Le Yacobson Ballet de Saint Petersbourg: du classicisme à la création déjantée

Le mercredi 3 février, au théâtre des Sablons de Neuilly sur Seine, le Yacobson Ballet donnait une représentation aux premiers abords plutôt classique.

Envie de me remettre des adieux de Mats Ek en janvier dont j’étais sortie perplexe? Envie de croiser les Russophones de Paris et Neuilly en goguette? Un peu des deux et surtout cet amour viscéral pour la danse.

Fondée en 1969 par Leonid Yacobson alors maître de ballet et chorégraphe renommé, le   Yacobson Ballet est la première compagnie indépendante de Russie – ie non rattachée à un Opéra.

214-yacobson_yb-2

Après une interprétation des Sylphides de Michel Fokine belle sans être époustouflante – pas de port de bras à tomber par terre ni d’émotions particulières de mon côté, le ballet contemporain Rehearsal de Konstantin Keikhel, inspiré librement du film de Federico Fellini, Répétition d’orchestre, apportait un brin de folie très russe à cette soirée plutôt sage. Un humour à la fois grinçant et décapant dans la façon dont la répétition –  rehearsal – se déroulait: danseurs nonchalants dans la démarche, et techniquement irréprochables… au grand désespoir du maître de ballet dont le nerfs finissent par craquer.

Enfin, le Grand pas de Paquita de Marius Petipa apportait à nouveau une touche vaporeuse – magnifiques costumes scintillants – à la soirée. Un bal très bien interprété, tant techniquement que par la présence scénique et qui m’a donné envie de revoir un ballet dont je ne suis pourtant pas une adepte car sans véritable histoire.

Une soirée profondément russe, entre cette beauté scintillante caractéristique de cette danse et une folie – maîtrisée ici- que l’on retrouve dans de nombreuses œuvres et ballets russes.  

Première de Paquita de Pierre Lacotte: la perfection de la danse classique

Pur exemple de ballet classique, à la technique très exigeante et aux costumes et décors de toute beauté, Paquita  a été reconstitué en 2001 par Pierre Lacotte, d’après la version de 1881 de Joseph Mazilier et Marius Petipa. Créé à l’Opéra de Paris en  1846, ce ballet voyagea jusqu’en Russie grâce à Marius Petipa où il en donna une nouvelle version en 1882.

Je l’avais déjà vu en 2008 et m’étais un peu ennuyée. Je n’y serai pas retournée si je n’avais pas croisé le danseur Sébastien Bertaud en avril qui y interprète un villageois à la danse gracieuse et fine. J’avais aussi envie de voir Laura Hecquet depuis sa nomination en mars comme étoile. Bien m’en a pris. Cette représentation était magique, malgré l’intrigue très mince.

Paquita est un pur produit des ballets du XIX°s à la gloire de l’armée française et aux clichés prononcés. Comme Carmen, Paquita grandit chez les Gitans. A sa différence, elle a été enlevée à sa famille d’origine et un portrait qu’elle garde précieusement la rend triste de temps en temps. Dansée par Laura Hecquet qui rayonne par son plaisir à danser et illumine la scène par le porter de sa tête et de ses bras, Paquita s’oppose au rustre Inigo qui semble lui être destiné. Campé par un François Alu grossier, possessif à souhaits, tout en maîtrise technique et scénique, ce couple semble trop contraire pour pouvoir fonctionner. Heureusement survient Lucien d’Hervilly, interprété par Karl Paquette à qui les rôles de prince charmant vont toujours comme un gant.

paquita

Copyright: Opéra de Paris

La confrontation entre le gitan grossier et l’aristocrate français n’évite pas les clichés, le premier considérant Paquita comme son bien, le second comme un être délicat.  Lorsque Inigo est mandaté pour assassiner Lucien, et que Paquita découvre le complot, la scène devient loufoque, Paquita tentant de prévenir le jeune homme, tandis que le gitan essaie de le divertir. L’échec de cet assassinat, la découverte des origines de la jeune femme et son mariage avec Lucien en font un beau ballet classique.

