Saint-Louis des Invalides, la cathédrale des armées françaises ou « le corps, l’âme et l’esprit de la Nation française » a désormais son livre

Si l’on devait résumer Saint Louis des Invalides de façon provocante on dirait qu’il s’agit du magnifique échec d’un architecte qui s’est fait « prendre sa place » par un autre, plus jeune, moins titré… Une situation que l’on peut retrouver de nos jours dans d’autres sphères… En effet Libéral Bruand (1636-1637) construisit la cour des Invalides mais Jules Hardouin-Mansard lui prit l’église. Bruand avait conçu la façade pour Dieu et souhaitait une église modeste : après avoir croisé le Roi sur l’esplanade, on arrivait à l’église, alliance du trône et de l’autel. Jules Hardouin-Mansard proposa au Roi une église grandiose, flattant ainsi ses ambitions.

Ce sont ces différentes informations que l’on retrouve dans le premier ouvrage consacré à Saint-Louis des Français, la cathédrale des armées françaises, fruit du travail du musée de l’Armée, d’historiens, et des éditions La nuée bleue et qui réunit une trentaine d’auteurs, selon les règles de cette collection : un travail scientifique tourné vers le grand public.

Saint-Louis des Invalides-couv

Voulu par Louis XIV pour soigner les soldats meurtris par ses guerres et pour affirmer la gloire de son règne, l’Hôtel national des Invalides est l’un des sommets de l’architecture classique française. Les plus fameux artistes de l’époque y œuvrèrent, dont Jules Hardouin-Mansart, qui conçut l’église des Soldats et le fameux Dôme des Invalides. La richesse des décors peints et sculptés, tapisseries, livres et objets, symbolisent les fastes Grand Siècle, dans une organisation de l’espace pour les malades et invalides. Converti en mausolée impérial par Louis-Philippe pour accueillir le tombeau de Napoléon, interdisant ainsi l’accès au point clé de la vue de l’édifice, le Dôme est devenu l’un des sites les plus visités de Paris. Quant à l’église des soldats, elle devient le lieu de présentation des drapeaux pris à l’ennemi, et accueille les sépultures des gloires militaires du pays, puis le siège de l’évêque aux Armées, ce qui lui confère le statut de cathédrale reconnue comme telle par le Pape Jean Paul II en 1986, faisant de Paris une ville avec deux cathédrales. Saint Louis des Invalides reste un haut lieu de la mémoire nationale dont nous devons prendre soin et constitue, selon l’expression de Monseigneur Antoine de Romanet de Beaune, évêque aux Armées françaises, « le corps, l’âme et l’esprit d’une Nation » et de tous ceux qui se sont engagés pour elle. « Sans cette cohésion l’homme se disloque. Ici tout est symbole. L’art élève l’esprit. »

Coupole_Saint Louis des Invalides
La coupole du Dôme des Invalides Photo: Anne-Laure Faubert

Ce livre, conçu en trois parties – L’architecture en majesté ; Un décor souverain et La gloire, le deuil, la mémoire – et poussant plus loin les recherches de l’ouvrage précédent, Les Invalides, 3 siècles d’histoire en 1974, est tout d’abord l’occasion de rappeler que « les peuples qui perdent la mémoire risquent de perdre la vie ».

Le « fantasme français » de la cathédrale, selon l’expression de l’historien Alexandre Gady, est celui de la cathédrale gothique du Moyen-Âge, ce qui n’est en aucun cas l’architecture du Dôme des Invalides. Pour comprendre les Invalides, il faut songer à Saint Pierre de Rome ou Saint Paul de Londres . Les pays chrétiens se livrent une compétition pour les Dômes. Lorsque la construction du Dôme des Invalides est achevée en 1706, le ministre Vauban le considère comme « la cinquième roue du carrosse » et trouve que l’on dépense trop d’argent pour se montrer. Jules Hardouin-Mansart flatte le Roi par les dimensions de l’édifice et souhaite créer une pièce d’urbanisme. La patte d’oie architecturale place Vauban renvoie à celle de Versailles créée par André Le Nôtre. Ces deux places restent, de nos jours, disproportionnées dans leur environnement.

