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Les Marionnettes de Salzburg au théâtre des Sablons: une belle réussite

Le mot marionnette évoque pour beaucoup l’enfance, les spectacles de Guignol… Pour sa part, Salzburg fait penser autant à Mozart qu’aux festivals qui rythment la vie de cette ville, le plus célèbre se déroulant chaque été et attirant des milliers de passionnés. Les marionnettes de Salzburg ont été créées il y a un peu plus d’un siècle, en 1913, par Anton Aicher, sculpteur passionné de musique et d’opéra. Il présente alors à des amis l’opéra de Mozart Bastien et Bastienne avec des marionnettes qu’il a lui-même fabriquées. Face au succès rencontré il poursuit ce projet, loue une salle au palais épiscopal pour y installer son théâtre et accueillir ses spectateurs. Les marionnettes partent en tournée internationale en 1928.

La production la plus connue, celle qui était visible au théâtre des Sablons de Neuilly sur Seine au début de ce mois, est inaugurée en 1952 aux Etats-Unis à l’occasion de la première tournée de la troupe dans ce pays. Il s’agit de La Flûte enchantée de Mozart. Le progrès technique permet alors le développement du disque et des systèmes de diffusion sonore.

Aujourd’hui ces marionnettes donnent près de la moitié de leurs représentations lors de tournées internationales. Un beau succès pour une affaire qui a su rester dans la même famille. C’est en effet Gretl Aicher, la propre petite-fille du fondateur qui dirige cette « compagnie » très particulière.

Ayant vécu un an à Salzburg, je n‘avais jamais eu l’occasion d’assister à un spectacle de ces fameuses marionnettes. Je n’avais vu que des marionnettes de petit format dans la forteresse de la ville.

Première surprise : la  taille des marionnettes, semblable à celle d’un être humain, et permettant à l’opéra d’être joué devant un public nombreux.

Deuxième surprise : la mise en scène de Géza Rech  et les costumes, de Friedl Aicher, orientaux : les trois suivantes portent toutes un voile qui leur cache une partie du visage.

Troisième surprise : l’œuvre alterne des parties chantées en allemand et des parties dites en français, ce qui en fait un spectacle transposable dans le monde entier.

Passés ces premières découvertes, que retenir de cet opéra qui est un de mes préférés avec Orphée et Eurydice de Gluck ?

Les marionnettes sont si vivantes et expressives qu’on en vient à oublier leur caractère d’objets. Tamino est un preux chevalier prêt à sauver Pamina dont il vient de tomber amoureux du portrait. Papageno est fidèle à lui-même, poltron et menteur, et au personnage du glouton dans la commedia dell’arte : il ne pense qu’à manger et à satisfaire ses besoins primaires. Le dragon qu’il est censé avoir combattu lui fait plus peur qu’autre chose. Sa rencontre avec Papagena, déguisée en vieille dame, est à mourir de rire. Il accepte de l’épouser par opportunisme et compte bien s’en débarrasser dès qu’il sera sorti de ce lieu où il s’est égaré. Leur fameux duo amoureux « Papageno, Papagena » est beau ; l’enregistrement des chœurs de Berlin est de qualité. Monostatos et la reine de la Nuit représentent  cette lutte éternelle entre le Bien et le Mal, la longue route vers la félicité semée d’embûches, dans une vision très judéo-chrétienne. Le fameux air de la reine de la nuit et ses suraigus était réussi sans être extraordinaire.

On pourrait gloser sur les symboles maçonniques de l’opéra, la longue marche des ténèbres vers la lumière, les épreuves que doivent surmonter les élus pour atteindre la félicité. On pourrait également opposer le côté rationnel et froid de Tamino – qui certes respecte les lois de Monostatos mais manque de perdre Pamina, qui ne comprend pas son silence et cherche à se suicider – au comportement plus « humain » de Papageno qui montre ses angoisses, refuse de se plier à la loi du silence et ne sera jamais un initié, contrairement à Tamino et Pamina. On pourrait aussi souligner la modernité de cet opéra où un homme et une femme deviennent tous deux initiés, unissant ainsi la force, la beauté et la sagesse.

La force de cet opéra et de ses acteurs marionnettes est de nous faire passer ces messages en réveillant en même temps notre âme d’enfant. On sort de ce spectacle heureux, impressionné par la qualité des marionnettistes et avec l’envie de (re)voir Salzburg, ses monuments baroques et son théâtre de Marionnettes in situ.

 

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