Giacometti, entre tradition et avant-garde au Musée Maillol

Pour ceux pour qui, comme moi, Giacometti évoque des sculptures, comme le célèbre Homme qui marche, mais ne connaissent pas le parcours de l’artiste, l’exposition qui vient d’ouvrir ses portes au musée Maillol a le grand mérite de le replacer dans son contexte historique et culturel.

Jeune Fille - 1921 - Csaky Joseph -1enviedailleurs.com
Jeune Fille – 1921 – Csaky Joseph (1888-1971). Rennes, musée des Beaux-Arts. – Copyright: MBA, Rennes / Louise Deschamps

À travers un parcours chronologique et thématique et dans une scénographie dépouillée et des tons gris, l’exposition Giacometti, entre tradition et avant-garde montre les différentes influences du sculpteur : l’art extra européen, l’art cycladique – flagrant dans La femme qui marche (1932) – tout en faisant dialoguer ses œuvres avec celles de Bourdelle, Rodin, Zadkine, Brancusi…montrant ainsi les relations entretenues avec ces artistes à chacune des étapes de l’évolution du style de Giacometti. On y découvre d’abord les œuvres de jeunesse de Giacometti, marquées par la modernité classique puis sa rencontre avec les avant-gardes parisiennes après 1925.

Offrande - Bourdelle - 1enviedailleurs.com
Antoine Bourdelle (1861-1929). L’offrande Bronze. 1905. Paris, musée Bourdelle.

Alberto Giacometti (1901-1966) est le fils d’un peintre néo-impressionniste renommé, Giovanni Giacometti et grandit dans l’atelier paternel en Suisse italienne. Il réalise à 13 ans son premier buste d’après-nature, prenant son frère Diego pour modèle. En 1922 Alberto Giacometti part à Paris pour suivre les cours du sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929). Il est marqué par cette éducation qui associe un enseignement classique d’après nature à une approche formelle du volume par facettes géométriques.

La femme qui marche - Giacometti -1enviedailleurs.com
La femme qui marche – Giacometti – 1932 – Copyright: Succession Alberto Giacometti

L’exposition permet de découvrir l’une des obsessions artistiques de Giacometti à partir de 1935 : la figure féminine. En sculptant sans relâche des têtes de femmes, il cherche à en capter l’essence intrinsèque. « Mais l’aventure, la grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu chaque jour, dans le même visage. Ça vaut tous les voyages autour du monde » déclare-t-il.  La salle consacrée aux têtes est à cet égard saisissante : des têtes de femmes s’alignent devant le visiteur mêlant des œuvres de Bourdelle, Maillol et Giacometti. Le nom des modèles importe peu : on y reconnait son style, où les traces des doigts sont visibles, et sa volonté farouche de saisir l’essence du modèle, plus que d’en donner une image réaliste. On est donc loin du portrait au sens classique du terme. « La sculpture n’est pas un objet, elle est une interrogation, une question une réponse. Elle ne peut être ni finie, ni parfaite » écrit-il en 1957.

Giacometti - Homme qui marche II - 1960 - 1enviedailleurs.com
Giacometti – Homme qui marche II – 1960 Copyright: Succession Alberto Giacometti

Le thème de l’homme qui marche est présent dans l’œuvre de Giacometti dès la fin des années 1940 et s’enrichit de différentes combinaisons : à côté des figures individuelles, Giacometti conçoit aussi des groupes de personnages. Il est intéressant de noter que le mouvement de la marche est cependant rapidement réservé à ses figures masculines, alors que ses sculptures féminines sont strictement hiératiques et immobiles.

L’homme qui marche comme symbole de l’humanité en marche. Reste à savoir si celle-ci sait où elle va…

Anne-Laure FAUBERT

 

 

La neuvième édition du festival Art, villes et paysage d’Amiens séduit toujours

Depuis 2010, les hortillonnages d’Amiens se parent chaque été de nouvelles œuvres d’art, certaines amenées à perdurer, d’autres plus éphémères. Une promenade bucolique et artistique à quelques encablures de Paris… Je vous en avais parlé ici en 2014, et Le Jardin d’Erode furent longtemps ma couverture personnelle sur les réseaux sociaux.

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Le Jardin d’Erode – Wagon Landscaping: Mathieu Gonthier avec la participation de Chloé Francisci – Photo Copyright: 1enviedailleurs.com

J’ai réitéré la visite cette année, fin août, par une météo bien moins clémente. Et pourtant la magie a opéré de nouveau.

