Voyage en Catalogne – Partie 1: l’héritage du Judaïsme…

La Catalogne me rappelle certains étés de mon enfance, que nous passions entre la Catalogne française et espagnole… Je n’en connaissais pas la forte identité, étant germaniste et non hispanophone, et ce malgré deux séjours à Barcelone en 2005 et 2014.  C’est ce que j’ai pu découvrir lors de ce voyage de 3 jours en octobre à Gérone.

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Gérone – Photo: Anne-Laure Faubert

Si la Costa Brava évoque pour d’aucuns des côtes bétonnées, comme hélas aussi certains endroits de France, la province de Gérone cache des secrets qui méritent selon moi d’être connus et tout d’abord son héritage juif ancien, avant la Reconquista d’Isabelle la Catholique qui s’achève en 1492 lorsque les « Rois catholiques » prennent Grenade, dernier bastion musulman.

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La tapisserie de la Création (fin XIe-début XII°s) de Gérone m’intriguait à plusieurs titres: pour sa beauté saisissante qui rappelle à la fois les tapisseries de Bayeux (entre 1066 et 1082) et d’Angers (fin du XIVᵉs), mais aussi pour la mention des Juifs, devenue l’identité visuelle du musée de l’histoire du judaïsme de Gérone. Il est en effet peu fréquent dans des œuvres religieuses catholiques de mentionner les Juifs (« Judei »).

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Reproduction du morceau de la tapisserie consacré aux Juifs – Musée de l’histoire juive – Gérone –  Photo: Anne-Laure Faubert

Le musée de l’histoire juive  de Gérone se trouve dans l’ancien quartier juif de la ville, dédale de ruelles qui conserve, encore aujourd’hui, un certain charme. La présence de la communauté est attestée en 898 avec l’installation de 25 familles juives à Gérone.

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Elle part en 1492 avec l’expulsion décidée par la Couronne d’Espagne. Au fur et à mesure que se déroule la visite du musée, créé de toutes pièces en 2000 après des recherches commencées en 1976 à la chute de Franco, on y découvre des pans entiers de l’histoire ancienne de l’Espagne grâce à des dons de la communauté juive de Barcelone. Le musée possède une collection unique de stèles hébraïques médiévales provenant du cimetière juif de Montjuïc. Si à l’époque 20% de la population de Gérone était juive, la situation change au XIV°s avec la grande peste où les Juifs sont accusés d’empoisonner les puits car touchés plus tardivement par la maladie – notamment en raison d’une hygiène plus stricte, comme nous le montre le mikvé de Besalú, premier mikvé trouvé en Espagne.

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Besalu – Photo: Anne-Laure Faubert

Magnifique exemple d’architecture médiévale catalane, Besalú est aussi l’occasion de découvrir l’ancien quartier juif qui abritait des bains médiévaux, consacrés aux ablutions rituelles juives ou mikvé, une synagogue, une école ou yechiva…

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Mikvé de Besalu – Photo: Anne-Laure Faubert

Un voyage culturel en Catalogne que je vous propose de poursuivre lors de mon prochain article consacré à l’art roman et gothique catalan et aux musées plus contemporains… avant de clôturer avec la gastronomie et l’art de vivre catalans…

Anne-Laure FAUBERT

Je tenais à remercier la RENFE qui m’a offert le voyage en train à partir de Lyon. Cela m’a permis d’apprendre qu’il existait des liaisons ferroviaires quotidiennes entre Paris, Lyon, Montpellier, Marseille, Toulouse et Barcelone et que Paris était à 6h19 de Barcelone et Lyon à 4h55. Quand on voit le temps qu’il faut pour se rendre à un aéroport en avance, cela peut être intéressant de privilégier le train.

Un grand merci également à tous les acteurs culturels et touristiques rencontrés pendant ces 3 jours à Gérone. De la visite privée du musée du Judaïsme à 8h le matin à celle le soir du musée d’art de Gérone, ma curiosité culturelle a été plus que satisfaite : )))

 

La route des fromages AOP de Normandie : histoire et secrets de fabrication…

Place pour cet article à un nouveau rédacteur: Andrei Sol. qui connaît mieux que moi les secteurs agricole et les accords mets et vin/ cidre.. J’avais déjà traité le sujet gastronomique des fromages, et notamment de l’abbaye de Tamié et de leur fromagerie dans cet article consacré à la Savoie.

« Tout le monde connaît le camembert, le fromage à pâte molle le plus vendu en France. Mais connaissez-vous son histoire et les secrets de sa fabrication ?

