Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs Elysées : un opéra sans rédemption

L’opéra de Claude Debussy, Pelléas et Mélisande (1902) s’apparente à une quête, sans issue si l’on en croit la nouvelle production du Théâtre des Champs-Elysées, à ­Paris.

C’est une vision pessimiste et sans espoir du drame de Maurice Maeterlinck que nous propose la mise en scène d’Eric Ruf. Dans un décor obscur et noir où ne perce pas le soleil et qui n’est pas sans rappeler le Tristan et Isolde de Wagner présenté l’an dernier au même endroit, les personnages évoluent au bord d’un lac dont pourrait surgir à n’importe quel moment un monstre venu des profondeurs.

Pelléas est interprété par un Jean-Sébastien Bou profondément amoureux, Mélisande par Patricia Petibon dont le chant rappelle davantage une jeune femme que la jeune fille du livret découverte par Golaud (Kyle Ketelsen).

Cet amour contrarié par la présence d’un tiers en l’occurrence le mari Golaud– tout comme Marc dans Tristan et Isolde – prend place progressivement jusqu’au double meurtre final, direct et induit. Mélisande semble étrangère à sa vie jusqu’à sa rencontre avec Pelléas, qu’elle aime « dès le premier regard ». Elle ne mesure pas cependant les conséquences de ses gestes – et notamment la perte de son anneau – ni la violence de son mari qui se sert de son fils issu du premier lit pour obtenir des informations sur cette passion naissante.

Un opéra qui tourne autour de l’absence: du soleil, de la lune, de l’anneau, de l’amour.. et de la disparition de l’amour fraternel puisque Golaud tue son demi-frère Pelléas. 

La présence inquiétante et régulière de trois femmes autour de Mélisande n’est pas sans rappeler les trois Parques de l’Antiquité et lorqu’elles se rapprochent et restent auprès de Mélisande à la fin de l’opéra, on comprend alors, glacé, que son heure est venue.

Mes critiques d’opéra sur Bachtrack

En septembre et octobre, j’ai écrit trois critiques sur le site de Bachtrack.

Depuis juin 2014 ce sont plus de 40 critiques que j’ai rédigées, sur des spectacles à Paris, Versailles et Dijon.

Alors si vous hésitez à vous rendre à Bastille ou Garnier, jetez un œil sur ces articles ; )

 

Bonne lecture!

 

 

Tristan et Isolde de Wagner au théâtre des Champs Elysées : un opéra sombre dans une mise en scène rustique

« Vous qui entrez ici abandonnez toute espérance ». Tel semble être le message délivré, semblable aux vers de La divine comédie, de la très juste et sombre nouvelle production présentée au Théâtre des Champs Elysées de l’opéra de Wagner Tristan et Isolde (1865).

Opéra préféré du directeur du théâtre, Michel Franck, il interroge selon moi profondément sur les questions d’amour et de mort, de choix de vie, et de résilience face au meurtre et à la mort d’un être cher. En effet, Tristan a tué le fiancé d’Isolde et il ne doit ensuite sa survie qu’aux remèdes de celle-ci, qui renonce à le tuer quand elle découvre sa véritable identité et finit de le soigner. Tristan évoque de façon récurrente la nuit d’où il vient et d’où il a été tiré lors de sa naissance, alors que sa mère mourait en couches. Un endroit où il souhaite revenir.

Dans une mise en scène en noir et blanc sans fond de Pierre Audi, les personnages évoluent de façon hiératique –une influence de Bob Wilson peut-être, de façon parfois trop théâtrale à mon goût.

Les costumes de Christof Hetzer sont sommaires, pour ne pas dire rustiques, et rappellent une Irlande immuable (malgré la présence de sacs poubelle lors du dernier tableau) proche de la légende.

Torsten Kerl livre un Tristan humain et éperdument amoureux d’Isolde, notamment après avoir bu le philtre d’amour. La profondeur de sa voix et sa présence scénique marquent cette production. Rachel Nicholls livre une Isolde campée dans ses positions, qu’il s’agisse au début de tuer Tristan pour venger la mort de son fiancé, puis ensuite de passer outre les avertissements de sa suivante Brangaine (Michelle Breedt). Son célèbre air amoureux est magnifique de passion et de désespoir mêlé. La dernière fois que je l’avais écouté c’était avec Waltraud Meier à la Salle Pleyel (direction D. Barenboin). Steven Humes interprète un Roi Marc sensible, bon, jusque dans le dernier acte où il souhaite unir Isolde à Tristan, après avoir appris l’existence du philtre d’amour.