Ce livre nous montre aussi la perfection architecturale atteinte par l’édifice, entre le carré et le cercle, et l’absence de la déperdition que l’on trouve à Saint-Pierre de Rome. L’extraordinaire fluidité de la vision latérale et d’ensemble a perdu malheureusement son point clé avec le tombeau de Napoléon. Par ailleurs la dernière partie de l’ouvrage rappelle l’importance de « l’église de la mémoire », approche jusque là négligée. En effet, cette église compte 120 sépultures militaires, soit plus que celle de la basilique de Saint-Denis, ce qui en fait une nécropole importante. Enfin, depuis 50 ans des concerts de musique sacrée s’y tiennent. Saint Louis des Invalides, ou l’alliance réussie de la continuité et du renouveau.

Un livre, à mettre selon moi dans la liste des cadeaux pour les passionnés d’histoire et des beaux livres et qui pour la somme de travail qu’il représente reste dans des prix raisonnables (85€ voire moins avec la carte adhérent FNAC). Un livre qui rejoint une de mes matières préférées pendant mes études: l’histoire et particulièrement tout ce qui concerne le « devoir de mémoire ».

Anne-Laure FAUBERT

« Et 1917 devient Révolution »…

L’exposition « Et 1917 devient Révolution » qui se tient du 18 octobre 2017 au 18 février 2018 à l’Hôtel national des Invalides retrace l’épopée révolutionnaire de l’année 1917 en Russie. Grâce aux archives de la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine, les commissaires d’exposition ont rassemblé un corpus très important d’affiches, de tracts, de films, de photographies et de presse afin de commémorer les 100 ans de la Révolution Russe.

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L’exposition se répartie sur cinq salles qui recouvrent chacune un aspect de la Révolution.

La première partie se centre sur la fin de l’Ancien Régime, la chute du tsar Nicolas II et les débuts de la Révolution en février 1917. Les articles et dessins d’époque nous permettent de saisir atmosphère qui régnait. Comment une Révolution suscitant au départ rêves et espoirs, a pu dégénérer entrainant désillusions, puis violences. Des récits de Gorki ont été sonorisés afin de rendre tangible cette ambiance de peur et d’incertitude planant sur la Russie.

 

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Karl Bulla, ”Épisode de la guerre de rues. La foule fuyant sous le feu des mitrailleuses à l’angle de la rue Sadovaïa et de la perspective Nevski. Insurrection Nevski, 4 juillet 1917 » 
Coll. BDIC

 

La deuxième section traite du rôle de l’armée dans la Révolution, en effet, la Première Guerre mondiale a certainement joué un rôle crucial dans le déclanchement de la révolte. Outre les injustices socioéconomiques, c’est la guerre qui a mis le feu aux poudres : la monarchie est de plus en plus critiquée, à mesure que les défaites et les pénuries s’enchainent. L’armée, à travers des mutineries, est souvent à l’initiative des soulèvements dans les provinces. Elle va cependant, se retrouver divisé entre loyalistes et révolutionnaires, antagonisme quelle aura beaucoup de mal à surmonter. La fin de la guerre, marquée par la signature du traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918, loin d’apaiser les tentions, va entrainer la Russie vers une guerre civile déjà largement engagée par le coup d’Etat bolchévique. Dans cette salle on peut admirer un tableau du peintre français Henri Gervex La bénédiction du Pope (voir ci-dessous) des affiches de propagande, mais aussi un uniforme du corps expéditionnaire russe en France.

7_Henri_Gervex_La_denediction_du_pope_1916

La troisième salle s’intéresse à la portée de la Révolution dans les territoires occupés par la Russie. L’impact se fait très vite sentir, puisque les soulèvements vont susciter des revendications nationales dans l’Empire. Dans tous les territoires occupés des révoltes vont avoir lieu. C’est la fin du rêve impérialiste russe qui semble incompatible avec le communisme bolchévique. Les prises successives d’indépendances sont représentées dans cette salle par la profusion de papiers monnaies aux couleurs nationales.