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Créé en 2010 à l’initiative de Gilbert Fillinger, le festival Art, villes et paysage d’Amiens a permis depuis sa création la réalisation de plus de 120 œuvres, créées par 215 artistes de moins de 40 ans accompagnés par les équipes du chantier d’insertion et du festival. Car bien plus que de « faire joli » dans le paysage, ce festival revêt une dimension profonde : permettre à de jeunes talents artistiques d’éclore et à des personnes en difficulté de retrouver du travail. Une mission sociale et humaine que l’on retrouve par ailleurs dans les thèmes de certaines œuvres et qui a aussi permis aux hortillonnages, ancien marais dessiné par les affluents de la Somme et cultivé par l’homme,  d’être assainis et visités par plus de 250 000 visiteurs

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Intervention de Phoebe Eustance -Photo: 1enviedailleurs.com

Ce festival s’aborde de deux manières selon ses envies : à pied et en barque. Je vous conseille vivement de ne pas bouder cette-dernière : nul besoin d’être un capitaine émérite et il serait dommage de rater cette partie du festival qui ne visite qu’ainsi dans l’un des 20 bateaux amarrés devant le « port au fumier ».

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Le bois des rémanents_Florent & Grégory Morisseau – Photo: 1enviedailleurs.com

Les œuvres de 2018 se font l’écho des préoccupations environnementales et du subtile équilibre du lieu entre nature et culture. Ainsi la plasticienne Julia Cottin réalise une sculpture végétale, squelette émergeant du marais

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Black ship Julia Cottin

pendant que Dorothéa Nold a érigé une sculpture géométrique à la surface de l’eau, évoquant ainsi l’interdépendance des éléments et l’équilibre fragile d’un monde plus en plus instable.

Conçu sur fonds publics – rien n’est payant si ce n’est la location des barques, ce festival se déroule jusqu’au 21 octobre à Amiens. Et pour ceux qui souhaiteraient donner une dimension historique aux jardins, la mission du Centenaire de la Première guerre mondiale nous prépare pour novembre  15 « Jardins de la Paix » réalisés près des hauts lieux du souvenir de la Grande Guerre… Ou comment donner un autre sens à cette terre qui vit périr il y a 100 ans tant d’êtres humains… Les jardins ou la résilience d’une région brutalisée par la guerre.

Anne-Laure FAUBERT

L’exposition Pop art au Musée Maillol : icons that matter ?

The Whitney Museum of American art prend ses quartiers d’automne au musée Maillol jusqu’au 21 janvier 2018 à l’occasion d’une exposition consacrée au Pop art. C’est une exposition qui peut laisser perplexe, voire dérouter si l’on n’a pas la chance d’être accompagné(e) par un spécialiste de l’art contemporain, comme j’eus la chance de l’être.

Retour sur cette exposition qui convoque à la fois des grands noms du Pop Art et des artistes beaucoup moins connus en France.

Fondé par la sculptrice Gertrude Vanderbilt Whitney en 1930, le musée Whitney est un hommage aux artistes américains.  Il promeut l’art américain contemporain de jeunes artistes et poursuit cette mission après la mort de la fondatrice et artiste en 1942. Le combat personnel de Madame Whitney, tant comme artiste que femme n’est pas sans rappeler celui de Dina Vierny, modèle et collaboratrice du sculpteur Aristide Maillol et fondatrice de la fondation Dina Vierny – Musée Maillol.

 

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Roy Lichtenstein
Girl in Window (Study for World’s Fair Mural),
1963,
© Estate of Roy Lichtenstein New York / Adagp,
Paris, 2017

 

L’exposition débute par un grand nom du Pop Art, Roy Lichenstein et notamment Girl in Window (1963) qui reprend un sujet traditionnel, celui de la jeune fille à la fenêtre, fréquent dans la peinture flamande du XVII°s. Esquisse pour une œuvre d’un plus grand format pour l’exposition universelle de 1964, Roy Lichenstein apporte sa touche personnelle à ce sujet classique : des couleurs primaires en aplat, des contours noirs et une forte inspiration de la culture populaire et notamment de la BD. Les cheveux au vent du modèle rendent cette peinture plus vivante qu’elle ne l’aurait pu l’être aux premiers abords.

Par ailleurs on retrouve dans son tableau sur le poisson rouge, Gold fish bowl deux tableaux de Matisse et les traits noirs ne sont pas sans rappeler Velasquez.

On y découvre ensuite l’influence de Marcel Duchamp, premier à faire rentrer un produit manufacturé et non créé, sur les artistes américains.

Untitled American President (1962) d’E. Kienholz en représentant un bidon de lait, dénonce l’inaction des hommes politiques lors de ce scandale alimentaire.

Le pop art vient de l’expressionisme allemand et se fait comme lui le reflet de son environnement.