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Le célébrissime Camembert de Normandie, mais aussi le Neufchâtel, le Pont-L’Evêque et le Livarot vont vous dévoiler leurs secrets sur la nouvelle route touristique des fromages AOP de Normandie ! Cette route des fromages normands vous propose 70 escales gourmandes : restaurants, crèmeries-fromageries, éleveurs et producteurs de fromages. A vos fourchettes !

 

 

 

L’un des fleurons de notre gastronomie française, le camembert de Normandie porte ce nom car il a été créé à la fin du 18ème siècle dans le village de Camembert dans l’Orne. Il bénéficie d’une Appellation d’Origine Protégée depuis 1983. Le camembert de Normandie, à ne pas confondre avec le camembert fabriqué en Normandie, se fait selon un cahier des charges précis. Il doit être fabriqué à partir de lait cru, produit par des vaches de race normande qui pâturent au moins six mois dans l’année. Le caillé qui en est issu est moulé en cinq couches successives et égoutté. Difficile d’imaginer la Normandie sans ses vastes bocages et son maillage dense des haies, avec de l’herbe riche et verdoyant. Ce sont ces bocages qui accueillent les vaches de race Normande. Cette vache est indispensable aux AOP de Normandie car elle produit un lait très riche en matière grasse et protéines, donc particulièrement adapté pour la production de fromages. En hiver, ces vaches laitières sont nourries avec du fourrage et du maïs produits à plus de 80% sur l’exploitation, ce qui garantit une nourriture normande de qualité. Tout se passe donc en Normandie, de la fourche à la fourchette !

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Aumônière de camembert de Normandie

Pour accompagner la dégustation des fromages normands, au lieu du traditionnel vin rouge, pourquoi ne pas opter plutôt pour le cidre. L’accord tient au terroir, puisque les deux sont produits sur la même zone. Les cidres demi-secs, qui ont une petite rondeur sucrée, accompagnent particulièrement bien les fromages à pâte molle à croûte fleurie comme le Camenbert de Normandie: le caractère onctueux et les arômes intenses du fromage sont parfaitement mis en valeur par ce cidre avec une grande ampleur en bouche et des arômes puissants. Pour accompagner le Livarot et le Pont-L’Evêque, puissants au niveau aromatique, préférez en revanche des cidres bruts, riches en saveurs et peu sucrés.

Neufchâtel, camembert et cidre_1enviedailleurs.com

Last but not the least : savez-vous qu’il est préférable de garder les fromages dans votre cave à vin pour préserver leurs qualités gustatives ? Si toutefois, vous êtes obligés de les mettre au réfrigérateur, préférez votre bac à légumes pour limiter l’impact néfaste des températures trop basses. Bonne dégustation ! »

Andrei Sol.

Gustave Moreau: vers le songe et l’abstrait…

Gustave Moreau (1826-1898) est l’un de mes peintres préférés, découvert en 1998 lors de mon retour en France pour mes études supérieures, avec la magnifique exposition au Grand Palais… J’apprécie aussi beaucoup sa maison atelier, dans le 9° arrondissement avec les œuvres de l’artiste et l’atmosphère surannée qui s’en dégage… Comme s’il nous attendait…

MUSEE GUSTAVE MOREAU, PARIS 9, FRANCE

Quelle ne fut pas ma joie lors de l’annonce de la nouvelle exposition « Gustave Moreau: vers le songe et l’abstrait« ! Une nouvelle façon d’aborder cet artiste, sous l’angle de l’abstrait? En réalité l’exposition est bien plus complexe…

« Mais il n’y a-t-il donc rien de plus dans l’art? Si fait. Il y a cet au-delà abstrait qui transporte l’esprit et l’âme dans les domaines rares et sacrés de l’imagination où les génies purs savent seuls vous conduire » écrit Gustave Moreau. L’artiste a donc une vision mystique de l’abstraction, perception que l’on retrouve également chez Zao Wou Ki selon moi.

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L’idée de cette exposition était de partir de son « placard aux abstraits » qui ferait de l’artiste « le grand-père de l’abstraction » selon un peintre américain. En effet, ces œuvres, qui sont le matériau de l’exposition, sont d’abord vues dans les années 1900 comme des ébauches, avant qu’André Breton ne reconsidère en 1957 la peinture du XIXe siècle à l’aune de l’art abstrait et contemporain. En 1961, l’exposition au Louvre sur Gustave Moreau fait le lien entre le peintre et le fauvisme.