En conclusion les wagnériens seront ravis de (re)voir un opéra majeur de leur maître à penser. Les mélomanes iront avec plaisir vu la qualité du plateau, même si la baroqueuse que je suis préfère les pièces où le compositeur ne prône pas cet art total où tous nos sens sont engagés, quitte à ressortir profondément émue et « remuée ».

Jusqu’au 24 mai 2016

France Musique diffuse cet opéra le samedi 25 juin à 19h.

Quatre sorties culturelles avant les vacances!

Alors que les premiers vacanciers ne s’élancent vers le sable et le soleil, quelques must see de la saison:

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Côté spectacles, si vous voulez vous réconcilier avec les voix de caractère et les mises en scène version Watteau ou Fragonard, direction l’Opéra Bastille avec l’excellent Adriana Lecouvreur de Ciléa. dont vous trouverez ma critique ici. Cette tragédienne morte à 38 ans, peut-être d’empoisonnement, était admirée de Voltaire. Angela Gheorghiu en magnifie le rôle…

Direction ensuite les Etés de la danse dont je vous parle chaque été et dont j’avais expliqué le principe dans ce billet « les étés de la danse pour les nuls ». Et comme cette année ils sont consacrés à Alvin Ailey, je ne peux que vous recommander de voir Revelations! J’en suis dingue rien que d’y penser (et j’y serai of course ; ) )

Côté expositions, je vous en conseille deux du Grand Palais: Jean-Paul Gaultier pour le côté punk déjanté du créateur. Il reste quelques places pour une visite ce vendredi à 19h45 avec ma société ici.

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Et puis Velázquez bien sûr même si je vous conseille de passer vite sur les premières salles afin de vous consacrer sur les portraits… Et cet article écrit l’an dernier après une exposition sur ce peintre au Prado reste toujours d’actualité. Sa peinture reste liée à la famille royale et aux alliances matrimoniales avec les Habsbourg et la France.

Belles visites et à très vite pour les Parapluies de Cherbourg et des idées de sortie pendant l’été!

Couple

Anne-Laure

Le bosquet du théâtre d’eau du Château de Versailles: un lieu propice à la danse et à la réflexion…

Redessiné par Louis Benech et rythmé par les sculptures fontaines de Jean-Michel Othoniel, le bosquet du théâtre d’eau du Château de Versailles était inauguré ce lundi 11 mai 2015 avec la création O’de du L.A. Dance Project sur une chorégraphie de Julia Eichten.

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Copyright: Anne-Laure Graf

Aucun danseur n’avait foulé les pieds de cet endroit depuis Louis XIV, rappelait justement la Présidente des lieux, Catherine Pégard, et il y avait quelque chose d’historique à être là, par cette belle journée de mai, à contempler des sculptures contemporaines, puis un ballet et enfin la mise en eau des fontaines Les belles danses.

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Copyright: Anne-Laure Graf

Créé entre 1671 et 1674 par André Le Nôtre, puis détruit en 1775, le bosquet du Théâtre d’Eau était en dormance depuis de nombreuses années. En 2009, le château de Versailles décida d’y créer un jardin contemporain respectueux du cadre général du parc de Versailles et de son histoire.  Ce bosquet est donc conçu sur un rythme ternaire et les pas de la « belle danse » inspirent les fontaines, dans un esprit fidèle à Louis XIV.

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Copyright: Anne-Laure Graf

La création interprétée par le L.A. Dance Project reprenait à la fois des pas baroques et d’autres plus contemporains, sur des extraits musicaux de Haendel ou Lully, parfois volontairement arrangés comme cette ouverture répétée de façon continue, comme un faux départ. Dans des costumes d’inspiration baroque, ce ballet avait une force étrange, à la fois naturel, faisant appel à des pas anciens, et moderne par certains pas caractéristiques de notre époque.

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Copyright: Anne-Laure Graf

Un interlude musical et dansé qui rappelait l’importance du dialogue des Arts dans un lieu propice à la réflexion…