Voyage culturel et vigneron le long du Canal du Midi…

Dans la région du Languedoc se cachent de petites merveilles, tant historiques que vinicoles. Arrêtons-nous d’abord sur l’histoire du canal du Midi, avant de découvrir Carcassonne et le château de Pennautier, et quelques vins comme des vins bio et un Gewurztraminer du Languedoc.

Canal_Bdef

Canal reliant Toulouse à la mer Méditerranée depuis le XVII° siècle et conçu par Pierre-Paul Riquet, le « canal royal en Languedoc » devenu « canal du Midi » en 1789 révolutionne à l’époque le transport fluvial et la circulation du Midi de la France de l’Ancien Régime. Inscrit depuis 1996 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, il se parcourt désormais en bateau ou se longe à vélo et se prête à des photos splendides.

détail Mijane Bdef

Continuons ensuite par Carcassonne, cité médiévale perchée sur une colline rocheuse, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco. Je l’avais découverte enfant puis étudiante. Elle n’a pas changé, portant toujours les traces de la rénovation de Viollet le Duc au XIX°s, décédé un an avant la fin de ce chantier. En y réfléchissant je me dis que cet homme est aussi controversé que Le Corbusier au XX°s, mais là n’est pas le sujet.

intérieur Cracassone Bdef

Le nom de Carcassonne viendrait de Dame Carcasse, une sarrasine, qui en sonnant la victoire après un siège, aurait ainsi créé le nom : Carcasse sonne.

Dame Carcasse

L’histoire de Carcassonne remonte aux Romains qui emmènent dans la région la culture de l’olive et de la vigne, et les ruches. Carcassonne prend son importance au XIe avec les Comtes de Trencavel, vassaux du comte de Toulouse, avant d’appartenir à Simon de Montfort et à Saint Louis et la couronne de France. Les défenses de la cité sont réalisées sous Saint Louis et la cité est réputée imprenable. De nombreuses gargouilles parcourent la ville, afin d’effrayer les mauvais esprits.

Carcassone_maison Bdef

Carcassonne se développe autour du commerce de la laine et les hôtels particuliers témoignent encore de la richesse des marchands tisserands. La basilique de Carcassonne nous offre un bel exemple d’art roman occitan. On y trouve des vitraux originaux: l’arbre de Jesse représente comme il se doit la généalogie de Jésus mais ce qui attire mon attention est le vitrail représentant  Adam et Eve mangeant tous les deux le fruit défendu.

arbre de Jessé Bdef

De cette ville naguère florissante, il ne reste que 48 habitants permanents dans la cité en raison de problèmes d’humidité… et de nombreux magasins.

Cette escapade dans le Languedoc est aussi l’occasion de découvrir de jolis domaines vinicoles comme le Domaine de la Mijane, une appellation jeune dans une bâtisse ancienne liée au commerce des draps, et un domaine racheté en 2011 avec l’objectif de développer l’œnotourisme.

Cour La Mijane Bdef

Le vin, produit depuis 2014, est frais, en raison notamment des vents d’est et d’ouest qui soufflent sur le domaine, à 85% composé de rouge et 15% rosé dans l’appellation Cabardès. J’y fais une découverte originale : un Gewurztraminer du Languedoc ! Un vin plus sec que son cousin alsacien.  Et pour les amateurs de vin bio, le Domaine de Cazaban propose des vins biodynamiques dont j’aurais dû acheter plus de bouteilles…

Enfin cette escapade est aussi l’occasion de découvrir à 5 km de Carcassonne le magnifique château de Pennautier, dit le Versailles du Languedoc, construit en 1620.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les amateurs de vieilles pierres et d’histoire y verront la chambre de Louis XIII qui y dormit en 1622.  Très inspiré du style de Versailles dont il suit la mode de vaste palais ouvert sur la vue du parc, il a été plusieurs fois remanié et plus particulièrement agrandi en 1670 par l’architecte Le Vau, à l’époque même où celui-ci édifiait l’orangerie du château de Versailles. Le parc, dessiné à la française par le paysagiste Le Nôtre a gardé le même périmètre de 30 hectares que lors de la construction du château. Une pause historique dépaysante qui peut se prolonger par une nuit au château, si votre bourse vous le permet.

Un voyage à faire selon moi en dehors de la haute saison, soit à l’automne, soit au printemps.

