Sur les pas de Daubigny à Auvers sur Oise : Aux sources de l’impressionnisme

Le père fondateur des impressionnistes, Charles François Daubigny (1817 – 1878) reste moins connu que Monet, Pissarro ou Sisley.

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La ville d’Auvers sur Oise – dont je vous avais parlé l’an dernier au sujet de Van Gogh (voir mon article ici) – lui rend hommage jusqu’au 17 septembre à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, suivant ainsi les célébrations de 2016 à Cincinnati, Edimbourg et Amsterdam.

Charles François Daubigny séjourna 18 ans à Auvers sur Oise et contribua à renouveler la peinture de paysages en essayant de nouvelles techniques et cadrages à bord de son bateau atelier, le « Botin ».

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Né dans une famille d’artistes, Charles François est d’abord formé par son père Edme Daubigny, paysagiste classique. S’il suit des cours de peinture à Paris c’est surtout en fréquentant les peintres de Barbizon qu’il tire des enseignements qui influencent sa peinture. En 1852, il fait la connaissance de Camille Corot (1796- 1875) qui lui sert de guide.

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Découvrir Auvers sur Oise sur les pas de Daubigny, c’est s’arrêter tout d’abord dans la maison atelier de Daubigny classée monument historique en 1993 et labellisée « maison des illustres » en 2014.

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Crédits photo: Maison Daubigny

Ce lieu de vie appartient toujours à la famille du peintre grâce à la branche féminine, et sa fille Cécile dont la chambre est décorée de 20 couronnes de fleurs peintes pour ses 20 ans ainsi que différentes fables de La Fontaine, peintes également par son père Charles-François Daubigny. Le peintre a en effet voulu illustrer dans cet endroit tout ce qu’elle aimait quand elle était petite. Si la peinture à l’huile a parfois mal vieilli faute de traitement, elle offre à cette maison atelier un charme délicieusement rétro comme on en voit peu….

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Crédits photo: Maison Daubigny

Découvrir Auvers sur Oise sur les pas de Daubigny, c’est ensuite se rendre au musée Daubigny – qui fête ses 30 ans – où une exposition de 90 œuvres, peintures, gravures et dessins, est consacrée au peintre jusqu’au 3 septembre. La seconde partie sera consacrée à partir de septembre aux différents liens d’amitié du peintre. On y découvre son voyage en Italie en 1836 et l’influence des paysages et de la lumière sur son œuvre. Cette exposition nous apprend que Charles-François Daubigny était également un aquafortiste, un dessinateur pour gravure sur bois et qu’il a illustré Notre Dame de Paris de Victor Hugo et Les Mystères de Paris d’Eugène Sue.

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On y découvre également que le mot « impression » est employé dès 1850 par les critiques d’art pour analyser les paysages de Daubigny. Théophile Gautier déclare ainsi le 7 juin 1861 dans Le Moniteur Universel « il est dommage que M. Daubigny, ce paysagiste d’un sentiment pourtant si vrai, si juste et si naturel, se contente d’une première impression et néglige à ce point les détails. Ses tableaux ne sont plus que des ébauches ; et des ébauches peu avancées. Ce n’est pas le temps qui lui a manqué… »

Et pour ceux pour qui Auvers sur Oise est associé à Van Gogh, n’hésitez pas à lire mon article de l’an dernier sur ce peintre ou à consulter la saison culturelle ici. Vous y découvrirez que cette ville abrite aussi un musée de l’Absinthe fort intéressant. J’ai par ailleurs découvert que chaque année de juin à début juillet se tient un festival de musique semblant très intéressant… avec notamment en 2017 l’intervention de JC Spinosi et de N. Dessay…

Anne-Laure FAUBERT

Pissarro  » le premier des impressionnistes »

L’exposition Pissarro  » le premier des impressionnistes » vient d’ouvrir ses portes au Musée Marmottan Monet, et ce jusqu’au 2 juillet 2017.

Il n’y avait pas eu de rétrospective consacrée à Camille Pissarro (1830 – 1903) depuis 1981. Né dans les Antilles danoises ( aujourd’hui Îles Vierges américaines) il eut toute sa vie un passeport danois. Né dans une famille juive de commerçants, il ne reçoit pas de formation artistique et c’est une rencontre à l’âge de 20 ans avec un artiste danois qui lui donne le goût de la peinture.

