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L’Enlèvement au sérail de Mozart: un beau divertissement

Représentation du mercredi 21 janvier 2015 – Palais Garnier

Singspiel en trois actes (1782) – direction musicale: Marius Stieghorst, mise en scène: Zabou Breitman, décors: Jean-Marc Stehlé

Copyright: Agathe Poupeney et Opéra national de Paris

Copyright: Agathe Poupeney et Opéra national de Paris

Créé en 1782  et premier grand opéra en langue allemande construit tel un Singspiel, nouveauté pour l’époque, l’Enlèvement au sérail s’inscrit dans la mode alla turca de l’époque de sa création puisque Mozart s’inspira en effet des fanfares de janissaires. Cette œuvre pouvait par ses thèmes – le combat contre le fanatisme, la liberté homme-femme – se lire d’une autre façon depuis les attentats de début janvier. Symbole du combat opposant la liberté à toute forme d’absolutisme, la quête de Belmonte pour délivrer Konstanze du joug de Selim, résonna – et résonne encore pour d’autres raisons – avec force dans l’Europe des Lumières. Un Singspiel – œuvre théâtrale marquée par l’alternance de dialogues parlés, parfois accompagnés de musique, et d’airs chantés – opposant Occidentaux et Orientaux, chrétiens et musulmans, monogames et polygames…

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Copyright: Agathe Poupeney et Opéra national de Paris

Belmonte (Frédéric Antoun – souffrant ce soir-là et cela s’est ressenti) a vu sa fiancée, Konstanze (Lisette Oropesa), sa suivante Blonde (Sofia Fomina) et son serviteur Pedrillo (Michael Laurenz)  se faire enlever par des pirates. Il débarque donc en Turquie pour tenter de la ravir au Pacha Sélim qui l’a achetée. Il est aidé dans son entreprise par les serviteurs de Konstanze, Pedrillo et Blonde et ce malgré l’hostilité voire la haine du gardien, Osmin (Maurizio Muraro), qui ne rêve que d’une seule chose « les pendre, les égorger, les brûler, les noyer », leitmotiv accompagné d’une musique orientale. Car c’est bien l’un des intérêts de cette pièce, le mélange des parties sérieuses et comiques. Blondchen est espiègle voire effrontée, féministe avant l’heure, Pedrillo comique et enjôleur.

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Copyright: Agathe Poupeney et Opéra national de Paris

Le spectateur ne s’ennuie pas et apprécie les très beaux décors de Jean-Marc Stehlé – œuvre posthume – à l’orientalisme volontairement naïf et les costumes chatoyants d’Arielle Chanty dans une mise en scène de Zabou Breitman marquée par l’influence du septième art, du cinéma muet aux scènes de combat inspirées des arts martiaux. La mise en scène relève parfois davantage du divertissement que de l’opéra et certains détails laissent perplexe comme la présence du fleuve qui occupe une partie de la scène mais sert peu, si ce n’est au début et ensuite lors de l’arrivée du bateau où l’on renoue avec les grandes machineries de l’époque de Mozart. Certains anachronismes comme le « selfie » peuvent étonner mais attirer un nouveau public. Ce qui dérangeait davantage était la direction musicale assez brusque – et huée à la fin.

Si l’objectif est de se divertir, il est atteint et on sort heureux, les yeux remplis d’étoiles d’avoir vu ces costumes chatoyants et ces beaux décors. S’il est de réfléchir, cette nouvelle production aurait mérité davantage de profondeur.

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