Sur les traces de Napoléon en Bretagne: lorsque Pontivy s’appelait Napoléonville…

Si la ville de Pontivy, située dans le Morbihan, est connue des amateurs d’histoire pour ses liens avec la prestigieuse famille des Rohan, elle l’est moins pour sa période napoléonienne. Et pourtant c’est une ville scénarisée par l’Empereur qu’on découvre lorsqu’on décide de suivre une visite guidée, costumée ou non.

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Je vous ai parlé à plusieurs reprises de Napoléon, tant pour son côté stratège dans cet article que pour son influence sur l’urbanisation de Paris au début du XIX°s ici . Si je ne suis pas une inconditionnelle de l’Empereur, ses volontés d’urbanisation m’intéressent. Et Pontivy/ Napoléonville offre à ce sujet un exemple intéressant.

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Au cours d’une visite guidée, qui peut être déguisée ou non, on apprend que sous la Révolution française, Angevins et Bretons qui souhaitent défendre ces idées nouvelles se retrouvent à Pontivy, avant que le vent ne tourne et que des insurrections chouannes n’éclatent en 1793, auxquelles résistent les habitants de la ville. Si d’après la légende Pontivy vient de Pont-Ivy, le pont de Saint Ivy, la ville change de nom en 1804 à la demande de ses habitants, pour s’appeler Napoléonville. Elle porte de nouveau ce nom sous Napoléon III.

Plan Pontivy

Lorsqu’on regarde le plan de la ville voulue par l’Empereur, on reconnait le plan hippodamien ou en damier, hérité de la Grèce antique et repris par les Romains. Les rues sont rectilignes et se croisent à angle droit. Napoléon y ajoute un axe religieux qui coupe l’axe militaire. Napoléon éprouve en effet le besoin de s’inscrire dans la continuité du passé puisqu’il n’est pas issu d’une famille régnante.

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Deux décrets de 1802 définissent les bases du quartier napoléonien de Pontivy et prescrivent la canalisation du Blavet entre Pontivy et Hennebont, avant que la ville ne demande à s’appeler Napoléonville en 1804 puis sous Napoléon III. Napoléon Premier souhaite donner à cette ville une grande importance en Bretagne centrale  » au sein d’une contrée désolée jadis par les guerres civiles ». Face à la menace des Anglais de bloquer les principaux ports bretons, l’objectif stratégique est de relier la ville de garnison de Pontivy aux principaux ports militaires bretons que sont Lorient, Brest, et Nantes. Pontivy devient une ville moderne, parcourue de larges artères pavées et agrémentée de jardins. Les amateurs de vielles pierres retrouveront dans ce quartier le granit clair, et un respect du passé. Les premières réalisations entreprises concernent des bâtiments publics représentant le pouvoir impérial : caserne, prison (détruite en 1960 pour faire place à l’actuel bureau de poste), tribunal et sous-préfecture. Par la volonté impériale, la ville s’honore d’être la troisième ville de Bretagne, avec Rennes et Nantes, à posséder un lycée d’État, lycée impérial créé en 1808, l’actuel lycée Joseph Loth. Aux édifices monumentaux s’ajoutent ensuite de grandes demeures bourgeoises.

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Pontivy abrite aussi une intéressant église Saint Joseph, érigée sous Napoléon III et davantage à l’honneur de l’Empereur que de Dieu… dans la lignée du rapport à la religion héritée de son oncle Napoléon Premier.

C’est une information surprenante qui ravira les amateurs de l’Empereur, s’ils ne le savaient pas, et intéressera les amateurs d’histoire et d’urbanisme et les incitera, lors d’une escapade ou de vacances, à partir sur les  traces de la Bretagne impériale.