 

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Train de propagande ”Révolution d’Octobre“, octobre 1919, Toula.
Photographie, retirage (1960-1970).
Coll. BDIC

Les deux dernières salles sont consacrées à la perception de la Révolution russe, à sa réception et à la commémoration de son souvenir. La propagande a servi à diffuser une vision romantique de la Révolution. Les agitateurs propagandistes portent la bonne parole à travers des tracts mais aussi des films que l’ont peut apercevoir au cours de la visite. Une image idéalisée de la Révolution va être exportée en Europe et notamment en France. Les diverses commémorations vont aussi relayer cette vision manichéenne du soulèvement d’octobre. L’exposition met ainsi en perspective cette glorification souvent mensongère avec des documents d’archives, notamment ceux rapportés par le Baron de Baye qui sillonna l’Empire russe entre 1917 et 1919 pour recueillir le plus d’éléments objectifs sur la Révolution.

Alice PAILLAT

Photographies: BDIC

Napoléon à Sainte Hélène : la dernière bataille, celle de la mémoire… exposition aux Invalides

Pour les adeptes de Napoléon et les historiens férus de communication politique, direction le Musée de l’Armée aux Invalides où se tient jusqu’au 24 juillet 2016 une exposition sur l’exil de Napoléon à Sainte Hélène.

Rex Oscar (1857-?). Rueil-Malmaison, châteaux de Malmaison et Bois-Préau. MM.90.7.1.
Rex Oscar (1857-?) .  Rueil-Malmaison, châteaux de Malmaison et Bois-Préau. MM.90.7.1.

© musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau

Bien plus qu’une exposition de mobilier et d’objets, elle retrace la dernière bataille, politique celle-ci et non plus militaire, que livra Napoléon face à des Anglais qui le traitaient en général Bonaparte et non en Empereur des Français…La bataille de la mémoire.

PAJ2766, 'Napoleon on board 'Bellerophon'', after William Quiller Orchardson, Louis John, Steele, 1885.
PAJ2766, ‘Napoleon on board ‘Bellerophon », after William Quiller Orchardson, Louis John, Steele, 1885. © National Maritime Museum

Après son évasion de l’île d’Elbe, les Cent Jours et Waterloo, en 1815 les Anglais décident d’abord d’exiler Napoléon en Angleterre. Face au monde qu’il attire dans le port où mouille le bateau qui le retient, les Anglais comprennent qu’ils ne peuvent le garder en Europe… Ils pensent alors à un rocher humide et habité par les rats, Saint Hélène, au large de l’Afrique… Une île qui nécessite 5 heures de bateau actuellement pour s’y rendre, avant l’ouverture de l’aéroport au printemps 2016. Cette exposition comme la fin d’une ère touristique ?

Mais revenons à Napoléon. Alors que ses proches préparent une évasion, Napoléon y renonce et part en exil avec ses proches, même si Marie-Louise et le Roi de Rome ne le suivent pas. Son ex-épouse Joséphine est décédée. Il est donc entouré de fidèles et d’un médecin qui deviennent vite des enjeux politiques pour le Gouverneur anglais…

Longwood House est une demeure confortable pour l’île – tout comme son mobilier –  mais qui ne conviennent guère au standing de celui qui domina l’Europe… Napoléon tombe malade en 1820, le médecin soupçonne une hépatite ce que nie le Gouverneur de l’île…

PAD2029, 'A View and Plan of Longwood House, St Helena The Residence of Napoleon Bonaparte. No. 13 of RAckermann's Repository of Arts &c...' by Ackermann (publisher), 1817.
PAD2029, ‘A View and Plan of Longwood House, St Helena The Residence of Napoleon Bonaparte. No. 13 of RAckermann’s Repository of Arts &c…’ by Ackermann (publisher), 1817. © National Maritime Museum

Pour contrer la mesquinerie de celui-ci, Napoléon écrit ses mémoires, aidé de son secrétaire. Le départ de plusieurs personnes de son entourage permet de propager en Europe la légende de Saint Hélène, bien éloignée de la réalité. Même exilé à Saint Hélène, Napoléon continue à faire parler de lui…au grand dam en France de la Restauration.

