est exposée et prêtée par la BnF. « Le bilan de son gouvernement, tant au niveau du Royaume que du Bourbonnais, fut remarquable: elle réussit à assainir une situation économique difficile après la mort de son père et à la fin de la Guerre de Cent Ans, et à défendre les provinces récemment acquises par la Couronne » écrivent les commissaires de l’exposition Giulia Longo et Aubrée David-Chapy.

Jean Hey, dit aussi le Maître de Moulins (actif à Lyon et à Moulins entre 1480
et 1508), La rencontre de Joachim et Sainte Anne à la Porte Dorée, vers 1491-
1494, huile sur bois (chêne), 75.5 x 63.5 cm, NG4092, Londres, National Gallery
(c) National Gallery

L’exposition est également l’occasion de découvrir la politique de mécénat des ducs de Bourbon et leur volonté de s’inscrire dans la magnificence des fastes de la Cour de Bourgogne. J’ai particulièrement aimé la sculpture de Sainte Suzanne de Jean de Chartres, pour les plis de la robe et la finesse des traits, ainsi que La rencontre de Joachim et Sainte Anne à la Porte Dorée de Jean Hey, et donc la conception de la Vierge, qui traduit en réalité la volonté du couple d’avoir un héritier mâle… ce qui ne fut jamais exaucé.

Jean Guillaumet dit Jean de Chartres, probablement d’après Jean Hey, Sainte Suzanne, vers 1500-1503, pierre calcaire, 183 cm × 78cm × 50 cm, Paris, musée du Louvre

Une exposition que j’ai particulièrement aimée, et qui est à découvrir dès maintenant, ou en juin si vous souhaitez voir l’exposition qui sera co-organisée avec la Bibliothèque nationale de France au musée Anne-de-Beaujeu qui présentera les plus grands chefs d’œuvre de l’enluminure à la Cour des Bourbons.

Anne-Laure FAUBERT

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