Claude Le Lorrain – « Le dessinateur face à la nature »

Il se tient en ce moment au Louvre une exposition sur l’artiste Claude Gellée, dit Le Lorrain, rassemblant principalement des dessins.

Une très belle exposition apaisante qui nécessite cependant quelques préparatifs, notamment psychologiques.

Ces dessins d’arbres, de bétails, de bouviers… ne peuvent s’apprécier selon moi si on a l’esprit occupé par des soucis professionnels, personnels ou que sais-je, ou si notre oreille prête attention au bruit de fond émanant de la verrière de la pyramide où se trouvent pèle mêle groupes de touristes, guichets de réservations de billets… Autant se rincer l’oeil au préalable auprès de quelques statues ou autres oeuvres situées au calme….

N’ayant pas suivi cette démarche, j’ai eu un peu de mal à « rentrer » dans l’exposition.  J’en retiens toutefois les idées suivantes.

Né entre 1600 et 1604 et décédé en 1682, Le Lorrain arrive à Rome en 1617. Il appartient alors à ce groupe de peintres, parfois d’origine flamande, qui peint en plein air. Le Lorrain se distingue par une vision très apaisée des paysages, voire idéalisée, où l’homme et la nature vivent en harmonie.

Contrairement à certains de ses contemporains, l’artiste préfère une interprétation atmosphérique des sites et des paysages plutôt que topographique. J’ai particulièrement apprécié ce dessin, critiqué alors pour ne pas reproduire la nature, mais étonnamment moderne. Il annonce selon moi l’époque romantique allemande.

Mais ce que j’aime particulièrement chez ce peintre, c’est son utilisation de la lumière dans ses tableaux. Premier à avoir osé peindre le soleil, il influencera par la suite Turner. Les dernières salles de l’exposition sont magnifiques!

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Ulysse remet Chryséis à son père, v. 1644, Musée du Louvre, Paris

Cranach et son temps: une déception

Autant le dire d’emblée, l’exposition du Luxembourg Cranach et son temps m’a déçue.

Etait-ce parce que j’avais déjà vu deux très belles expositions sur ce peintre, l’une à Londres en mai 2008 à la Royal Academy of Arts

http://www.royalacademy.org.uk/exhibitions/cranach/ 

l’autre à Rome en février de cette année à la Galerie Borghèse?

http://www.galleriaborghese.it/nuove/mostre.htm

Et / ou parce qu’il s’agit d’un de mes peintres préférés?

Le choix de faire rentrer le lecteur dans une salle recoupée en petites salles pour l’occasion, autour d’une mise en scène marron foncé imitation bois, m’a d’abord surprise. 

Cette expo reprend en partie les thèmes et tableaux de celle de Londres:

–  l’importance des commandes et du statut de peintre de Cour qu’a été Cranach, conduisant à une réelle industrialisation de sa peinture à partir de « stéréotypes » qui rendent difficile la distinction entre le travail du peintre et de l’atelier – phénomène que l’on retrouve au demeurant chez les Bruegel et les grands peintres italiens mais dans une moindre ampleur;

– son lien avec Luther et le protestantisme.

Celle de Rome, Cranach l’Altro Rinascimento, présentait une façon de peindre différente de celle de la Renaissance italienne, moins inspirée des canons de beauté antiques et utilisant peu la perspective.  Des peintures italiennes jouxtaient celles de Cranach: représentations d’hommes de pouvoir, de Vénus, de femmes de haut rang… Les tableaux étaient suffisamment bien choisis pour que les différences soient visibles.

Ces 3 expositions ont un point commun: les nus, partie centrale de la peinture du maître, et la peinture de femmes à la beauté inquiétante, aux courbes sinueuses et à l’air manipulateur, dans la tradition du Moyen-Âge, pour ne pas dire d’Adam et Eve.

L’exposition du Luxembourg se révèle également pédagogique et, en rappelant les étapes de la vie du peintre montre leur influence sur sa façon de peindre: influence flamande, questionnements face à al Renaissance italienne, et sur les sujets de ses tableaux. 

Il manquait selon moi quelques tableaux pour en faire une très belle expo.

Retour sur la rétrospective Monet au Grand Palais

Dans un précédent billet, j’avais parlé de mes impressions à la sortie de cette exposition.

On y sentait, entre les lignes, une certaine perplexité. J’étais restée sur ma faim.

J’ai donc décidé d’après-midi dimanche dernier. Le monde y était déjà moins nombreux, les têtes avaient enfin laissé place aux tableaux dans les premières salles.

Cette exposition a, selon moi, le mérite de retracer la carrière, longue et souvent réduite aux meules de foin, à la cathédrale de Rouen, et à la jeune femme à l’ombrelle, du peintre.