Ces scènes intimistes s’opposent aux danses de caractère des villageois, gitans et dans l’acte deux des danses de salon. Au caractère impétueux et coloré des danses des gitans où les femmes se font envoûtantes et les hommes conquérants, s’opposent celles de salon, plus policées et entrecoupées d’une polonaise interprétée par les élèves de l’école de danse. Une danse encore perfectible du côté des garçons mais profondément touchante.

Paquita exprimait samedi le style français poussé à sa perfection, cette alchimie subtile entre une technique maîtrisée et une grâce dans les gestes. Un classicisme toujours vivant et acclamé par le public.

Samedi 2 mai 2015. Palais Garnier Paquita de Pierre Lacotte (d’après Joseph Mazilier et Marius Petipa) par le Ballet de l’Opéra national de Paris. Avec Laura Hecquet (Paquita), Karl Paquette (Lucien d’Hervilly), François Alu (Inigo), Pascal Aubin (Don Lopez de Mendoza), Stéphanie Romberg (Dona Serafina), Bruno Bouché (le Comte) et Marie-Solène Boulet (la Comtesse).  Avec la participation des élèves de l’école de danse – Jusqu’au 19 mai 2015

Les 5 degrés de la « balletomanie »…

Un billet taquin sur la « balletomane » que je suis….Une vision subjective*… Vos avis sont les bienvenus. Et je précise: aucun degré n’est supérieur à un autre!

Degré Zéro: Le ballet? Une discipline réservée aux petites filles en tutu rose… Franchement quel intérêt de voir des personnes faire « tututut » sur la scène d’un côté puis de l’autre**?

Degré un: Une neutralité bienveillante. Le ballet? Plutôt la danse non? Pourquoi pas? J’associe davantage la danse aux sorties en boite, aux danses des rues. Quant au ballet « classique », j’en ai une vague idée.

Degré 1 bis cela donne: Un art inférieur à l’opéra puisqu’il n’y  pas de parole.

Degré deux: L’apprenti balletomane:  Je dresse les oreilles dès que j’entends parler du Lac des cygnes, de Casse-noisette, de Noureev ou des Ballets russes. Voir un ballet reste exceptionnel et je me rabats sur les valeurs sûres***. Ma vie est ailleurs même si la danse en constitue une légère toile de fond. Il manque un petit quelque chose pour que je bascule vers le degré trois.

Degré trois: Le balletomane entre deux eaux:

Version normale: J’aime la danse et le ballet et vais régulièrement en voir.

Version méthodique: J’ai décidé de me cultiver et lis tout ce qui concerne les ballets que je vais voir.  J’aime connaître les pas, pouvoir en parler et vais donc régulièrement voir des ballets.

Version en recherche d’emplois, moins de 28 ans ou plus de 65 ans et que j’ai le temps:  je fais régulièrement la queue pour avoir des places. Je vois de tout, du ballet très classique comme Paquita au ballet contemporain de Pina Bausch.

Degré quatre: Le « balletomane compulsif »:  Version 3+ l’aspect systématique voire compulsif du « balletomane ». J’en parle autour de moi, voire j’ouvre un blog. Mes compte rendus peuvent parfois sembler surréalistes aux non balletomanes.

Degré cinq: Le « balletomane accompli »: Version 4 + non seulement je vais voir tous les ballets qui passent, qu’ils soient classiques ou contemporains, mais j’y retourne pour voir les différentes distributions. Dans un spectacle, on me reconnaît à mes sourcils en accent circonflexe scrutant la scène, mes commentaires à l’entracte – bien plus sérieux sur le fond que les cuistres et les pédants – et mes tweets enflammés – de façon positive ou négative. La danse fait partie de ma vie. J’applaudis tel danseur et vilipende un autre. Je suis toujours à l’affût des nouvelles et vais aux Premières et aux adieux des étoiles.

Et moi dans tout ça?

Après avoir longtemps été dans le degré 3, j’ai parfois l’impression d’être à la limite entre le degré 4 et le 5.  Je n’ai plus qu’à rédiger des articles « pour les nuls » -ie compréhensibles par les non balletomanes – pour espérer m’en sortir ; )))

Et vous, vous vous reconnaissez dans ces différents états?

*: Ceci peut se décliner pour n’importe quelle autre passion…

**: toute ressemblance avec des propos tenus par quelqu’un de mon entourage relève du pur hasard ; ))

** idem que ** ; ))