La lune… du voyage réel aux voyages imaginaires…

C’est une exposition poétique à la scénographie onirique que nous invite à découvrir le Grand Palais: la lune… du voyage réel aux voyages imaginaires… Elle débute avec les premiers pas réels de l’homme sur la lune en juillet 1969, et une oeuvre reprenant et interrogeant les images de ce pas historique dans l’histoire de l’humanité, puis se poursuit avec un mélange d’œuvres d’art contemporain et classique. Une fusée rose bonbon à paillettes interroge le symbole masculin de la fusée et nous rappelle que si la lune est associée à la femme, celle-ci n’est pas associée à la conquête de la lune. On y découvre que le premier voyage sur la lune est imaginé au deuxième siècle après Jésus Christ, et que dans l’oeuvre de Dante, la lune est le lien de transit des âmes. 

Francesca da Rimini, exh. 1837 (oil on canvas)
Francesca da Rimini, exh. 1837 (oil on canvas) by Dyce, William (1806-64); 142×176 cm; National Galleries of Scotland, Edinburgh; (C)

On retrouve le thème de la femme associée à l’eau et à la nuit, de la jeune fille romantique qu’on retrouve avec les Willis de mon ballet préféré, Giselle…  et de la jeune fille libre car inaccessible sous peine de mort: Diane chasseresse… dont le symbole demeure la lune.

La jeune martyre
Delaroche Paul (1797-1856). Paris, musée du Louvre. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda

Une exposition à la scénographie immersive qui rappelle par moments celle d’Artistes et Robots... et qui interroge en creux sur la figure féminine de la lune, objet de clichés et de fantasmes à travers les siècles. On songe à la Reine de la nuit dans La flûte enchantée par exemple…

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Marc Chagall – Le paysage bleu – 1949 (C) VG Bild-Kunst, Bon (C) Photo: Artothek (C) Adagp, Paris 2019

On part de l’exposition le sourire au lèvre, après être revenu sur ses pas pour voir le célèbre tableau de Chagall. Une oeuvre certes attendue mais qui fait toujours autant plaisir.

 

Anne-Laure FAUBERT

Grand Palais – Jusqu’au 22 juillet 2019

Virsky, ensemble national d’Ukraine: une soirée dominée par la danse masculine

Si le Palais des Congrès n’a pas souvent bonne presse parmi les balletomanes pour ses spectacles très grand public – on est en effet loin des ballets pointus que peuvent présenter Chaillot, le théâtre de la Ville ou parfois l’Opéra de Paris – il a le grand mérite selon moi de démocratiser la danse grâce à des spectacles de qualité. C’est ici que j’y ai vu en 2015 une sublime Giselle avec le port extraordinaire des bras et la gracilité des doigts de Svetlana Zakharova. 

Virsky, ensemble national d’Ukraine ne déroge pas à la règle avec ses danses folkloriques de haut vol.

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Crédits Photo: Virsky

Fondée en 1937 par Pavlo Virsky et Mykola Bolotov, la compagnie  Virsky est ensuite dotée d’une école qui permet de former des jeunes danseurs professionnels et plus de 300 enfants y étudient actuellement. Le fondateur Pavlo Virsky (1905-1975) est un danseur classique fasciné par les danses folkloriques et leurs « couleurs, » « incroyables émotions » et « pureté de leur expression ».

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Crédits Photo: Virsky

Le spectacle présenté à Paris offre un aperçu coloré et dynamique des traditions ukrainiennes. Une arme de diplomatie culturelle à l’heure où l’Ukraine connaît une guerre en Crimée dont peu de journaux parlent.

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Crédits Photo: Virsky

Alternent danses de groupe, comme le hopak, symbole de la danse ukrainienne, scènes de genre comme ces jeunes filles qui cherchent un homme qui leur posera une couronne de mariée sur la tête, pantomime truculent et danses masculines viriles, auxquelles succèdent des danses féminines plus graciles. 

Se dessinent en filigrane le portrait d’une société inspirée par un Orient que je croyais plus russe qu’ukrainien avec la troisième danse chatoyante aux accents tziganes, l’importance de la figure masculine du Marin (et d’Odessa) et du Cosaque avec les danses – attendues? – des sabres et des lances, et une féminité gracile, un peu en retrait. Car c’est en effet la danse masculine qui est magnifiée ce soir, dans la droite ligne de ce que fit Noureev en son temps à l’Opéra de Paris: redonner au danseur ses lettres de noblesse avec ses cabrioles et ses sauts acrobatiques à en avoir le tournis.

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Crédits Photo: Virsky

A découvrir de toute urgence jusqu’au 9 décembre au Palais des Congrès

 

Anne-Laure FAUBERT

 

Le Palais Garnier au rythme de la danse américaine : la soirée William Forsythe

Il y avait foule ce lundi 4 juillet 2016 au Palais Garnier, tant au niveau de la sécurité, que du public, voir la Première de la soirée consacrée au chorégraphe américain William Forsythe avec 3 ballets, qui faisaient leur entrée au répertoire de l’Opéra de Paris.

