L’opéra « La clémence de Titus » à Garnier : entre amour et raison d’Etat

C’est un très bel opéra que j’ai pu voir jeudi à Garnier. Une réflexion sur la solitude du pouvoir, la raison d’Etat versus  les sentiments et le cœur. Un dilemme dans la droite ligne de Corneille… On y trouve cependant un manichéisme sous-jacent entre Titus ( Saimir Pirgu) pur et vêtu de blanc, Vitellia (Tamar Iveri) en noir tant qu’elle est insensible avant d’apparaître en beige clair quand elle réalise les conséquences de ses actes. Sextus (magnifique Stéphanie d’Oustrac) habillé en gris, couleur montrant ses oscillations morales. Berenice en rouge symbolise la tentation avant d’être écartée.
L’empereur Titus est au final plus clément avec son ami qu’avec la femme qu’il aime
Les coiffures extravagantes et costumes de John Macfarlane rappellent les puritains du XVIIIe siècle. La mise en scène du pouvoir rappelle l’opéra bouffe: couronne trop grande et presque ridicule, symbole d’1 pouvoir qui pèse sur les épaules de Titus. La franchise et fraicheur d’Annia (Hannah Esther Minutillo) permettent de sauver et son couple… et son frère…
Une représentation dont se détachait Stéphanie d’Oustrac, ovationnée par le public…

Roméo et Juliette de Sasha Waltz: de magnifiques pas de deux pour une oeuvre minimaliste…

Une fois n’est pas coutume, je n’étais pas à la Première mais à la Dernière d’un ballet. Je ne connaissais d’ailleurs pas Sasha Waltz et un ami balletomane m’avait mise en garde « je me suis ennuyé ». J’étais donc un peu interloquée en y allant hier…

Tout comme pour la version de Noureev dont je vous avais parlé l’an dernier, le même constat s’impose d’emblée: le couple a du mal à s’imposer face aux deux clans et on cherche Aurélie Dupont (Juliette) et Hervé Moreau (Roméo) dans cette foule.

On retrouve dans cette oeuvre certains travers de la danse contemporaine: une chorégraphie minimaliste, parfois en décalage selon moi avec la belle musique de Berlioz, des danseurs courant – trop – souvent, un peu comme dans Rain de Keersmaeker.

Pourtant le traitement du mythe par la chorégraphe berlinoise est intéressant: elle y brosse à grands traits quelques passages clés comme le bal, où tous semblent bien eméchés, la scène du balcon, le mariage secret (moment fugace) et la mort des deux amants.

Le tombeau de Juliette, qui m’a rappelé les Enfers dans Orphée et Eurydice  de Pina Bausch par l’utilisation des pierres, reste aussi une très belle image funèbre. Quant à Roméo essayant de gravir en vain une montagne, tout est dit: il n’échappera ni à son destin ni à son clan; son amour semble voué à l’échec.

Je retiendrai de ce ballet – opéra:

– la beauté des chants, notamment de Stéphanie d’Oustrac, Yann Beuron, et Nicolas Cavallier, magnifique Frère Laurent au long solo final déchirant;

– la beauté des bas de deux… Aurélie Dupont est toujours aussi gracieuse, Hervé Moreau est – enfin – revenu… et tant mieux! De beaux moments féériques avant le drame final…

Un ballet parfois long – très long – parfois sublime…