Anne-Laure FAUBERT

Louis-Philippe et Versailles… au château de Versailles

C’est une exposition de grand intérêt que nous propose le Château de Versailles jusqu’au 3 février 2019. Tout comme Napoléon a modifié Paris (cf mon article ici à ce sujet), Louis-Philippe a transformé Versailles, le faisant passer du château à un musée dédié « à toutes les gloires de la France » inauguré en 1837. L’Ancien régime avait ses codes qui diffèrent de ceux du règne de Louis-Philippe avec l’émergence de l’individu. Cette exposition Louis-Philippe et Versailles interroge la personnalité du souverain, ses goûts et la naissance d’un style et insiste sur l’implication directe du roi dans ce projet, sur son goût pour l’histoire et sa volonté de mettre en scène l’histoire nationale.

Galeries historiques de Versailles_1enviedailleurs.com
Galeries des Batailles de Versailles

C’est également l’occasion de découvrir 32 pièces habituellement peu accessibles au public, soit plus de 4600m2.

Louise Marie Adelaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'Orléans (1753-1821) par Elisabeth Vigée Le Brun
Louise Marie Adelaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d’Orléans (1753-1821) par Elisabeth Vigée Le Brun

Héritier de la famille d’Orléans, Louis-Philippe a peu d’histoire commune avec le Versailles de l’Ancien Régime. Pourtant, dès son accession au trône en 1830 il s’intéresse au château et le transforme en monument national, manière de réconcilier les Français entre eux, mais également d’inscrire son règne dans l’histoire nationale. Deux Versailles cohabitent alors : – la résidence royale dans le corps central, avec les Grands appartements restaurés et remeublés, qui conservent leur appellation et leur destination ; et les ailes du Nord et du Midi qui subissent d’importants travaux. Louis-Philippe crée des Galeries Historiques d’un bout à l’autre du Palais, ponctuant sa partition architecturale d’importants ensembles iconographiques : la galerie des Batailles, de Tolbiac (victoire de Clovis Premier sur les Alamans en 496 ou 506) à Wagram, la salle des Etats-Généraux et la salle de 1792, la salle du Sacre de Napoléon à laquelle répond la salle de 1830 à la gloire du nouveau monarque, et enfin les salles des Croisades et les salles d’Afrique restées inachevées en 1848 à la chute de la monarchie de Juillet.

La bataille d'Isly - 14 août 1844
La bataille d’Isly – 14 août 1844

C’est dans ces salles d’Afrique que se situe l’exposition, qui retrace la vie de Louis-Philippe, de son éducation confiée à Stéphanie-Félicité de Genlis à son accession au trône, en passant par l’exil et ses voyages, qu’il met également en scène dans deux grands tableaux commandés à Auguste Biard : Le Duc d’Orléans reçu dans un campement de Lapons

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Le Duc d’Orléans reçu dans un campement de Lapons en août 1795, Salon de 1841 François Auguste Biard © RMN- Grand Palais (château de Versailles / Gérard Blot)

et Le Duc d’Orléans descend le grand rapide de l’Eijampaïka. Ces œuvres ne recherchent pas le réalisme mais mettent en scène un duc d’Orléans impassible face aux éléments…

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Le duc d’Orléans descend le grand rapide de l’EIjampaïaka sur le fleuve Muonio en Laponie en août 1795, salon de 1841 François-Auguste Biard © RMN- Grand Palais (château de Versailles / Franck Raux)

Cette exposition est ainsi l’occasion de découvrir comment sa vie personnelle impacte ses choix à Versailles, telles les commandes passées une fois Roi pour des artistes qu’il avait connus dans les années 1820. Appréciant Géricault, il en possédait les plus beaux tableaux, actuellement au Louvre. Son esprit plus pratique qu’intellectuel se voit également dans le choix des matériaux et d’un mobilier sobre.

Une facette de Versailles « à la manière de » de Louis-Philippe qui permet de se rappeler (ou de découvrir) que son aménagement est un véritable mille-feuille qui suit les différents régimes politiques. Une influence du Souverain qui m’a fait penser à sa décision de transformer le Dôme des Invalides en tombeau de Napoléon (cf mon précédent article sur Saint Louis des Invalides ).

