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Françoise Héritier au café philo de Grandes écoles au Féminin: un pur bonheur intellectuel : ))

Grandes écoles au Féminin inaugurait ce soir son premier café philo avec une invitée de choix, l’anthropologue Françoise Héritier. Il s’agit d’une de ses dernières conférences car l’âge – 80 ans – lui rend les sorties difficiles.

J’avais envie de vous faire partager et d’avoir vos réactions sur ses propos dont je retracerai les grandes lignes.

Héritière de Claude Levi-Strauss, elle est attirée dès l’enfance par les « lointains et les ailleurs » et fait sa première mission en Haute Volta en 1957. Elle est la deuxième femme à entrer au Collège de France en 1981 et elle nous disait ce soir qu’à cette occasion on lui avait  dit « C’est normal. Tu n’es pas une femme. Tu es un homme dans un corps de femme »…. No comment.

Cet intérêt à comprendre les différences entre hommes et femme, cette « valance différentielle des sexes » (valance se comprend comme un mix de balance et valeur) elle la tient de son enfance où quoique éduquée de façon égalitaire par ses parents qui voulaient qu’elle « se débrouille « dans la vie en cas de coup dur (ie en cas de la perte de son futur mari…) elle ne comprenait pas pourquoi elle « devait servir son frère ». Révolte renforcée par ses étés de la 2° Guerre Mondiale où dans la ferme de ses oncles, les femmes servaient les hommes et, non seulement ne mangeaient pas à table, mais en plus ne mangeaient que ce qui restait… Again no comment… Elle évoquait aussi un chromo sur les âges de l’homme et de la femme où cette-dernière ne se réalisait que par les enfants ou la famille.

Ses travaux anthropologiques l’ont amenée à constater qu’il n’existe rien dans nos organisations sociales qui découlent obligatoirement de la nature. Tout individu est en réalité formé par des liens de consanguinité et des liens sociaux et trouve cela normal.

Par ailleurs, plusieurs butoirs de la pensée nous forment:

– la néoténie de l’espèce ou temps long qu’il faut à l’enfant pour devenir autonome

– l’évidence de l’existence de 2 sexes

– Les parents naissent avant les enfants

– Seules les femmes engendrent l’un et l’autre sexe

– Le coït est nécessaire pour avoir un enfant.

De ces butoirs découlent des rapports entre les hommes et les femmes qui se sont greffés sur les rapports d’autorité parents / enfants. Les femmes sont considérées dans toutes les sociétés comme des cadettes. Par ailleurs, il y a l’idée dans certaines sociétés que pour qu’un homme ait un semblable ( ie un garçon) il doit contraindre la femme car d’elle-même elle n’aurait que des filles. C’est donc aux hommes de s’échanger des femmes pour avoir des enfants, de les contraindre par le mariage à la fidélité, voire de les enfermer pour être garant de leur paternité.

Il découle aussi de cette conception des rapports hommes femmes:

– une longue lutte des femmes pour obtenir la liberté de leur corps puisque longtemps mariées sans leur assentiment,

– un accès au savoir récent puisqu’au XVIIIe des philosophes écrivent encore que les femmes étaient bêtes par nature.

Il reste aujourd’hui dans les sociétés occidentales à régler la question de l’accès généralisé aux fonctions de pouvoir.

Françoise Héritier a également insisté sur l’usage des poncifs et stéréotypes qui sont le langage employé par tout type de domination, qu’elle soit fondée sur le genre, la race ou la domination politique. Cette domination nous l’intégrons pendant notre enfance où nous sommes dépendants des adultes.

Elle prend alors l’exemple vu au Burkina Fass (dernière mission en 1979) où l’on donnait le sein au bébé garçon dès qu’il criait car « il a le cœur chaud et donc se met en colère rapidement; il faut donc le contenter) et on faisait attendre le bébé fille car « comme elle n’aura jamais dans la vie ce qu’elle espère, autant le lui apprendre tout de suite ». Cet exemple fait froid dans le dos et invite à celles qui sont mères à réfléchir à l’éducation qu’elles donnent à leurs enfants. Car en faisant ainsi on fabrique « deux races: ceux pour qui les besoins sont des ordres et celles qui attendent timidement ». 

Par ailleurs nous conservons certains stéréotypes lorsque nous parlons aux enfants de la façon dont se conçoit un enfant: le papa met une graine dans le ventre de la maman et on omet qu’il faut une alchimie des 2. En agissant ainsi, nous nous référons à cette croyance ancienne que c’est l’homme qui enfante et que la femme n’est qu »une marmite ».

Françoise Héritier concluait en disant que confiner les femmes à la sphère domestique relève de l’arnaque logique universelle et qu’il ‘y a aucun rapport entre le fait d’avoir des enfants et d’être à la maison.

Elle ajoutait ensuite en privé que si les femmes ne se sont pas « révoltées plus tôt c’est qu’obligées à gérer la vie domestique et familiale elle n’avaient pas le temps » et qu’il fallait gommer dans l’éducation les normes du genre pour ne garder que les traits caractéristiques des êtres. Enfin elle semblait partisane du couple vivant chacun chez soi et concluait en disant que ce sont les femmes qui font tourner le monde et que si elles cessaient tout ce qu’elles font ce serait terrible…

10 commentaires sur “Françoise Héritier au café philo de Grandes écoles au Féminin: un pur bonheur intellectuel : ))

  1. Anonyme
    9 octobre 2013

    Tres interessant Anne-Laure, il y a encore du chemin à faire!

  2. Bertrand
    9 octobre 2013

    Merci pour cet intéressant article!

  3. Virginie
    9 octobre 2013

    On peut dire qu’il y a des améliorations mais c’est pas encore ça …..

    • Anne-Laure Graf
      9 octobre 2013

      @ Virginie: on est bien d’accord, il y a encore des marges de progrès…
      @Lisa: me connaissant tu dois imaginer dans quel état j’étais
      @ »Anonyme »: cf nos conversations sur les impacts dans la sphère professionnelle
      @Bertrand: Merci!

  4. Lisa
    9 octobre 2013

    Bonjour mon amie,
    Lol, tu as du faire des bonds !
    J’ai hâte que tu me racontes tout ceci de vive voix…

  5. Anonyme
    9 octobre 2013

    Vraiment bien ton résumé!

  6. Temple-Boyer Sarah
    15 octobre 2013

    Bravo Anne-laure pour l’article, je regrette de ne pas avoir assisté à cette conférence. Que de révolutions de mentalité il faut encore mener! l’histoire de la petite graine: je n’avais pas pensé à l’implication sur la passivité de la femme que cela engendre! mon fils n’aura certainement pas droit à cette belle histoire!

  7. Pat
    29 octobre 2013

    You completed various good points there!

  8. Anna
    12 novembre 2013

    C’est toujours galvanisant de lire les propos de cette personnalité que j’admire…

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Cette entrée a été publiée le 8 octobre 2013 par dans BALLETS, et est taguée , , , .
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