S’il y a toujours un peu d’orgueil mal placé à voir le portrait d’un de ses anciens professeurs d’économie, en l’occurrence François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France et Président de Citéco, en ouverture du livret consacré à la nouvelle cité de l’économie, Citéco, il est vite oublié face au défi que s’est fixée cette vénérable institution: aborder l’économie dans un musée, et qui plus est en France, pays un tant soit peu fâché avec cette matière, et caractérisé par le tabou de l’argent…

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C’est dans le XVII° arrondissement, dans l’hôtel Gaillard, un palais néo-Renaissance ayant appartenu à Emile Gaillard (1821-1902) représentatif des dynasties bourgeoises du XIX°s, que cette Cité de l’économie a pris ses quartiers. Un bâtiment unique, classé Monument historique, ancienne succursale de la Banque de France, dont la rénovation architecturale vaut à elle seule le déplacement.

Salle des coffres Cité de l’Économie © Charlotte Donker

En fonction de l’appétence de chacun, la visite pourra s’orienter vers la mythique salle des coffres, réputée imprenable et pour cause, elle était entourée d’eau la nuit venue et un « pont levis » se levait, l’architecture du bâtiment, les questions économiques du troc, de la provenance avec le pédagogique « Made in partout » ou les salaires en tournant fébrilement la manette pour savoir où l’on se situe par rapport aux autres travailleurs français. La question de l’inflation est abordée de façon pédagogique avec des poids et une balance et la financiarisation de l’économie scénographiée par des écrans verts où défilent de façon entêtante des chiffres.

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Déformation personnelle oblige, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer l’OPA faite par les professeurs de Sciences Po sur Citéco, contrairement à ceux de Dauphine peu présents, et la parité respectées des experts interrogés… ; )

Citéco_femmes

A découvrir pour se réconcilier avec les chiffres et ses cours d’éco… ou pour rafraîchir sa mémoire et ses concepts économiques.

Anne-Laure FAUBERT

Dora Maar au Centre Pompidou: de la photo de mode à la peinture

Davantage connue du grand public pour avoir été la muse et avoir fréquenté Picasso, Dora Maar, de son véritable nom Henriette Dora Markovitch (1907-1997) est une très grande artiste injustement méconnue. L’ogre Picasso diront certains… Le Centre Pompidou lui rend donc un hommage mérité, à travers plus de 500 oeuvres pour la plus grande rétrospective jamais consacrée.

Mannequin-étoile, 1936_Dora Maar Copyright Adagp et Centre Pompidou

A peine entrés dans l’exposition, le visiteur est confronté à l’aura de Dora Maar, à travers les archives du film Quai des Orfèvres (1947) d’Henri-Georges Clouzot: l’artiste servit de modèle au personnage féminin central, sous les traits d’une femme indépendante et moderne.

Rogi André, Dora Maar, vers 1937.jpg
Rogi André: Dora Maar – vers 1937 – Copyright DR et Centre Pompidou

Dora Maar, qui a grandi entre Buenos Aires et Paris d’un père croate et d’une mère française, publie ses premières photos à 23 ans, et reçoit ses premières commandes en 1931. Elle s’engage à l’extrême gauche et se sert de son art pour transmettre des messages et dénoncer des inégalités sociales. Elle s’intéresse ainsi à la « zone », ces quartiers défavorisés autour de Paris.  Mais c’est dans la photographie de portraits qu’elle déploie son talent, qu’il s’agisse de reportages en Espagne, ou de photographies publicitaires à l’érotisme troublant. A l’époque où peu de photographes exposent, préférant publier, Dora Maar, elle, expose ses photos et montre son goût pour les photos montages, s’inscrivant par son goût de l’étrange dans le mouvement surréaliste.

Assia; 1934; Dora Maar Copyright: Adagp – Centre Pompidou

Dora Maar rencontre Picasso en 1935-38; c’est elle qui le photographie en premier – et l’exposition montre ces portraits – puis lui l’invite à peindre. Leur relation amoureuse dure 8 ans. L’exposition met alors en lumière un paradoxe: alors que sa carrière de photographe n’a duré que 10 ans, la majorité de sa vie étant consacré à la peinture, cette seconde partie est peu connue et documentée. L’exposition rappelle aussi que Dora Maar souhaitait déjà peindre avant sa rencontre avec Pablo Picasso. Elle le copie d’abord, avant de trouver sa voie. Elle travaille quotidiennement, peignant ou dessinant et se dirige vers l’abstraction avant de revenir dans les années 1970-80 vers la peinture.

  au bocal et à la tasse, 1945_Dora Maar

Une artiste exceptionnelle à qui le Centre Pompidou rend un hommage plus que mérité.

Anne-Laure FAUBERT

Jusqu’au 29 juillet 2019 au Centre Pompidou

 

Versailles à l’heure des Dames…

Que les amateurs du château de Versailles et de l’histoire au féminin se réjouissent! Depuis la mi avril, trois femmes sont mises à l’honneur dans ce lieu illustre: Marie-Antoinette, reine au destin tragique, avec la réouverture du Grand appartement de la Reine, Marie Leszczynska, épouse de Louis XV et artiste peintre, et Madame de Maintenon, maîtresse puis épouse non officielle ou morganatique de Louis XIV.