Ecritoire de Napoléon Ier à Sainte-Hélène
Paris, musée de l’Armée. 20325 ; Ca 221.

La dernière demeure de Napoléon, qui décède en 1821, est également un combat politique entre l’Angleterre qui souhaite inscrire sur la tombe son rang de général et la France celui d’Empereur. Au final rien n’y est écrit…

La Monarchie de Juillet envoie l’Amiral de Joinville rapatrier le corps de Napoléon, pensant capitaliser sur l’aura de ce transfert aux Invalides… Même mort l’Empereur reste un objet de communication politique…

Napoléon à Saint Hélène – la conquête de la mémoire – Musée de l’Armée – Invalides

Jusqu’au 24 juillet 2016

Churchill – de Gaulle aux Invalides : rencontre intimiste de deux géants du XX°siècle

Alors que la victoire des Conservateurs en Grande-Bretagne pose – à nouveau – la question de la place de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne, retour sur la très intéressante exposition Churchill de Gaulle que j’ai eu la chance de découvrir avec les commissaires de l’exposition. En effet, dans le cadre du 70° anniversaire de la Libération et de la victoire sur le nazisme et du 50° anniversaire de la mort de Sir Winston Churchill, le musée de l’Armée consacre une exposition à ces deux figures majeures de l’Histoire du XX°s.

Caricature Churchill

Militaires et hommes politiques, ils furent également écrivains, orateurs et, pour Churchill, peintre et journaliste. Des hommes complets à la fois alliés et frères ennemis, à l’image des relations franco-britanniques.

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Cette exposition, composée de photos, uniformes, décorations militaires, replace les deux hommes dans leur contexte familial et social. La voix tient une grande place dans l’exposition afin de replacer le visiteur dans le contexte de l’époque : un studio de la BBC y est reconstitué et un spectacle « Ami entends-tu » a lieu ce soir, samedi 9 mai, à 21h dans la Cour des Invalides.

Près d’une génération sépare le « petit lillois de Paris » né en 1890 au sein d’une famille de la petite bourgeoisie catholique et le descendant du Premier duc de Marlborough né en 1874 dans le magnifique palais de Blenheim. Charles de Gaulle (1890 – 1970) grandit à Paris, « à l’ombre des Invalides » et de leurs gloires militaires, alors que Winston Churchill (1874 -1965) va d’internat en internat et souffre de l’absence d’affection de ses parents.

lieux de naissance

Lieux de naissance des deux hommes – Copyright: Anne-Laure Graf

De Gaulle s’imagine à 15 ans « général de Gaulle sauvant la France » et entre à Saint-Cyr en 1908, dont il sort 13°sur 211. Il est profondément influencé par les écrits de Charles Péguy et Maurice Barrès. Churchill, lui, mène une double  carrière de militaire et de journaliste et change deux fois de parti politique. C’est en 1911, alors qu’en tant que Premier Lord de l’Amirauté il commande la flotte anglaise, qu’il subit la défaite de la Bataille des Dardanelles dont il considéré comme l’un des principaux responsables. Pour se remettre de la dépression qui s’ensuit, il commence à peindre.

Portraits de jeunesse

A gauche: de Gaulle enfant, à droite: Churchill enfant – Copyright: Anne-Laure Graf

Les accords de Munich, signés le 30 septembre 1938, montrent une même perception des deux hommes qui ne se connaissent pas encore : « Nous venons de subir une défaite totale et absolue » déclare alors Churchill à la Chambre des Communes le 5 octobre 1938 pendant que de Gaulle écrit à son épouse « Nous boirons le calice jusqu’à la lie ».  C’est cette même vision d’une guerre perçue comme le combat de la civilisation occidentale contre la barbarie qui les unit ensuite pendant la Seconde guerre mondiale.

carte France de Gaulle

L’exposition se termine par les funérailles des deux hommes. Celles de Churchill ont été les seules de niveau national au Royaume-Uni au XX°s en dehors de celles de la famille royale.

Une exposition qui intéressera les amateurs d’histoire et de fortes personnalités et qui rappelle que la liberté est un bien précieux