De ses premiers tableaux, dans la veine de l’école de Troyon, aux prémices de l’abstraction, que de chemin parcouru!

Matinée sur la Seine, Claude Monet, 1897<br />  Mead Art Institute, Amherst College, Massachusetts

Au rez de chaussée, deux vues de la Seine dans les tons violets, permettent de voir la différence de traitement d’un même thème.

Si le tableau de droite est peinte de façon nette, celui de gauche, ressemblant à celui ci-contre, laisse place à la fantaisie, au rêve : les arbres deviennent quasiment irréels, l’eau reflète mille reflets.

La dernière salle, et notamment ses deux tableaux ronds encadrés, me font penser par la délicatesse des couleurs à la sensualité des tableaux de Fragonard, alors même que les sujets diffèrent complètement, nénuphars versus jeunes femmes.

Cette fois-ci, je suis conquise! A quoi tient l’appréciation d’une exposition parfois!

Claude Monet au Grand Palais : une redécouverte…

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’une exposition avant ses derniers jours ; )

Premier conseil d’ami : même si vous êtes quelqu’un de très cultivé, allez-y avec un minimum de bagage culturel car point de tableau récapitulatif à l’entrée. On rentre dans le vif immédiatement. 

Deuxième conseil : évitez le vendredi soir et le week-end. On n’arrive pas à voir les premières salles (sauf si on vous laisse rentrer avec des échasses, mais ça c’est pas gagné).

Troisième conseil : surtout prenez votre temps! L’exposition est grande, comme toutes celles du Grand Palais, et très riche. Il faudrait pouvoir « se rincer l’oeil ».

J’ai mon petit horaire préféré, surtout en automne-hiver, depuis les 10 ans –  le début de mes études – que je fréquente les Galeries du Grand Palais. Mais je n’en dirai rien….

Rentrons maintenant dans le vif du sujet.  Comme toutes les expositions qui se veulent grand public – sans sens péjoratif (je suis contre une culture réservée à une « élite »),  on retrouvera les grands tableaux de Monet  : les meules, les nymphéas, la cathédrale de Rouen…. Que l’on revoie d’ailleurs avec un certain plaisir. 

On y découvre également d’autres oeuvres plus intimistes : La mort de Camille (glaçant de justesse), des natures mortes (je préfère celles de Chardin), des marines… 

Le parti pris du conservateur ne semble pas évident, contrairement à une autre exposition s’étant tenue en septembre à paris: Monet aux origines de l’abstraction au musée Marmottant-Monet, où la filiation entre les dernières toiles de Monet, notamment les derniers Nymphéas,  et les artistes américains des années 1950 constitue le fil conducteur de l’exposition.

On est surpris par certains tableaux, comme celui mis en illustration. On avait oublié cette partie assez classique de Monet, loin de l’impressionnisme triomphant.

On reste un peu sur sa faim toutefois : l’expo est magnifique, mais le fil conducteur peu apparent. Car contrairement à ce que veulent nous faire croire les RH en nous mettant dans des cases professionnelles, une vie humaine n’est pas linéaire. Elle est pleine de richesses, de questionnements, de remises en cause, de retours vers un classicisme à l’automne de sa vie.

Cette exposition le démontre bien.

La création en art… La preuve par Turner

    

L’exposition qui s’est achevée le 24 mai aux Galeries Nationales du Grand Palais de Paris posait une question : celle de la création en art.

Intitulée Turner et ses peintres, cette exposition retraçait les influences et les inspirations de ce grand peintre anglais. Poussin,  le Lorrain, Rembrandt mais aussi, peut-être moins connus en France, Wilson et un contemporain de Turner, Girtin…. La confrontation, qui n’avantage pas toujours Turner au demeurant, est saisissante. Là un paysage du Lorrain repris en y enlevant des éléments, ici un pont dans une autre perspective…  Si l’on ne peut parler de plagiat, l’inspiration est forte. D’ailleurs Turner retouchait ses peintures in situ, lors des  expositions, en observant les peintures accrochées autour de lui…

Parti pris du conservateur de l’exposition ou réalité historique? Les deux à la fois sans doute…  Car si le fait de trouver l’inspiration chez les autres ne choque en peinture, il en va différemment en littérature. Est-ce la notion d’école, réelle dans la première et quasi inexistante dans la seconde? Peut-être. Car peindre et écrire nécessitent d’affronter les mêmes difficultés : les couleurs, le choix de la peinture: aquarelle, acrylique, huile, l’épaisseur ou non de la couche dans un cas; les mots, le choix littéraire : poésie, essai, nouvelle, pièce de théâtre  ou roman dans l’autre.

Qu’est ce que la création en art? Une idée géniale, inexplorée depuis la création humaine? Une intuition personnelle s’inscrivant dans l’air du temps pour se faire connaître? La question reste ouverte…