Françoise d’Aubigné, épouse Scarron France, XVII e siècle Vers 1670 Huile sur toile H. 66 ; L. 54 cm Niort, musée Bernard d’Agesci, 2016.0.11/G.113 © Thomas Garnier

De Madame de Maintenon (1635-1719), dont on fête le tricentenaire de sa mort, on apprend ou se remémore qu’elle était la petit-fille du poète et écrivain Agrippa d’Aubigné, née Françoise d’Aubigné, dans une prison où son père est détenu et ballottée durant son enfance entre la France et les Antilles, elle devient après le décès de son époux, la veuve Scarron. Elle se voit confier la mission d’élever les enfants illégitimes nés des amours de Louis XIV et de Madame de Montespan. L’exposition insiste moins sur son rôle supposé dans la révocation de l’édit de Nantes en 1685 que dans la façon dont elle gravit les échelons à la Cour jusqu’à épouser secrètement le Roi en 1683, après la mort de la Reine Marie-Thérèse, et son implication dans la création de la maison royale de Saint Louis pour les jeunes filles pauvres de la noblesse, à Saint Cyr.

Pierre le Grand rendant visite à Madame de Montespan – Thérèse de Champ-Renaud vers 1890 – Copyright: Christophe Fouin

L’un des derniers tableaux nous montre le tsar Pierre le Grand visitant Madame de Maintenon, « relique » du règne de Louis XIV. Le rayonnement de l’école de Saint Cyr s’étend d’ailleurs jusqu’en Russie avec la fondation en 1764 par l’impératrice Catherine II à Saint Pétersbourg de l’institut Smolny, en activité jusqu’en 1917. Une exposition à découvrir jusqu’au 21 juillet 2019.

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Marie Leszczyńska (1703 – 1768), reine de France Alexis-Simon Belle (1674 – 1734) 1725 huile sur toile Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © Château de Versailles (dist. RMN – Grand Palais) / Christophe Fouin

C’est une autre Reine, moins connue du grand public que nous invite à découvrir l’exposition Le Goût de Marie Leszczyńska. Si l’on peut s’interroger sur cette alliance matrimoniale (en réalité la fiancée de Louis XV étant trop jeune pour avoir un héritier, on chercha une jeune femme catholique de sang royal en âge d’avoir des enfants, au risque de l’incident diplomatique avec l’Espagne lors de la rupture des fiançailles ) avec la fille d’un obscur et – vite déchu – roi de Pologne – qui apporta tout de même la Lorraine (et le baba au rhum ; ) ) à la France, l’exposition nous apprend que Marie Leszczyńska fut la première Reine à avoir une vie intime en dehors des obligations de la Cour, se retirant avec ses proches dans des petits appartements. Peintre elle-même, elle mit en avant les peintres Nattier et Oudry pendant les 42 ans de son règne. Durant cette période, elle a fortement influencé l’aménagement du château de Versailles par la création d’appartements privés, ainsi que la vie artistique de son époque par ses nombreuses commandes aux artistes et aux Manufactures. J’ai personnellement beaucoup apprécié la finesse des traits de ses filles, ainsi que la sûreté de son goût, quoiqu’éclectique.

Chambre de la Reine Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © Château de Versailles, Thomas Garnier

Quant au Grand appartement de Reine, où sont nés 19 enfants de France, les mots paraissent bien faibles face à la magnificence de ces lieux fermés depuis 2016 pour travaux.  Déployé en miroir de celui du Roi, il se compose de la salle des gardes de la Reine, de l’antichambre du Grand Couvert, le salon des Nobles et la Chambre de la Reine, au premier étage du Château. Cet appartement, réservé à la vie publique des Reines, déploie toute la magnificence et la finesse que requiert sa fonction… et notamment le décor rocaille du plafond de la chambre de la Reine, créé pour Marie Leszczyńska.

Un Versailles au féminin où s’entremêlent les différentes époques historiques et dont se dégage un charme certain!

Anne-Laure FAUBERT

 

Sur les traces de Napoléon en Bretagne: lorsque Pontivy s’appelait Napoléonville…

Si la ville de Pontivy, située dans le Morbihan, est connue des amateurs d’histoire pour ses liens avec la prestigieuse famille des Rohan, elle l’est moins pour sa période napoléonienne. Et pourtant c’est une ville scénarisée par l’Empereur qu’on découvre lorsqu’on décide de suivre une visite guidée, costumée ou non.

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Je vous ai parlé à plusieurs reprises de Napoléon, tant pour son côté stratège dans cet article que pour son influence sur l’urbanisation de Paris au début du XIX°s ici . Si je ne suis pas une inconditionnelle de l’Empereur, ses volontés d’urbanisation m’intéressent. Et Pontivy/ Napoléonville offre à ce sujet un exemple intéressant.

