Une visite privée au Musée Yves Saint Laurent de Paris avec Bulles de Culture

Citation YSL

Le musée Yves Saint Laurent Paris a (ré)ouvert en octobre 2017 à Paris. Des visites privées pour les groupes comme des visites libres y sont possibles tout comme un vendredi soir  par mois, les visites de l’atelier du créateur, limitée à 15 personnes et complète rapidement.

croquis YSL

C’est dans ce cadre que la société fondée par Anne-Laure, Bulles de Culture, et dont l’histoire de la mode constitue un des marqueurs forts, organise des visites privées le samedi matin, limitées à 15 personnes.

Diplômée de l’Ecole du Louvre et spécialiste du costume, notre conférencière Aurore retrace la vie du couturier avec quelques unes de ses tenues les plus célèbres comme la Saharienne, la robe Mondrian, la robe de mariée de 1988 (portée par Carla Bruni), le smoking pour femmes, etc. Laissez-vous emporter dans le monde du couturier en contemplant les magnifiques créations. Vous pourrez aussi visiter l’atelier du créateur, l’endroit où il a dessiné la plupart de ses vêtements!

Musée YSL

Yves Saint Laurent est l’un des créateurs français les plus célèbres. Né le 1er août 1936 à Oran en Algérie, il y passe toute sa jeunesse, puis dans les années 50 s’installe à Paris pour devenir styliste et couturier. Il est le plus jeune créateur du monde à 25 ans et l’un des créateurs qui a le plus marqué son époque car il a révolutionné la mode chez les femmes. Il a voulu que la femme devienne l’égale de l’homme, voire son adversaire. Il meurt le 1er juin 2008 d’un cancer à l’âge de 71 ans.

robes noires YSL

Repéré par Christian Dior dans les années 50 après avoir passé des concours de Mode (notamment dans la catégorie Manteaux), il devient son assistant-modéliste puis, à sa mort, le directeur artistique de la maison. “Dior m’avait appris à aimer quelque chose d’autre que la mode et le stylisme : la noblesse fondamentale du métier de couturier.”

YSL robes

Yves Saint Laurent rencontrer Pierre Bergé qui devient son amant et l’aide à créer sa maison de couture en s’occupant des tâches commerciales alors que Saint Laurent s’occupe de tout ce qui est lié à la création. « Les modes passent, le style est éternel. La mode est futile, le style pas. » En 2002, Yves Saint Laurent arrête la Haute Couture.

« J’ai participé à la transformation de mon époque. Je l’ai fait avec des vêtements, ce qui est sûrement moins important que la musique, l’architecture, la peinture…mais quoi qu’il en soit, je l’ai fait. »

corps nu YSL

Tiphaine LATROUITE

Dalida – une garde-robe de la ville à la scène au Palais Galliera

Star extrêmement connue et populaire Dalida, de son vrai nom Iolanda Cristina Gigliotti (1933-1987), fait l’objet d’une rétrospective au Palais Galliera jusqu’au 13 août dans une scénographie de Robert Carsen. C’est une garde-robe entre ville et scène que découvrent les visiteurs, entre robes New Look des années 1950 et costumes flamboyants disco des années 1980.

Cette exposition nous présente Dalida sous un jour nouveau : amoureuse de mode, consciente de sa plastique, elle avait aussi une certaine fragilité – marquée par les différents épisodes tragiques de sa vie – que l’on perçoit dans certains choix vestimentaires.

Dalida_aime_moi

Les citations choisies par le commissaire de l’exposition parlent d’amour et de féminité, pour une exposition accessible au plus grand nombre et qui nous raconte en filigrane les aspirations et les rêves d’une jeune italienne née en Égypte venue à Paris en espérant y être remarquée.

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On y découvre sa « robe étalon », robe de velours rouge créée en 1958 pour son premier récital à Bobino et qu’elle revêt à nouveau en 1981 pour la première de son spectacle à l’Olympia.

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© Julien Vidal / Galliera / Roger-Viollet

On apprend également que ses premiers pas de chanteuse s’inscrivent dans les codes de l’époque, ceux de la femme fatale.

Son style évolue ensuite et elle sait se servir de couturiers comme Yves Saint Laurent qui entend par son trench-coat, son smoking et son tailleur pantalon, donner une certaine liberté aux femmes. Elle adopte ensuite les codes du show à l’américaine, et se fait meneuse de revue, dans la droite ligne de Mistinguett. Les différentes vidéos d’archives montrent son sens du spectacle, de la danse, et ses goûts pointus en matière de mode. On s’aperçoit alors, si on ne le savait pas, de l’influence que Dalida a eue sur Madonna et les différentes chanteuses jusqu’à nos jours, en bien plus fin et élégant ; )

Dalida_feminite

On sort de cette exposition heureux par la vue de tant de beaux costumes, joyeux par la vitalité dégagée par les vidéos, et me concernant un brin mélancolique au regard de la fragilité perçue d’une femme qui fut seule et confrontée à de nombreux drames. La scène comme rédemption et oubli de ses blessures personnelles ?

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Anne-Laure FAUBERT

Notre Dame de Paris de R. Petit : entre grotesque et sublime

Première, lundi 30 juin 2014 – Opéra Bastille – Ballet en 2 actes et 13 tableaux d’après de le roman de Victor Hugo, chorégraphie de Roland Petit (1965), musique de Maurice Jarre, décors d’après René Allio, costumes d’Yves Saint-Laurent – direction musicale : Kevin Rhodes – orchestre national d’Ile de France, chœurs enregistrés.