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Madonna and Child, 1963
© Adagp, Paris, 2017

Dans Madonna and Child (1963) Allan d’Arcangelo reprend un portrait de Jackie Kennedy dans Life et montre avec les auréoles de la mère et de sa fille le statut d’icônes qu’acquièrent certaines personnes. La personne s’efface derrière la personnalité et sa fonction officielle de madone du peuple. Sanctifiée par la presse, Jackie Kennedy n’est alors plus un sujet mais un simple « objet » de culte. Les tableaux d’autoroute de l’artiste s’inspirent alors des grands espaces américains et des tableaux publicitaires de Broadway.

Le pop art dénonce également l’utilisation du corps par la société de consommation. « Dans la panoplie de la consommation, il est un objet plus beau, plus précieux, plus éclatant que tous, plus lourd de connotations encore que l’automobile qui pourtant les résume tous : c’est le CORPS»  déclare ainsi Jean Baudrillard.

Mel Ramos, May Stevens et Tom Wesselmann dénoncent ainsi chacun à leur façon l’utilisation du corps tant dans la tradition picturale que dans la société moderne. Un lien existe donc entre la tradition du nu féminin dans la peinture occidentale et les stéréotypes de l’érotisme marchand.  La représentation des corps par le Pop Art évoque moins leur possible « libération » que leur soumission radicale au regard qui les dévore. Ce corps devenu une marchandise industrielle reste exclusivement le corps de la femme qui est objectivé et soumis aux exigences de la domination masculine.

Les critiques de l’époque reprochaient à cet art d’être « trop facile » et de ne réclamer de l’artiste comme du spectateur ni « sensibilité », ni « effort intellectuel ». En effet l’immédiateté, le peu de goût pour le pathétique et l’absence de transcendance caractérisent nombre de ces œuvres et s’accordent bien aux valeurs d’une culture marchande instantanée et éphémère.

 

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Claes Oldenburg
French Fries and Ketchup, 1963
© Claes Oldenburg, 1963

 

French fries and Ketchup (1963) de Claes Oldenburg m’a particulièrement laissée perplexe. Avant de réaliser que cet amas jaune avec du rouge était une assiette de frites, je me suis d’abord interrogée sur cet étrange ga rouge ; ). La « banalité monumentale » de cette œuvre prône la modestie du quotidien en contrepoint d’une esthétique élitiste. «Je suis pour l’art qu’on fume comme une cigarette, qui pue comme une paire de chaussures » disait-il.

 

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Robert Indiana
LOVE, 1968,
© 2017 Morgan Art Foundation / Artists Rights Society (ARS), New York / Adagp, Paris, 2017

 

Robert Indiana considérait le pop art comme le reflet du « rêve américain, optimiste, généreux et naïf »… comme la sculpture LOVE et sa double lecture  promesse d’amour ou promesse publicitaire d’un bonheur consommé ?

Anne-Laure FAUBERT

Voyage d’hiver: 17 artistes contemporains dans les bosquets du château de Versailles

Pour sa dixième édition, l’exposition d’art contemporain à Versailles se métamorphose. « Voyage d’hiver » prend ses quartiers jusqu’au 7 janvier 2018 dans les bosquets qui s’ouvrent à plusieurs artistes et dont les œuvres dialoguent avec la lumière de Versailles.

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Œuvre 1 Riddles – Sphinx Otto protecting earth from Humankind – Marguerite Humeau – Bosquet de l’arc de Triomphe

Une manière d’inviter les visiteurs à un voyage immobile et intérieur pendant leur déambulation et de redécouvrir Versailles et son parc sous un jour nouveau.

Une façon également de rappeler que l’art traduit des interrogations qui transcendent les époques et les cultures. Voir dialoguer les sculptures des artistes de Louis XIV avec ces œuvres modernes peut s’avérer magique, intriguer, questionner ou parfois laisser profondément perplexe voire déranger.

 

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Œuvre 3 We gave a party for the gods and the gods all came – John Giorno – Bosquet des Bains d’Apollon

Sculptures, installations sonores, tableaux, drapés, reflets, glaciations sont quelques unes des techniques utilisées pour aiguiser notre œil pendant notre promenade et nous faire prendre conscience de la métamorphose de la nature au fur et à mesure que l’automne puis l’hiver s’annoncent.

 

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Œuvre 9 The Sun – Ugo Rondinone – Char d’Apollon

 

Inspirée de Winterreise de Schubert, cycle de 24 Lieder composé en 1827 un an avant sa mort sur des poèmes de Wilhelm Müller, cette exposition s’inscrit dans la sobriété musicale de l’œuvre par les choix artistiques faits, à l’exception de cette statue mi homme mi chien.