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Mais laissons le mot de la fin à Victor Hugo qui écrit dans ses Œuvres complètes : « Ce que Louis-Philippe a fait à Versailles est bien. (…) C’est avoir mis une idée immense dans un immense édifice, c’est avoir installé le présent chez le passé, 1789 vis-à-vis de 1688, l’Empereur chez le Roi, Napoléon chez Louis XIV ; en un mot, c’est avoir donné à ce livre magnifique qu’on appelle l’Histoire de France, cette magnifique reliure qu’on appelle Versailles. »

Anne-Laure FAUBERT

Château de Versailles – Jusqu’au 3 février 2019

Napoléon stratège aux Invalides

C’est dans une scénographie épurée et didactique et par une galerie des bustes d’hommes illustres que la nouvelle exposition des Invalides, Napoléon stratège, nous accueille. Le ton est donné:  Napoléon regarde les plus grands et voit grand.

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Antoine-Jean Gros (1771-1835), Le général Bonaparte sur le pont d’Arcole, vers 1796 © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Daniel Steiner

Napoléon irrigue notre mémoire collective, des moules à gâteaux aux dessins animés (Dans Les Aristochats un chien s’appelle Napoléon) et les Invalides – où repose l’Empereur – ont déjà présenté plusieurs expositions sur l’Empereur: Napoléon à Sainte-Hélène et Napoléon et Paris : rêves d’une capitale mais n’avait jamais abordé la question de la stratégie.

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Armée française, Premier Empire © Paris, musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

Cette exposition nous permet de comprendre comment Napoléon est devenu celui qu’il est resté, dès ses premières batailles.

On apprend ainsi que si le mot stratégie est d’origine militaire et apparaît au XIX°s, celui de stratège – celui qui prépare, organise, coordonne, et dirige une opération militaire en vue d’atteindre un objectif politique – existe déjà sous l’Antiquité grecque. Napoléon emploie ce mot à Sainte Hélène même s’il lui préfère celui de « grande tactique ». Formé à la fin du siècle des Lumières le jeune Bonaparte, futur artilleur, apprend le métier des armes à l’Ecole royale militaire de Brienne-le-Château puis à Paris, où il étudie notamment l’art de la guerre. Il en retient toutefois une idée de la guerre conçue comme mouvement et non comme des sièges à mener, et une certaine idée de la guerre, celle d’une Armée contre une autre Armée, ce qui lui cause des déboires en Prusse, Espagne et Russie lors des soulèvements populaires. “L’art de la guerre consiste, avec une armée inférieure, à avoir toujours plus de forces que son ennemi sur le point que l’on attaque, ou sur le point qui est attaqué.

armée de N.

Sa stratégie repose en outre sur 3 piliers:

  • il communique sur le terrain: la stratégie opérationnelle
  • Il décide des objectifs militaires: c’est un chef militaire
  • il décide des objectifs politiques: c’est un chef de l’Etat

Il s’occupe ainsi à la fois des détails et de la stratégie. Une campagne est un objectif politique décidé puis mis en œuvre et la pensée politique prime sur le militaire. 

Tenez-vous strictement aux ordres que je vous donne ; exécutez ponctuellement vos instructions ; que tout le monde se tienne sur ses gardes et reste à son poste ; moi seul, je sais ce que je dois faire !”

costume

C’est cependant cette conception très hiérarchique des rôles qui va causer progressivement sa perte, tout comme une nécessité d’accumuler les victoires pour se maintenir au pouvoir. La scénographie rend compte de cette spirale où, progressivement, défaites et trahisons se succèdent. Napoléon n’a en outre jamais su faire la paix et ses réformes, certes progressistes, ne sont pas toujours vues d’un bon œil par les populations étrangères.

défaites et défections

« Cela devient grave, je bats toujours les Russes, mais cela ne termine rien » déclare Napoléon à Caulaincourt.