Nul besoin d’avoir lu le roman en entier, une comédie musicale du même nom l’a popularisé à la fin des années 1990, tout comme un dessin animé de Walt Disney, Le Bossu de Notre Dame.

Dans Notre Dame se joue à la fois la volonté de possession de 2 hommes, l’amour d’un être difforme pour une femme, Esmeralda, et la lutte entre le Bien et le Mal, ce-dernier étant incarné par… l’homme d’église Frollo (magistral Josua Hoffalt). C’est un ballet fort, qui évolue entre le sublime des pas de deux de Quasimodo et Esmeralda et le grotesque avec ces femmes échevelées à la poitrine énorme. Une conception chère à Victor Hugo…

Décor NDP - Anne-Laure Graf

Tout commence par une fête des Fous haute en couleurs où les nobles en costumes clairs sont remplacés par une foule très – trop ? – colorée bondissant et occupant tout le plateau de Bastille. Une très belle scène de groupe qui reprend bien l’idée des fêtes moyenâgeuses… Une jeune gitane s’en détache. Il s’agit de la belle Esmeralda, en tunique blanche. Je m’attendais à une femme aguicheuse. Eleonora Abbagnato campe plutôt une jeune danseuse normale, libre et amoureuse d’un homme volage. Une jeune fille sur laquelle va s’abattre le désir de 3 hommes. Une jeune fille d’aujourd’hui en somme…

Survient alors un homme d’église, aux portes de Notre-Dame – dont l’architecture est davantage impressionniste que réaliste – tout de noir vêtu, les yeux peints en noir. Seule une croix sur la poitrine permet de l’identifier. Il en impose aux foules mais s’intéresse un peu trop à cette gitane, tout comme Quasimodo, magnifique Nicolas Le Riche, qui désire cette femme pour lui inaccessible.

Sommé par Frollo de ramener Esmeralda, Quasimodo se retrouve dans la cour des miracles peuplée d’êtres difformes dans une atmosphère rougie qui rappelle les portes de l’enfer. Une chorégraphie qui a su rendre à merveille le côté claudiquant des personnages. Esmeralda est amoureuse de Phoebus (Florian Magneret), dont les gardes maltraitent Quasimodo et le laissent pour mort, celui-ci semble davantage préoccupé par la possession charnelle, comme le montre son comportement avec les femmes opulentes de la taverne. Phoebus assommé par Frollo, voici Esmeralda condamnée au gibet par ce même homme d’église censé prôner le partage et le don de soi… Notre Dame de Paris pourrait être, par certains égards, le pendant du Jeune homme et la mort du même chorégraphe : ambiance mortifère, présence du gibet dès la fin de l’acte I, injonction à se pendre. La mort, personnage féminin, étant remplacée ici par Frollo, véritable Antéchrist aidé de son armée de damnés…

Le début de l’acte II livre le plus beau passage de l’œuvre: un magnifique pas de deux entre Quasimodo et Esmeralda où le désir du premier est palpable, mais transformé en amour paternel quand il la berce avant qu’elle ne s’endorme. Un instant de grâce dans ce monde cruel avant que les suppôts de Frollo, tout de noir vêtus, à la blancheur cadavérique et aux yeux peints en noir, n’interviennent. Esmeralda meurt pendue et le meurtre de Frollo par Quasimodo n’y change rien… Victime de l’attirance qu’elle a provoquée chez Frollo, elle symbolise les violences faites aux femmes. Un ballet hélas intemporel sur ce point.

F. Magneret

Notre Dame est un ballet où décors, costumes, musique et chorégraphie vont très bien ensemble. Ils dénoncent cette mainmise de l’église sur le peuple, alors même que ses représentants sont odieux. Le côté sataniste de Frollo et de ses sbires m’a profondément dérangée.  L’utilisation des couleurs montre un changement dans le statut d’Esmeralda : de la jeune fille en tunique blanche, elle devient la condamnée drapée de noir avant de mourir en violet, couleur du deuil, de la mélancolie et de la solitude.

Côté chorégraphie, elle aurait gagné à être davantage ramassée, avec moins de scènes de groupe. Roland Petit reste en cela très classique.

La star de la soirée reste incontestablement Nicolas Le Riche qui sublime le personnage de Quasimodo.

NDParis

 

Yves Saint Laurent : ode à la sensualité féminine

« Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme ce sont les bras de l’homme qu’elle aime » déclara un jour Yves St Laurent.

L’exposition du Petit Palais reflète cette sensualité : fluidité des formes, chemisiers à jabots en crêpe de Chine ou en soie, décolletés plongeants des robes du soir, transparence des robes…. Une féminité assumée, décomplexée… « évidente » en fait.

(c) Alexandre Guirkinger - ROBE BAL PROUST 1971 DONATION  JANE BIRKIN

Cette sublime robe de bal en est l’incarnation : habillée certes, peut-être un peu vieillotte aujourd’hui mais tellement fluide…

Yves St Laurent avait compris qu’en empruntant aux hommes certains vêtements (sahariennes, vareuses, smokings) et en les féminisant, il permettrait aux femmes de se créer leur propre silhouette, loin de la working girl qui sévit hélas dans certains milieux professionnels…

Un très bel hommage…

Source des photos: internet