Anne-Laure FAUBERT

 

 

 

Le photographe Irving Penn au Grand Palais: aborder la photographie comme une peinture

Pour célébrer le centenaire de la naissance d’Irving Penn (1917 – 2009) le Grand Palais organise une rétrospective de son œuvre en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York. L’artiste au style reconnaissable grâce à une composition minimaliste associée à un usage quasi systématique du noir et blanc, a su s’imposer comme l’un des plus grands photographes du XXe siècle.

72dpi-Black & White Fashion With Handbag (Jean Patchett)

Il débute sa carrière comme photographe de mode dans le cadre d’une collaboration avec le magazine Vogue. Il en devient assez rapidement la coqueluche et réalise plus de 150 couvertures au cours des 50 années qui suivirent. Irving Penn est surtout célèbre auprès du grand public pour ses portraits de personnalités majeures du monde de la culture, de la mode et du cinéma et pour ses photos de mode.

Glove & Shoe.eps

Cette exposition nous invite à découvrir une facette moins connue de son travail, qui traite des petits métiers, des nus ou encore des cigarettes.

En effet, ce qui est surprenant dans le travail d’Irving Penn c’est cette oscillation constante entre la simplicité et le raffinement figé. De ses premières natures mortes en 1947, à sa collaboration avec Issey Miyake en 1999, le photographe met en scène ses modèles (humains ou objets) avec une précaution extrême. Ainsi derrière une apparente simplicité due à une mise au point et à un cadrage au plus près du sujet, on imagine les heures de préparation, de pause et de scénographie nécessaires pour parvenir à une telle précision. Cette dichotomie se retrouve, de la composition de ses photographies aux choix de ses sujets. Il passe avec aisance des portraits de célébrités : sportifs (Joe Louis), écrivains (Colette, Truman Capote, Carson McCullers, Tom Wolfe …) ou peintres (Dalí, Balthus, Bacon) à des représentations très prosaïques de détritus, car quoi de plus trivial qu’un mégot de cigarette ? On songe alors dans un autre registre au poète français Francis Ponge et au photographe Eugène Atget qui immortalisa à la fin du XIX°s les petits métiers parisiens. 

72dpi-Theatre Accident

Irving Penn photographie ainsi aussi bien ceux qu’on cherche à voir que ce qu’on refuse de voir, qu’on juge indigne de notre intérêt. Le talent du photographe réside dans cette capacité à rendre beau tout ce qu’il voit, en traitant ses photographies comme des peintures.

72dpi-Rochas Mermaid Dress (Lisa Fonssagrives-Penn)

La rétrospective met aussi en exergue l’importance du corps dans le travail du photographe. A travers une représentation épurée obtenue grâce à la prise de vue en studio, le modèle est réduit à l’essentiel : un mouvement, une pause travaillée censée révéler la personnalité du sujet (Igor Stravinsky désigne son oreille, Joe Louis serre les poings).

72dpi-Truman Capote

Cet intérêt pour la chair se concrétise grâce à la série de nus féminins qu’il réalise entre 1949 et 1950. Les corps y sont déconstruits et brillamment façonnés par les tirages du photographe.

72dpi-Mouth (for L'Ore¦üal)

Finalement, ce qui intéresse Irving Penn c’est de nous raconter des histoires, comme le prouve cette citation à propos de ses natures mortes « une nature morte est une représentation de personnes (…) dans une nature morte, chaque objet doit raconter une histoire humaine, autant que si vous regardiez quelqu’un dans le blanc des yeux. Sinon, une nature morte n’a pour moi que très peu d’intérêt ».

Alice PAILLAT

Anne-Laure FAUBERT

Rétrospective Walker Evans au centre Pompidou : « une leçon pour le regard »

« Un Américain, mais cultivé »
Né en 1903 à Saint-Louis, dans le Missouri, Walker Evans se destine d’abord à la littérature. Après un bref passage par la Sorbonne en 1926, cet admirateur de Baudelaire, qui se décrit comme « un Américain, mais cultivé », se détourne de la littérature pour se consacrer à la photographie à partir de 1930.
Ses premiers clichés, inspirés du modernisme, recherchent les effets spectaculaires et abusent des jeux d’ombres, plongées et contre-plongées. Walker Evans renonce rapidement à ce style artistique tout en « texture et lumière » pour adopter une approche plus neutre,  un style documentaire, qualifiée de « vernaculaire » (pour reprendre un terme que le commissaire de l’exposition affectionne tellement qu’on le retrouve quelques dizaines de fois sur les panneaux explicatifs).
WEvans2
Le photographe des objets sans qualités
Comme Baudelaire, Walker Evans traque la beauté dans les sujets les plus insignifiants. S’il ne photographie aucune charogne (sa collection personnelle de photographies témoigne toutefois d’un penchant original pour les clichés de police pris dans les morgues), il ne dédaigne pas les caniveaux et, plus généralement, la représentation d’objets sans qualités, d’hommes sans destinée, de lieux sans particularités, tous ces éléments d’apparence banale qui caractérisent les Etats-Unis en marche vers la société d’abondance.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