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Au cours d’une visite guidée, qui peut être déguisée ou non, on apprend que sous la Révolution française, Angevins et Bretons qui souhaitent défendre ces idées nouvelles se retrouvent à Pontivy, avant que le vent ne tourne et que des insurrections chouannes n’éclatent en 1793, auxquelles résistent les habitants de la ville. Si d’après la légende Pontivy vient de Pont-Ivy, le pont de Saint Ivy, la ville change de nom en 1804 à la demande de ses habitants, pour s’appeler Napoléonville. Elle porte de nouveau ce nom sous Napoléon III.

Plan Pontivy

Lorsqu’on regarde le plan de la ville voulue par l’Empereur, on reconnait le plan hippodamien ou en damier, hérité de la Grèce antique et repris par les Romains. Les rues sont rectilignes et se croisent à angle droit. Napoléon y ajoute un axe religieux qui coupe l’axe militaire. Napoléon éprouve en effet le besoin de s’inscrire dans la continuité du passé puisqu’il n’est pas issu d’une famille régnante.

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Deux décrets de 1802 définissent les bases du quartier napoléonien de Pontivy et prescrivent la canalisation du Blavet entre Pontivy et Hennebont, avant que la ville ne demande à s’appeler Napoléonville en 1804 puis sous Napoléon III. Napoléon Premier souhaite donner à cette ville une grande importance en Bretagne centrale  » au sein d’une contrée désolée jadis par les guerres civiles ». Face à la menace des Anglais de bloquer les principaux ports bretons, l’objectif stratégique est de relier la ville de garnison de Pontivy aux principaux ports militaires bretons que sont Lorient, Brest, et Nantes. Pontivy devient une ville moderne, parcourue de larges artères pavées et agrémentée de jardins. Les amateurs de vielles pierres retrouveront dans ce quartier le granit clair, et un respect du passé. Les premières réalisations entreprises concernent des bâtiments publics représentant le pouvoir impérial : caserne, prison (détruite en 1960 pour faire place à l’actuel bureau de poste), tribunal et sous-préfecture. Par la volonté impériale, la ville s’honore d’être la troisième ville de Bretagne, avec Rennes et Nantes, à posséder un lycée d’État, lycée impérial créé en 1808, l’actuel lycée Joseph Loth. Aux édifices monumentaux s’ajoutent ensuite de grandes demeures bourgeoises.

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Pontivy abrite aussi une intéressant église Saint Joseph, érigée sous Napoléon III et davantage à l’honneur de l’Empereur que de Dieu… dans la lignée du rapport à la religion héritée de son oncle Napoléon Premier.

C’est une information surprenante qui ravira les amateurs de l’Empereur, s’ils ne le savaient pas, et intéressera les amateurs d’histoire et d’urbanisme et les incitera, lors d’une escapade ou de vacances, à partir sur les  traces de la Bretagne impériale.

Anne-Laure FAUBERT

La lune… du voyage réel aux voyages imaginaires…

C’est une exposition poétique à la scénographie onirique que nous invite à découvrir le Grand Palais: la lune… du voyage réel aux voyages imaginaires… Elle débute avec les premiers pas réels de l’homme sur la lune en juillet 1969, et une oeuvre reprenant et interrogeant les images de ce pas historique dans l’histoire de l’humanité, puis se poursuit avec un mélange d’œuvres d’art contemporain et classique. Une fusée rose bonbon à paillettes interroge le symbole masculin de la fusée et nous rappelle que si la lune est associée à la femme, celle-ci n’est pas associée à la conquête de la lune. On y découvre que le premier voyage sur la lune est imaginé au deuxième siècle après Jésus Christ, et que dans l’oeuvre de Dante, la lune est le lien de transit des âmes. 

Francesca da Rimini, exh. 1837 (oil on canvas)
Francesca da Rimini, exh. 1837 (oil on canvas) by Dyce, William (1806-64); 142×176 cm; National Galleries of Scotland, Edinburgh; (C)

On retrouve le thème de la femme associée à l’eau et à la nuit, de la jeune fille romantique qu’on retrouve avec les Willis de mon ballet préféré, Giselle…  et de la jeune fille libre car inaccessible sous peine de mort: Diane chasseresse… dont le symbole demeure la lune.

La jeune martyre
Delaroche Paul (1797-1856). Paris, musée du Louvre. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda

Une exposition à la scénographie immersive qui rappelle par moments celle d’Artistes et Robots... et qui interroge en creux sur la figure féminine de la lune, objet de clichés et de fantasmes à travers les siècles. On songe à la Reine de la nuit dans La flûte enchantée par exemple…

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Marc Chagall – Le paysage bleu – 1949 (C) VG Bild-Kunst, Bon (C) Photo: Artothek (C) Adagp, Paris 2019

On part de l’exposition le sourire au lèvre, après être revenu sur ses pas pour voir le célèbre tableau de Chagall. Une oeuvre certes attendue mais qui fait toujours autant plaisir.

 

Anne-Laure FAUBERT

Grand Palais – Jusqu’au 22 juillet 2019