« Kupka : Pionnier de l’abstraction » au Grand Palais: une rétrospective de grande qualité

Première rétrospective consacrée au peintre tchèque depuis celle de 1975-76 au Guggenheim, l’exposition Kupka: pionnier de l’abstraction permet au public de découvrir un artiste qu’il connaît parfois de nom sans forcément l’identifier

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František Kupka Plans par couleurs (Femme dans les triangles) 1910-1911 © Adagp, Paris 2018 © Centre Pompidou, MNAM / CCI, Dist. Rmn-Grand Palais / Photo Philippe Migeat

Né en 1871 à Opočno en Bohême orientale (ancien empire d’Autriche Hongrie) et décédé le 24 juin 1957 à Puteaux dans les Hauts-de-Seine, Kupka a eu un parcours européen:  Bohême natale, formation à Vienne et dans le Paris des avant gardes…

Dans un parcours à la fois chronologique et thématique, cette exposition rassemble plus de 300 œuvres – peintures, dessins, gravures, manuscrits…- et  conduit à une nouvelle approche de deux courants majeurs des XIX° et XX° siècles, le symbolisme et l’abstraction, dont Kupka fut l’un des principaux acteurs avec Piet Mondrian ou Robert Delaunay. 

La rétrospective met en lumière les moments clés de la création de Kupka: les œuvres symbolistes, les premiers portraits expressionnistes parisiens, le passage à l’abstraction en 1912, l’abstraction géométrique finale tout en évoquant des épisodes moins connus comme la période « machiniste » des années 1920.

On découvre au fur et à mesure de la rétrospective son goût prononcé pour les découvertes archéologiques, le rôle de l’éducation pour lui et sa croyance dans le progrès.

Lorsqu’il s’installe à Paris, dans un quartier populaire, il peint alors les « mecs », la prostitution de façon frontale, selon sa vision de la modernité, comme la série sur le rouge à lèvres, apanage à l’époque de ces femmes.

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František Kupka Le Rouge à lèvres n°II – 1908 © Adagp, Paris 2018 © Musées de Strasbourg / Photo N. Fussler

Dans ces peintures ci-dessous, Portrait de famille et La petite fille au ballon, il traite la forme et le volume par la couleur, et la petite fille Eugénie est représentée nue, dans un idéal naturiste. De même, dans le Grand nu, si la pose est classique, le volume est entièrement traité par la couleur et le fond par des aplats de couleurs.

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En 1911, plusieurs mouvements artistiques se concurrencent: cubisme, futurisme… et cherchent parfois à imiter la photographie et le cinéma pour représenter le mouvement.

La philosophie de Bergson popularise par ailleurs la notion d’espace temps et la conscience de l’homme moderne de la mobilité de l’espace, du tout petit et de l’immensité.

 

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František Kupka Amorpha, fugue à deux couleurs – 1912 © Adagp, Paris 2018 © National Gallery in Prague 2018

 

Lorsque Kupka créé ses premières œuvres abstraites il est taxé par la critique de « virer au « sphérisme ». Selon Apollinaire il invente le « cubisme orphique ». En effet le cubisme de Braque est statique alors que celui de Delaunay et Kupka est dynamique. 

 

František Kupka
František Kupka Autre construction n°II 1951-1952 © Adagp, Paris 2018 © Solomon R. Guggenheim Foundation / Art Resource, NY, Dist. Rmn-Grand Palais

 

On retrouve aussi dans les œuvres de l’artiste l’influence des idées sur les propriétés psychiques de la couleur, et dont je vous avais parlé l’an dernier lors de l’exposition à Montbéliard sur le peintre Valensi.

Mais laissons le dernier mot à Kupka pour cette sublime exposition que l’on souhaite voir et revoir… « Ma peinture, abstraite ? Pourquoi ? La peinture est concrète : couleur, formes, dynamiques. Ce qui compte, c’est l’invention. On doit inventer et puis construire.»

Grand Palais – Jusqu’ au 30 juillet 2018

Anne-Laure FAUBERT

Ce que j’aime à Prague – 2 le style de vie

 Il souffle à Prague un air typique d’Europe centrale difficile à définir, où une belle leçon d’histoire et de vie s’offre à qui veut bien l’écouter:

– richesse du passé du Royaume de Bohème, « toujours tourné vers l’Ouest » comme le rappelle un panneau de l’exposition consacrée à l’histoire du château – à destination des nombreux touristes russes? –  grâce à la visite du Château mais également, un peu excentré, du château de Troja 

– poignants vestiges du quartier juif , où comment se rendre compte que l’étoile jaune a été précédée dans l’histoire d’un cercle jaune, voire d’un bonnet spécial

– profusion de styles architecturaux, du style gothique primitif de la synagogue Vieille-nouvelle à la « maison qui danse »

