Giselle par la Scala de Milan: la magie opère toujours…

Si vous avez l’occasion de voir un jour le très grand ballet Giselle de Coralli et Perrot, courez-y!

Ca tombe bien me direz-vous après le Palais des Congrès début février, il sera à l’affiche de l’Opéra de Paris en mai 2016.

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Copyright: Teatro alla Scala

C’est un de ces ballets que je ne me lasse pas de voir, à Paris ou à l’étranger.

Pourquoi?

Car c’est le ballet romantique par excellence, le ballet en blanc avec l’acte des Wilis en deuxième partie.

Une histoire d’amour contrariée qui décrit par la danse toute la palette des sentiments humains.

C’est un ballet qui permet aussi de révéler de véritables personnalités comme l’étoile Svetlana Zakharova le mercredi 4 février. Elle interprétait une Giselle sensible et très amoureuse et incarnait réellement son personnage, tant dans la joie que dans la folie avant sa mort. Sa volonté de sauver Albrecht (magnifique Friedemann Vogel) des Willis constituait un très bel acte d’amour, par delà la mort.

Certains détails révèlent les grandes danseuses. Il s’agissait pour Svetlana Zakharova du port des bras, à la fois très fragile et souple, moelleux diraient certains, des battements des jambes et d’une interprétation toute en sensibilité, très slave par certains côtés, et en parfaite adéquation avec le personnage.

Vous l’aurez compris, la magie de ce ballet, que je n’avais pas vu depuis 2009 à Naples, a de nouveau opéré…

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Première de la Sylphide à Garnier: aux sources du ballet en blanc

La Sylphide (1832) est souvent considérée comme un ballet fondateur de la danse française. Le livret d’Adolphe Nourrit intègre des éléments romantiques – dépaysement des brumes d’Ecosse, souffrance du héros et rêve d’un idéal inaccessible – la Sylphide – présence du fantastique ( la sorcière Madge) ce ballet introduit surtout le premier « acte blanc » de l’Histoire et Marie Taglioni danse sur pointes en tutu blanc vaporeux. 

J’étais donc très impatiente samedi dernier de le découvrir, et  ce d’autant que Giselle, autre ballet romantique, est un de mes ballets préférés.

Ai-je été déçue? Non, même si Mathieu Ganio s’est « réveillé » pendant le spectacle, un peu indolent au début.

La Sylphide - Lacotte Photo: Anne-Laure Graf

Dorothée Gilbert dansait une Sylphide très féminine, coquette, insistante… Du Dorothée Gilbert tout craché diront d’aucuns. Face à cet être évanescent mais très présent, Mélanie Hurel interprétait une Effie amoureuse et déçue, qui au final accepte comme époux Gurn son amoureux transi, dansé par un Alexandre Gasse présent et volontaire. Quant à la sorcière Madge, un Stéphane Phavorin dégingandé pour l’occasion, elle scelle le destin de la Sylphide en offrant à James un voile maléfique…

Un très beau spectacle – très exigeant techniquement – dont la deuxième partie nous transporte dans un ailleurs onirique, comme dans Napoli de Bournonville (cf mon billet) ou Giselle.

Un ballet qui joue sur les machineries de l’époque pour faire voler les Sylphides.

La Sylphide - Photo: Anne-Laure Graf

Un ballet qui joue également sur de nombreuses références religieuses et culturelles: le départ ailé du corps de la Sylphide porté par ses amies rappelle l’Assomption de la Vierge et le désespoir de James le célèbre tableau de Girodet, Atala au tombeau (1808).

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Un ballet qui introduit le star system des danseuses, en la présence de Marie Taglioni dont le père Philippe Taglioni avait créé le rôle sur mesure…

Un classique en somme… au bon sens du terme…

Du ballet romantique à Degas… retour sur la conférence

Je vous avais déjà parlé à 2 reprises des Cours de la ville de Paris Paris sur scène, les spectacles à Paris, du Moyen Age aux années 60. Une première fois pour vous faire part du programme, une deuxième fois pour faire un petit bilan.

J’y étais vendredi dernier après une interruption de 2 semaines. Un public plus jeune que les fois précédentes. Des balletomanes disséminés dans la salle? ; )

 Un cours replaçant certains fondamentaux, dont je vous livre les grandes lignes:

La force du ballet est, rappelons le, le fait de s’adresser à tous, sans barrière de langage ou de culture ( hochement de tête annelaurien à ces propos: c’est la raison pour laquelle je préfère la danse à l’opéra…) Sa faiblesse est l’absence de corpus écrit. Une chaîne ininterrompue de talents existe donc depuis Louis XIV en France, se transmettant les chorégraphies. Le corps étant faillible et mortel, on ne danse pas seulement avec le corps, on danse aussi avec son âme.

Le  mouvement romantique change l’histoire du ballet en France avec notamment l’apparition de la « jolie morte » (Th. Gautier): les grandes ballerines donnent corps au Romantisme. Ce mouvement se nourrit du fantastique contre le matérialisme croissant (« Enrichissez-vous » déclare alors A. Thiers) – Tiens ce problème est ancien… ; )

La première période de ce mouvement est symbolisée par La Sylphide (livret: A. Nourrit et chorégraphie:Ph. Taglioni), ballet pantomime en 2 actes. Ce ballet fixe un genre: le premier acte se déroule dans un village où les costumes donnent une couleur locale. Le second dans un ailleurs peuplé de créatures fantastiques.La danse cède alors la place à la pantomime et le « ballet en blanc » apparaît.

La deuxième période est représentée par Giselle (livret: Th. Gautier et H. de St Georges et chorégraphie de J. Coralli et J.Perrot). Le premier acte est une histoire humaine alors que le second se danse autour d’une tombe. Le corps de ballet prend de l’importance et ne se contente plus de faire valoir pour la ballerine principale.

La dernière période est marquée par une décadence, les ballets s’abandonnant à la facilité ou au tour de force.Le répertoire est abandonné.

Degas peint alors la danse dans son quotidien et non plus comme l’unique représentation de la ballerine…