Installé en France en 1855 il expose au Salon de 1859 à 1870, où l’on décèle d’abord une influence nette dans son style de Corot et Daubigny.

Peintre ne s’éloignant guère de son domicile (Pontoise) il est le premier à supprimer le noir et les ocres de sa palette et à évoluer vers une peinture claire, typique de l’impressionnisme.

Ayant du talent pour déceler les grands artistes, il apprend à Cézanne à peindre avec des couleurs claires.

L’exposition montre de magnifiques tableaux comme Gelée blanche qui fit scandale pour deux raisons: la gelée n’était pas à l’époque un sujet de peinture et les ombres étaient peintes en noir et non en bleu, comme dans ce tableau.

Gelée blanche

L’exposition montre aussi de beaux portraits de jeunes filles, mais fait troublant, leur regard ne croise jamais celui du peintre et du spectateur. 

La bergËre, dit aussi Jeune fille ‡ la baguette ; paysanne assise

Paysagiste, Pissarro peint peu de scènes d’intérieur. Seul à exposer aux huit salons impressionnistes, il refuse de faire une peinture pittoresque ou commerciale. Son succès vient notamment à la fin de sa vie lorsqu’il commence à peindre la ville et qu’il est alors référencé et vendu aux Etats-Unis.

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Une exposition à découvrir avec celle du musée du Luxembourg « Pissarro à Eragny » à partir du 16 mars.

Musée Marmottan Monet – Jusqu’au 2 juillet 2017

L’art et l’enfant au musée Marmottan Monet… de l’enfant sacré à l’enfant profane

Ce n’est jamais l’enfant qui commande le portrait qu’on fait de lui. Cela semble une évidence, mais garder ce constat à l’esprit pendant la durée de l’exposition permet de mieux comprendre l’évolution des mentalités sur cet être longtemps considéré comme un adulte en miniature sali par le péché originel.

Cette exposition inédite retrace ainsi l’histoire du statut de l’enfant du XIV°s au XX°s en France, du Fils de Dieu aux enfants peints par les Impressionnistes.

Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon. MV8499.

Anonyme – Portrait du futur Louis XIV, enfant – xviie siècle

Photo © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

On représente en effet d’abord Jésus – mini adulte puis enfant – avant de s’intéresser à l’enfant Roi, appelé à régner et monarque de droit divin. Ainsi lorsque Louis XIV est représenté, ses bijoux royaux (notamment l’ordre du St Esprit) permette,t de le distinguer d’un enfant de la noblesse puisqu’il est peint sans couronne. En des temps où la mortalité infantile est importante, le frère du Dauphin, Philippe de France, est aussi représenté, symbole de la continuité dynastique. Une pérennité familiale que l’on retrouve aussi dans la noblesse comme cette représentation de la famille Habert de Montmor.

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Ecole française 1re moitié du XVIIe siècle, aussi attribué à Philippe de Champaigne

Portrait de la famille Habert de Montmor –  Photo © Château de Sully-sur-Loire

La représentation de l’enfant dans la peinture suit l’évolution de la société: avec les Lumières, l’enfant devient un sujet et l’Etat, l’Eglise et la médecine se penchent sur son berceau. Les enfants qui meurent sont des soldats en moins…

Les femmes sont peintes en train d’allaiter, les hommes représentés comme pères…

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Jacques-Fabien Gautier-Dagoty – IVe tableau représentant la femme enceinte

1740-1785 – Photo © Christian Baraja

Une peinture m’a particulièrement émue – en même temps ma »copine » au Louvre quand j’étais enfant était une peinture de l’école anglaise représentant une petite fille mélancolique – celle de Louise-Marie de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et Marie de Montespan, décédée à 5 ans loin des siens. Sur cette peinture rien ne laisse entendre que le portrait est posthume… si ce n’est la montre arrêtée et la bulle de savon, symbole du caractère éphémère de la Vie…

Mignard Pierre (1612-1695). Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon. MV3624.

Pierre Mignard : Louise-Marie de Bourbon, duchesse d’Orléans, dite Mademoiselle de Tours – Vers 1681-1682

Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Photo © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Une section m’a touchée: celle consacrée au XIX°s et notamment aux enfants des milieux défavorisés. Loin des images pittoresques des frères Le Nain au XVII°s, au XIX°s c’est l’enfant du peuple, celui qui travaille et qui dort dans la rue,qui est représenté de façon très réaliste… alors que sur le mur d’en face les enfants de la bourgeoisie jouent paisiblement. Si rien en soi n’a changé – hélas – depuis le Moyen Âge, la fin du XIX°s voit l’émergence de lois visant à lutter contre la maltraitance enfantine dont la prostitution.