En digne fils d’un père publicitaire, Walker Evans se passionne ainsi pour la poésie des affiches, objets éphémères voués à l’oubli et à la destruction. Pour sauver ces pancartes d’une disparition certaine, Walker Evans va jusqu’à les dérober, une fois photographiées in situ, pour les suspendre chez lui comme autant de trophées. La plus aguichante, « Sex maniac », révèle des secrets inavouables ; la plus philosophique, « Christ or chaos », interroge sur le hasard et la nécessité.
À l’instar d’Eugène Atget, photographe au style documentaire de la vie parisienne, Walker Evans affectionne les devantures des petits commerces américains, avec leurs piles de jeans ou leurs pyramides de pastèques. Il réalise aussi de véritables catalogues d’objets manufacturés (outils, chaises, véhicules…) dont l’exposition ne présente (heureusement !) qu’un modeste échantillon.
Walker Evans traque aussi les traces du passé qui s’efface, comme les maisons de planteurs emportées par le vent, et les scories de la société de consommation, comme les cimetières de voitures déchues abandonnées à la rouille.
Walker Evans 8 Envie d'ailleurs
« People and places in trouble »
Ses photographies les plus poignantes représentent des individus humbles, souvent anonymes, frappés par la Grande Dépression. Entre 1935 et 1937, Walker Evans travaille pour la Farm Security Administration, programme du New Deal destiné aux agriculteurs frappés par la crise ou déplacés par les tempêtes de poussière et les crues du Mississipi. Ses clichés témoignent de la pauvreté rurale du Sud : tombes d’enfants, fermiers aux vêtements déchirés, femmes aux visages ravinés, ameublement spartiate des habitations…
Dans les années 1960, Walker Evans consacre l’article « People and places in trouble » à la situation des chômeurs dans le magazine… Fortune. Photographiés frontalement, « they speak with their eyes. People out of work are not given to talking much about the one thing on their minds. You only sense, by indirection, degrees of anger, shades of humiliation, and echoes of fear ».
Walker Evans 7 Envie d'ailleurs
« Une leçon pour le regard »
Tout au long de son œuvre, Walker Evans mène une réflexion sur le travail du photographe. Ses autoportraits de jeunesse jouent avec le spectateur, auquel il dérobe son visage, à contre-jour. Plus tard, dans des jeux de mise en abyme, il photographie des photographes professionnels à pied d’œuvre. Il pousse jusqu’au bout sa logique de neutralité photographique lorsqu’il photographie à leur insu les passagers du métro new-yorkais : il ne choisit ni ses sujets, qui viennent s’asseoir d’eux-mêmes en face de lui dans le wagon, ni le cadrage, puisque son appareil est dissimulé sous son manteau. À défaut d’écriture automatique, il pratique une sorte de photographie automatique lorsqu’il se poste au carrefour d’une grande ville et attend que les passants viennent d’eux-mêmes occuper son cadre.
Walker Evans 4 Envie d'ailleurs
L’exposition se conclut sur un appel à méditer ces mots de Walker Evans : « une bonne exposition est une leçon pour le regard. Et pour ceux qui n’ont besoin de rien, ceux qui sont déjà riches en eux-mêmes, c’est un moment d’excitation et de plaisir visuel (…). Ceux d’entre nous qui vivent grâce à leurs yeux —les peintres, les designers, les photographes, ceux qui regardent les filles— seront tout aussi amusés que consternés par cette demi-vérité : nous sommes ce que nous voyons. »

L’abbaye de l’Epau dans la Sarthe sous l’angle de la photographie

Fondée en 1229 par Bérengère de Navarre, veuve de Richard Cœur de Lion, l’abbaye de l’Epau constitue l’un des plus beaux exemples de l’architecture cistercienne de France. Elle y est enterrée un an plus tard et son tombeau y est toujours visible.

Bérengere Bdef

Appartenant au département de la Sarthe depuis 1959, celui-ci souhaite réconcilier le lieu avec son histoire et lui donne une vocation culturelle.

perspective abbaye Bdef.JPG

La programmation culturelle s’articule autour de trois thèmes :

– l’architecture

– l’artistique (musique, photographie…)

– le paysage, rappelant les jardins de l’abbaye, et la création d’un verger conservatoire dans les 13 hectares de parc.