La dernière salle permet de comprendre la postérité de Napoléon sur les militaires et dirigeants français comme de Gaulle, américains comme Eisenhower…et ce jusqu’à aujourd’hui. Une exposition qui devrait en inspirer plus d’un…

Anne-Laure FAUBERT

Napoléon à Sainte Hélène : la dernière bataille, celle de la mémoire… exposition aux Invalides

Pour les adeptes de Napoléon et les historiens férus de communication politique, direction le Musée de l’Armée aux Invalides où se tient jusqu’au 24 juillet 2016 une exposition sur l’exil de Napoléon à Sainte Hélène.

Rex Oscar (1857-?). Rueil-Malmaison, châteaux de Malmaison et Bois-Préau. MM.90.7.1.
Rex Oscar (1857-?) .  Rueil-Malmaison, châteaux de Malmaison et Bois-Préau. MM.90.7.1.

© musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau

Bien plus qu’une exposition de mobilier et d’objets, elle retrace la dernière bataille, politique celle-ci et non plus militaire, que livra Napoléon face à des Anglais qui le traitaient en général Bonaparte et non en Empereur des Français…La bataille de la mémoire.

PAJ2766, 'Napoleon on board 'Bellerophon'', after William Quiller Orchardson, Louis John, Steele, 1885.
PAJ2766, ‘Napoleon on board ‘Bellerophon », after William Quiller Orchardson, Louis John, Steele, 1885. © National Maritime Museum

Après son évasion de l’île d’Elbe, les Cent Jours et Waterloo, en 1815 les Anglais décident d’abord d’exiler Napoléon en Angleterre. Face au monde qu’il attire dans le port où mouille le bateau qui le retient, les Anglais comprennent qu’ils ne peuvent le garder en Europe… Ils pensent alors à un rocher humide et habité par les rats, Saint Hélène, au large de l’Afrique… Une île qui nécessite 5 heures de bateau actuellement pour s’y rendre, avant l’ouverture de l’aéroport au printemps 2016. Cette exposition comme la fin d’une ère touristique ?

Mais revenons à Napoléon. Alors que ses proches préparent une évasion, Napoléon y renonce et part en exil avec ses proches, même si Marie-Louise et le Roi de Rome ne le suivent pas. Son ex-épouse Joséphine est décédée. Il est donc entouré de fidèles et d’un médecin qui deviennent vite des enjeux politiques pour le Gouverneur anglais…

Longwood House est une demeure confortable pour l’île – tout comme son mobilier –  mais qui ne conviennent guère au standing de celui qui domina l’Europe… Napoléon tombe malade en 1820, le médecin soupçonne une hépatite ce que nie le Gouverneur de l’île…

PAD2029, 'A View and Plan of Longwood House, St Helena The Residence of Napoleon Bonaparte. No. 13 of RAckermann's Repository of Arts &c...' by Ackermann (publisher), 1817.
PAD2029, ‘A View and Plan of Longwood House, St Helena The Residence of Napoleon Bonaparte. No. 13 of RAckermann’s Repository of Arts &c…’ by Ackermann (publisher), 1817. © National Maritime Museum

Pour contrer la mesquinerie de celui-ci, Napoléon écrit ses mémoires, aidé de son secrétaire. Le départ de plusieurs personnes de son entourage permet de propager en Europe la légende de Saint Hélène, bien éloignée de la réalité. Même exilé à Saint Hélène, Napoléon continue à faire parler de lui…au grand dam en France de la Restauration.

Ecritoire de Napoléon Ier à Sainte-Hélène
Paris, musée de l’Armée. 20325 ; Ca 221.

La dernière demeure de Napoléon, qui décède en 1821, est également un combat politique entre l’Angleterre qui souhaite inscrire sur la tombe son rang de général et la France celui d’Empereur. Au final rien n’y est écrit…

La Monarchie de Juillet envoie l’Amiral de Joinville rapatrier le corps de Napoléon, pensant capitaliser sur l’aura de ce transfert aux Invalides… Même mort l’Empereur reste un objet de communication politique…

Napoléon à Saint Hélène – la conquête de la mémoire – Musée de l’Armée – Invalides

Jusqu’au 24 juillet 2016