Fernand Pelez (1848-1913). "Martyr" ou "Le marchand de violettes". Huile sur toile, vers 1883. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

Fernand Pelez: Un Martyr. Le marchand de violettes – 1885

Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris – Photo © Petit Palais / Roger-Viollet

De sujet, l’enfant devient également au XX°s le fondement de l’art de certains artistes qui s’inspirent du style enfantin pour leurs œuvres. Ainsi, en 1945, Picasso déclare devant une exposition de dessins d’enfants: « quand j’avais leur âge, je dessinais comme Raphaël, mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre et dessiner comme eux ».

Jusqu’au 3 juillet 2016 – L’art et l’enfant chefs d’oeuvre de la peinture française – Cézanne, Chardin, Corot, Manet, Matisse, Monet, Morisot, Renoir, Picasso… Musée Marmottan Monet

Qu’entendre, que voir en avril à Paris et à Lyon – en 8 points

Festival Britten oblige je vous incite ce mois-ci à faire un détour par la capitale des Gaules ; )

J’en profite aussi pour tester une nouvelle présentation des événements culturels:

A. Incontournables:

1. L’expo De Watteau à Fragonard,  les Fêtes galantes au Musée Jacquemart André (14 mars – 21 juillet 2014).

Une expo d’une soixantaine d’œuvres consacrée à la peinture française du XVIIIe siècle dans son aspect « frivole »: divertissements, scènes amoureuses dans des décors champêtres évoquant pour moi certains concertos de Vivaldi.

 

2. L’expo Paris 1900, la Ville spectacle au Petit Palais (2 avril 17 août 2014)

Loin de l’exposition 1900 du Grand Palais il y a plus de 10 ans, celle du Petit Palais insiste sur l’Exposition universelle de Paris en 1900 et sur le rayonnement de la capitale française.

 

3. L’expo Les Impressionnistes en privé – Cent chefs-d’œuvre de collections particulières (13 février – 6 juillet 2014) au Musée Marmottant Monet

L’impressionnisme n’est pas la période picturale que je préfère car c’est celle par laquelle on « débute » en histoire de l’art, car plus accessible que la peinture du Moyen-Âge. Le caractère exceptionnel des prêts des collections privées la rend incontournable. Quatre-vingt peintures et une vingtaine d’œuvres graphiques sont présentées au public et comportent notamment des œuvres de Corot (que j’adore), Boudin, Jongkind (: ) ), Manet, Monet, Renoir (que je déteste)…

Et toujours: Dries Van Noten au Musée des Arts décoratifs, commenté sur ce blog et Cartier Bresson au Centre Pompidou.

 

4Le festival Britten à l’Opéra de Lyon, du 10 au 29 avril.

Trois opéras y sont donnés: Le Tour d’écrou (1954), Peter Grimes (1945) et Curlew river (1964). De quoi devenir incollable sur ce très grand compositeur britannique dont j’ai écouté Simple Symphony et Variations sur un thème de Franck Bridge le 10 décembre 2013 au théâtre des Sablons de Neuilly sur Seine

 

5. Le spectacle de l’Ecole de danse – du 5 au 10 avril à l’Opéra de Paris

Au programme: Concerto en ré de Claude Bessy (1977), Napoli – Pas de six et tarentelle d’August Bournonville, Scaramouche (2005) de J. Martinez qui reprend certaines pantomimes de la Commedia dell’arte pour finir avec une pièce néoclassique dont John Neumeier a le secret: Yondering.

6. Le spectacle Jeunes danseurs – le 18 avril à l’Opéra de Paris

Une soirée pour découvrir les jeunes espoirs du Ballet de l’Opéra de Paris. Plus d’infos sur le site.

 

B. Insolite

7. « Brassens aime le jazz », ce mercredi 9 avril au théâtre de Nesle à 21h dans le VI°.

Un rapprochement entre 2 cultures classiques: Brassens appartient à notre imaginaire collectif français, le jazz à celui des Américains.

 

8. Afrique entre Terre et mer, une expo photo de mon collectif de photographes Cine Qua Non à Colombes (92)

Images intégrées 1

 

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