– Vie culturelle intense, entre le Rudolfinum (cf billet à ce sujet), les 2 opéras, les concerts de la maison municipale… A défaut d’une qualité toujours au rendez- vous (air de la Reine de la nuit massacré, sons étouffés dans la version de La Flûte enchantée écoutée à l’Opéra) les salles en elles-mêmes valent le coup

 – Possibilité de déguster à deux pas du Rudolfinum la meilleure bière de la ville dans l’hospoda U Rudolfina

Bref, Prague est pour  moi la seule ville d’Europe centrale où on peut sortir le matin, lesté d’un trdlo acheté sur la place de l’hôtel de ville ou dans la minuscule boulangerie de la rue Karlova (rue qui mène au pont Charles du côté vieille ville),

à la découverte des rues, appareil photo en bandoulière, oeil à l’affût du détail cocasse ou de la scène intéressante, flâner en passant chez Manufaktura à la recherche de jouets en bois d’une sobriété impressionnante ou d’un shampoing à la bière de très bonne qualité ( http://www.manufaktura.cz/concept de magasins à développer en France selon moi),

visiter musées, synagogues ou château ou simplement se promener dans les ruelles avant de finir la journée dans une salle de concert puis dans un bar…. le tout avec des sons slaves en fond sonore.

Ce que j’aime à Prague: 1 – l’architecture

Prague ayant supplanté Vienne dans mes villes préférées, derrière Paris ; ) et Rome, j’avais envie d’en reparler.

Ce que j’aime à Prague et ce qui m’a à nouveau fascinée 9 ans après mon premier séjour, c’est tout d’abord son architecture. Eglises baroques et façades Art nouveau se côtoient de façon harmonieuse, les premières apportant une touche féerique, les secondes un décor floral. Le tout avec une certaine élégance.

J’ai toujours été sensible à la beauté dégagée tant par les objets que par les bâtiments…

J’apprécie également le fait de pouvoir m’y promener « là où regardent (mes) yeux » comme dit un proverbe russe, et de trouver des façades peintes aussi bien dans la vieille ville qu’à Mala Strana, des anciens palais ornés d’atlantes mais aussi de petits violons, soleils, ou paons sculptés.

Les affiches pour attirer les clients sont parfois un brin rétro.

On tombe aussi parfois sur des figures grotesques, voire franchement laides, qui vous font sourire, comme ci-dessous…

Alfons Mucha: une renommée au service de son pays

Boites rétro de biscuits Lefèvre-Utile, publicités pour les bières de la Meuse, reproductions des affiches Art nouveau de femmes à la chevelure démesurément longue… Que l’on connaisse ce nom ou pas, ces dessins font partie de nos souvenirs…

Le musée Mucha à Prague met en lumière une facette moins connue du dessinateur: la réalisation de tableaux intitulés Lépopée slave afin d’aider à la prise de conscience nationale des Tchèques. Car Mucha était également un peintre.

 Né en Moravie en 1860, Mucha dessine dès son plus jeune âge, notamment une Crucifixion. Il travaille à Vienne de 1879 à 1881 pour une compagnie de décors de théâtre. C’est en 1881 en Moravie que son destin prend forme: le comte Karl Khuen de Mikulov, impressionné par son talent lui finance des études à Munich puis à Paris. Le destin frappe à sa porte une 2° fois en 1894: il dessine une affiche pour une représentation de Sarah Bernhardt au théâtre de la Renaissance, Gismonda. Son coup de génie est d’avoir représenté cette actrice d’âge mur non de cette manière mais comme une jeune première, façon dont se perçoit toujours cette femme. Cette affiche marque le début de son ascension.

L’intérêt du musée de Prague est de présenter à la fois les affiches du début qui ont rendu Mucha célèbre, mais également d’expliquer comment cette renommée va le conforter dans son idée d’éveiller une conscience nationale chez ses compatriotes.  Grâce à l’aide d’un riche industriel américain, Charles Crane, il peut retourner en Moravie et s’atteler à son oeuvre. Il joue un rôle important lors de la création de la Tchécoslovaquie en 1918, dessinant par exemples timbres et billets de banque. Il réalise également certains vitraux de la cathédrale Saint Guy à Prague

Un musée passionnant donc et à l’approche intéressante.

Tourisme et chaussures…

Je ne sais pas si vous avez déjà fait attention mais parfois les gens choisissent d’étranges chaussures pour visiter une ville. Non pas qu’il faille se munir de chaussures de randonnée, nous sommes en ville, mais certaines femmes ont peut-être des chauffeurs… ou ne peuvent vivre que sur 10 cm de talons.

En voici un exemple.

Vu les pavés de Prague, il faudra qu’on m’explique comment la propriétaire de ces chaussures a fait pour visiter cette ville sans se tordre les chevilles dans la montée au château ni trébucher par moment…

Quand il fait chaud, l’option spartiates apparaît a-priori sympathique… Encore faut-il que la semelle ait un minimum d’épaisseur…

Et vous, sans tomber dans les clichés style les chaussettes dans les sandales de certains touristes, n’avez-vous pas connu de telles interrogations?