Les commissaires de l’exposition ont décidé de faire table rase et de partir des faits pour construire l’exposition. En effet, 430 « essais de couleurs » sur papier sont conservés au musée et le terme « abstrait » apparaît 11 fois dans les écrits de Gustave Moreau, comme synonyme d’effets plastiques, d’au-delà ou de songe… Des significations d’où provient le titre même de l’exposition et qui rappelle que l’artiste se considérait lui-même comme un pont: on passe… ou pas… On adhère… ou pas…

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Gustave Moreau: Ébauche. Plantes marines pour Galatée

Cette exposition commence par le magnifique Triomphe d’Alexandre et se termine par des œuvres abstraites de pure jouissance de la matière et de la couleur.

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Gustave Moreau : Le Triomphe d’Alexandre Le Grand © RMN-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda

Dans Le Triomphe d’Alexandre, l’oeuvre est faite en deux temps. L’artiste effectue d’abord une recherche très élaborée des motifs, puis distribue les couleurs par petites touches, jamais indépendantes des valeurs. Au fur et à mesure de l’exposition, les œuvres sont de plus en plus abstraites, soit parce qu’il s’agit d’ébauches montrées au public: Gustave Moreau utilisait des feuilles de papier pour ôter le trop plein des pinceaux et regarder la dilution des pigments, soit parce qu’il retravaillait ces tâches pour en faire de véritables œuvres…

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Gustave Moreau _ Palette d’aquarelle © RMN-Grand Palais / Tony Querrec

 

Si l’exposition est louable et intéressante par son propos, j’avoue avoir été moins convaincue par le déroulé mais ravie de contempler de nouveau les œuvres de l’artiste…

 

Anne-Laure FAUBERT

Jusqu’au 21 janvier 2019 – Musée Gustave Moreau – 14, rue de la Rochefoucauld

 

Redécouvrir la naissance de la sculpture gothique à Saint Denis, Paris et Chartres 1135-1150 au musée de Cluny.

Le musée de Cluny nous invite à redécouvrir la naissance de la sculpture gothique à Saint Denis, Paris et Chartres 1135-1150. Cette exposition se concentre sur l’étincelle de temps – 1135-1150 – qui vit naître la sculpture gothique en Île de France. Plus tout à fait roman, sans être gothique, ce style peut surprendre tout en émerveillant les amateurs de beauté hiératique, auxquels j’appartiens.

Une exposition riche et complexe parfois lorsqu’on n’est pas pas spécialiste du Moyen-Âge.

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Statues colonnes

Les œuvres réunies, plus de 130, dont 40 du musée de Cluny, nous montrent comment les sculpteurs sortent de la représentation de la transcendance pure pour exprimer des éléments plus contemporains et humains : une voie vers l’humanisme. Alors que l’art roman est bien développé dans les régions voisines, l’Ile de France romane est un art du chapiteau et non du portail et répugne à la représentation humaine, malgré quelques exceptions comme la figure des gémeaux des signes du zodiaque de Sainte Geneviève de Paris vers 1100.

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Sculpture de gémeaux

A cette période, le milieu artistique parisien cultive un art schématisé à l’extrême. De l’émulation entre maître d’œuvre, sculpteurs et commanditaires naît la première expression de la sculpture gothique, développée dans le sillage d’une architecture en mutation.

La sculpture gothique apparaît au milieu des années 1130 dans une aire géographique centrée sur le domaine royal capétien, mais qui ne s’y limite pas. Elle naît de la combinaison d’expériences parallèles dont le laboratoire est l’île de France, berceau du nouvel art de bâtir, mais aussi la Beauce, autour du chantier de la façade de la cathédrale de Chartres. A la fin des années 1140, alors que des usages nouveaux de dévotion se développent, et témoignent d’une aspiration à une médiation plus incarnée, les statues-colonnes, figures royales et prophétiques se modifient également. Une première synthèse de ces différents éléments s’opère à Saint-Denis entre 1135 et 1140, sur le chantier de l’abbatiale, dans une tradition romane aux caractères moins marqués que d’autres régions. Chartres reprend en 1140 le portail de Saint Denis dans un style radicalement différent, avec une recherche d’expression nouvelle, nourrie de codes de représentations « byzantinisantes », et la volonté de se faire comprendre des fidèles. L’exposition est d’ailleurs l’occasion de découvrir que l’un des « Rois » est en fait l’apôtre Jean (il est imberbe et pieds nus) dit aussi l’Ange au cadran. Présenté sans son cadran et ses ailes, il les retrouvera de retour à Chartres, ce qui permet de l’observer avec attention et de noter que son corps, en appui sur une jambe, crée un effet de contraposto, et commence à exister en tant que tel, étincelle d’humanisme. 