VirginieNGUYENHOANG_RAINBOWOFGAZA
Virginie N’Guyen

La manifestation La photographie à l’Epau existe depuis 2012 et vient de la volonté d’y inscrire une manifestation artistique tant dans ses bâtiments que dans son parc. Elle se poursuit cette année sur les bâtiments de la gare du Mans et sur les grilles de l’hôtel du département.

 

« La citoyenneté » thème 2017/2018  y est abordée sous plusieurs angles, plus ou moins éloignés, à la fois dans le parc et dans l’abbaye. Je ne parlerai pas de toutes les expositions photos mais de celles qui m’ont le plus marquée.

Ainsi si la série sur le lycée agricole de Georges Pacheco interroge en filigrane sur l’avenir de ce milieu, une catastrophe pétrolière sur la fragilité des océans mais aussi sur la beauté de ces conséquences désastreuses,

les photos d’abeilles de Philippe Boyer, dont la scénographie vise à reconstituer un essaim, semblent un peu incongrues.

Le « photoyer » néologisme créé pour désigner l’arbre qui est utilisé chaque année pour accrocher les photos abrite ces photos sur la catastrophe pétrolière. Une volonté  existe de créer une artothèque avec les différentes photos en prenant en compte que certains photographes souhaitent récupérer leurs photographies et d’autres autorisent la reproduction en petit format.

A l’intérieur de l’abbaye, l’exposition Médecin de campagne de Denis Bourges est un travail de 2001 qui relate la difficulté déjà à l’époque de trouver des successeurs pour le père de cet homme, lors de son départ à la retraite. Cette question de la désertification renvoie également à une certaine conception de la médecine qui n’est plus celle des nouveaux médecins.

Cette exposition ressemble à un témoignage plus qu’à un documentaire. A titre personnel et en tant que photographe, je n’ai pas apprécié les cadrages et l’encombrement des photos. Aucun artifice n’a été employé pour les épurer et rendre selon moi le message encore plus fort. Nous nous retrouvons, presque voyeurs, dans l’intimité de ces personnes auscultées par le père du photographe.

A contrario l’autre exposition de Rip Hopkins Belgian blue blood constitue une exposition à la fois inclassable et familière sur l’aristocratie belge. Les poses sont très travaillées, les scènes humoristiques comme cette aristocrate sur son cheval au milieu de son salon ou cette aristocrate qui ressemble à une Madone même si elle tient un aigle.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Enfin l’exposition du moine Matthieu Ricard dans l’abbatiale conclut avec beauté cette exposition. Tant le lieu que les photos et la scénographie concordent. Le beige des grandes portes du lieu renvoie au grisé de certaines photos ou aux reflets des lacs gelés. Comme si ces photos d’Asie avaient été conçues pour ce lieu occidental.

 

A découvrir jusqu’au 17 septembre pour les photos Denis Bourges, Rip Hopkins et Matthieu Ricard et pour le 5 novembre 2017 pour les autres photographes.

L’abbaye de l’Epau est accessible en tramway depuis la gare du Mans

Anne-Laure FAUBERT

Le musée Rodin après sa réouverture : un dialogue entre sculptures et art contemporain

Depuis novembre 2015 le musée Rodin a rouvert après 3 ans de travaux.

jardin_musee_Rodin

Les amoureux du sculpteur retrouveront avec bonheur l’hôtel Biron et les sculptures de Rodin mises en valeur par la rénovation.

Mains_amants

Tout semble à sa place, et le visiteur peut faire – avec bonheur en ce qui me concerne- le tour des œuvres majeures comme Le baiser. Le parcours, à la fois chronologique et thématique, est également agrémenté d’espaces dédiés aux arts graphiques et à la photographie.

Orpheline

Pour conquérir un nouveau public, tout en s’ancrant dans la tradition du musée de mêler art contemporain et art moderne, un espace est dédié aux expositions temporaires, près de l’entrée. En ce moment il s’agit de l’exposition « Entre sculpture et photographie » jusqu’au 16 juillet 2016.

Rodin
Cette exposition, qui selon moi intéressera le public du théâtre de la Ville, du jeu de Paume et des galeries d’art contemporain, a le mérite d’interroger sur les rapports entre ces deux arts et d’apporter un nouveau point de vue sur ce musée.

WP_20160511_007

Elle vise également à attirer un public plus jeune, ou au contraire très pointu et amateur d’art contemporain.