 

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Œuvre 12 Floraisons pour Nollopa – Anita Molinero – Bassin du Miroir

 

Quatre fontaines historiques, placées à l’intersection des principales allées des bosquets, dédiées chacune à une saison, légitiment le sujet de la transformation du monde et de l’homme, selon la théorie des correspondances universelles qui régit le symbolisme de Versailles.

 

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Œuvre 16 – Bruit blanc – Stéphane Thidet – Bosquet de la salle de bal

 

Le Sphinx de Marguerite Humeau ouvre le voyage, interrogeant les voyageurs sur le sens de leur périple, dans la droite ligne de la créature antique mi femme mi bête qui tuait ceux qui ne savaient pas répondre à son énigme.

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Les grenouilles en grands manteaux de Cécile Minard clôturent l’exposition et rappellent que l’hiver les statues du parc sont couvertes.

Anne-Laure FAUBERT

Bourdelle et l’Antique, une passion moderne au musée Bourdelle

L’exposition « Bourdelle et l’Antique, une passion moderne », qui se tient au Musée Bourdelle du 4 octobre 2017 au 4 février 2018, questionne notre notion de la modernité. En effet, pour être absolument moderne il faut savoir réinventer le passé, réinterpréter l’histoire au prisme du contemporain. Ainsi chez bien des artistes novateurs l’archaïsme est perçu comme un vecteur de modernité.

"HERAKLES" - ETUDE - SCULPTURE EN POSITION OBLIQUE
Antoine Bourdelle (1861-1929). « Héraklès » – Etude – sculpture en position oblique. Photographie anonyme. Paris, musée Bourdelle. Dimensions: 9 X12 CM

La première partie de l’exposition est consacrée à la formation de l’artiste. Le jeune Antoine Bourdelle arrive à 22 ans à Paris. Elève à l’Ecole nationale supérieure des Beaux Arts, il va passer des années à observer et copier l’Antique. On peut découvrir certains de ses nombreux croquis et dessins d’étudiant, au coté d’œuvres de sa collection privée. Cet apprentissage va lui permettre d’acquérir une technique irréprochable mais va aussi nourrir son imaginaire. C’est cequ’on explore dans la deuxième partie de l’exposition: comment l’antique a inspiré l’ami de Rodin et a engendré plusieurs de ses chefs d’œuvres.       

Le Fruit.
Antoine Bourdelle (1861-1929), Le Fruit, bronze, 1911. Paris, musée Bourdelle.

Photo © Stéphane Piera / Musée Bourdelle / Roger-Viollet

Ce sont sept sculptures de l’artiste qui structurent cette rétrospective : Pallas Athénée, Apollon au combat, Héraklès Archer, Tête de Cléopâtre, Le Fruit, Pénélope attendant Ulysse et Centaure mourant. Pour chacune de ces œuvres Bourdelle s’imprègne des sources vives de l’Antique pour les réinterpréter.

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Antoine Bourdelle (1861-1929), Héraklès archer, de dos, négatif au gélatino-bromure d’argent sur plaque de verre gouachée. Musée Bourdelle, Paris

Reproduction photo : © ARCP Ville de Paris /Constance Asserman

L’Héraklès Archer, œuvre monumentale, qui constitue l’affiche de l’exposition, résume assez bien cet amalgame entre le présent et l’ancien. Inspiré du fameux Torse du Belvédère, dont la perfection est telle que la légende affirme que Michel-Ange aurait refusé  de reconstituer les membres manquants, et de L’Archer du fronton du temple d’Aphaïa à Egine, il est salué par la critique, comme un chef d’œuvre, lors de sa présentation en 1910. Les formes sont simplifiées à l’extrême pour donner une œuvre fondée sur la tension et l’équilibre, les vides et les pleins, les droites et les courbes. Bourdelle saisit l’énergie primitive du monde, un dynamisme virile qu’il nous transmet de manière radicale. Le mythe d’Hercule chassant les oiseaux mangeurs d’hommes du lac Stymphale est représenté avec une grande sobriété. Pour parvenir à un tel résultat, Bourdelle travaille d’après un modèle vivant, il fait poser en équilibre un ancien militaire des heures durant. La sculpture si on se penche sur les détails, est pourtant loin d’être naturaliste : pieds démesurés, pose irréaliste … Après Apollon au combat, cette sculpture est un manifeste de style du sculpteur qui met en avant son art de la synthèse et de la structure.

La force de cette exposition est de mettre en parallèle les sculptures de l’artiste avec celles qui l’ont inspiré. Outre les nombreuses œuvres antiques, on nous présente aussi des tableaux de Cézanne, de Puvis de Chavanne ou de Picasso. Bourdelle est lui même une source d’inspiration pour ses prédécesseurs comme Henri Laurens ou son élève Germaine Richier dont les travaux font aussi partie de la rétrospective.

Alice PAILLAT