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Statues colonnes de la cathédrale Notre-Dame de Chartres – l’apôtre Saint-Jean est le 3° à droite

Les statues colonnes reviennent ensuite à Saint-Denis, dans une expression encore plus riche, au portail des Valois : cette quête de mouvement et la dramatisation théâtrale des attitudes proviennent d’un style inspiré de l’Antiquité classique et marqué par l’art de la vallée de la Meuse autour de 1150. Les corps s’animent, s’incarnent et deviennent reconnaissables par la mise en scène des sujets. Dans la concurrence entre ces différents lieux de pouvoir se jouent la formation et la diffusion d’esthétiques novatrices qui s’élaborent dans des entrecroisements d’emprunts et de ruptures. Les statues colonnes, l’expression la plus aboutie du gothique, se diffuse en Champagne, vers Le Mans et Angers, dans un phénomène culturel plus que politique.

Si l’on devait résumer cette exposition érudite, la sculpture romane est atemporelle alors que la sculpture gothique recherche l’expression des sentiments. L’art gothique est une ligne de crête entre l’abstraction et la recherche du naturel. Cet art devient plus incarné, sans être jamais réaliste jusqu’à la fin du Moyen-Âge. Des éléments naturalistes dans une structure imaginaire.

Anne-Laure FAUBERT

Musée de Cluny – Jusqu’au 7 janvier 2019

Quelques idées culturelles pour ce premier week-end de novembre…

Pour ceux qui ne seraient pas partis en week-end en dehors de Paris, ou pour ceux qui au contraire sont à Paris, voici trois idées de sorties culturelles testées par mes soins – et ceux de ma twin connection pour la première -, en dehors de celles traitées dans nos précédents articles : )

 

France Miniature: dernier week-end avant la fermeture hivernale!

Je vous avais parlé dans cet article de France miniature ce printemps. J’avoue avoir un faible pour ce condensé de patrimoine, tant pour sa place Stanislas (certes mon fils porte ce prénom ; ) mais elle est de toute beauté en réalité), sa Corse miniature… que pour ses différentes animations. Pour ceux qui voudraient encore fêter Halloween, France Miniature s’est mise à l’heure des citrouilles, des potions magiques… et des énigmes puisqu’un parcours – avec des fausses pistes – vous permettra de reconstituer les ingrédients d’une potion magique… Si Halloween m’a toujours laissée perplexe, la promenade que propose France Miniature est de bon goût et ma twin connection s’est amusée à trouver les différents indices (dont les 2 fausses pistes).

 

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Vivre comme un doge vénitien…  au Grand Palais…

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C’est le pari réussi et onirique de Macha Makeïeff, metteur en scène de l’exposition Éblouissante Venise au Grand Palais. Un voyage culturel et sensoriel dans la Venise du XVIII°s, capitale cosmopolite des arts quoiqu’en déclin politique. Une façon originale de redécouvrir la Sérénissime, par ses tableaux de Tiepolo, Canaletto ou Guardi, ses meubles, des installations de robes dans l’escalier du Grand Palais (mon coup de cœur)… Et pour ceux qui préfèrent découvrir cette exposition un autre jour, des « éclats nocturnes » sont proposés tous les mercredis soirs à 20h  en partenariat avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

Découvrir la naissance de La fabrique du luxe au musée Cognacq Jay

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Si les marchands merciers ont disparu de l’imaginaire collectif, ils formèrent pourtant au XVIII°s l’une des plus puissantes corporations de Paris. Cette exposition, assez touffue  et bien documentée, et qui mérite une réelle concentration pour lire les différents panneaux, nous fait découvrir les prémisses de la publicité, du marketing et des « influenceurs ». Des prêts des arts décoratifs, de Sèvres ou de Versailles nous permettent de découvrir des merveilles, parfois dans le goût rocaille ou oriental, selon les modes… Et pour ceux qui voudraient bénéficier d’une visite guidée le samedi 10 novembre en matinée, il reste de la place pour la visite organisée par Bulles de Culture.

De mon côté, j’ai décidé d’aller voir l’Hommage à Jérôme Robbins au Palais Garnier, pour revoir le sublime Afternoon of a faun dont j’avais parlé ici en 2013, revoir Fancy free qui plaira aussi à la twin connection et Glass Pieces…  Un futur article à ce sujet : )))

Bon week-end!

Anne-Laure