Forsythe est un chorégraphe que l’on retrouve régulièrement dans ce lieu, mais une soirée entière dédiée, c’était une première pour moi. L’influence de Benjamin Millepied sûrement… pour une soirée allant selon moi crescendo.
Of any if and (1995) sur une musique de Thom Willems est en fait un ballet fondé sur un duo où pas de deux s’enchaînent sans susciter chez moi un réel intérêt. Le ballet semble long, Eléonore Guérineau et Vincent Chaillet évoluent en justaucorps chair, se cherchent, se croisent, se trouvent pour se perdre ensuite.

Approximate sonata ( 1996) était donnée dans une nouvelle version sur une musique de Thom Willems. J’y retrouvais avec un plaisir évident, pour ne pas dire gourmand, Alice Renavand et Marie-Agnès Gillot, toutes deux à leur place en danse contemporaine (un peu moins en danse classique comme j’ai pu le mentionner pour la première dans Giselle). Huit danseurs, soit 4 couples, se déploient sur la scène habillés de justaucorps de couleur vive. Le titre est bien trouvé puisqu’ils semblent évoluer telles des notes, se croisent, se cherchant, dans une harmonie manifeste où scènes de groupe et pas de deux trouvent un subtile équilibre.

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Blake works I (création) sur une musique de James Blake permettait tant aux étoiles, premiers danseurs et corps de ballet d’exécuter un ballet onirique quasi balanchinien par moments. L’aspect intemporel qui s’en dégageait m’a frappée et donné envie de le revoir indéfiniment pour rêver devant tant de beauté. L’art pour l’art a parfois du bon…

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Le spectre de Giselle – Samedi 28 mai 2016 – Palais Garnier

Giselle (de Coralli et Perrot) est l’un de mes ballets préférés. Il parle de l’amour, de la trahison (et du pardon éventuel) et appartient à ces grands ballets romantiques avec acte en blanc dans la seconde partie de l’œuvre. On y retrouve aussi l’attrait des Romantiques pour la folie, les fantômes (les Willis du second acte) et les événements surnaturels.

Giselle je l’ai vue plusieurs fois, à Naples, à Paris et notamment l’an dernier au Palais des Congrès où la Scala de Milan était invitée. Je m’étais pâmée dans cet article sur  le port des bras, à la fois très fragile et souple, moelleux diraient certains de l’étoile invitée Svetlana Zakharova.
Samedi j’étais donc impatiente de revoir cette œuvre.
Première déception : le couple Myriam Ould Braham/ Mathieu Ganio était remplacé par celui Amandine Albisson / Stéphane Bullion. Je n’ai rien contre ce second couple mais je voulais revoir Myriam Ould Braham.
Deuxième déception : l’absence de réelle présence scénique de ces deux danseurs. Amandine Albisson interprète une Giselle évanescente, sans le supplément d’âme que nécessite un tel rôle. La scène de folie est bien interprétée mais la danseuse semble rester « en dehors » de son personnage. Elle convainc davantage dans le second acte. Face à elle Stéphane Bullion (en Albrecht) semble presque convenu. Il parait amoureux mais j’attendais un personnage plus marqué, pour que la trahison en soit d’autant plus fatale. On reste là dans la demi-mesure.
A contrario François Alu semble habiter son personnage, secondaire au demeurant, de garde-chasse et marque la représentation par ses sauts.

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Copyright: Opéra de Paris

 

Une fois les déceptions « encaissées », Giselle reste un très beau ballet qui permet au corps de ballet – globalement bien réglé – de se démarquer tant par les danses de caractère que lors de l’acte en blanc.

Giselle interroge aussi sur les relations humaines, sur l’engagement, la façon dont on réagit aux épreuves de la vie. Giselle aurait pu ne pas sombrer dans la folie ni mourir. Elle aurait pu, comme d’autres héroïnes avant elle, se venger de l’homme qui la trompe.

Giselle c’est cet amour blessé, cette innocence perdue que l’on éprouve à un moment dans notre vie. Un ballet profondément universel.

Les adieux de l’étoile Benjamin Pech en images…

Blessé depuis 2 ans et bras droit de Benjamin Millepied pendant sa courte carrière de Directeur de la danse l’étoile Benjamin Pech raccrochait définitivement ses chaussons ce samedi 20 février…

Adieux Benjamin PechUne soirée marquée par les splendides In the night de Jérôme Robbins et le pas de deux final du Parc de Preljocaj avec sa partenaire de danse préférée Eleonora Abbagnato…

Les 2 BenjaminUne soirée qui débutait par le très controversé Tombe de Jérôme Bel où 3 duos de danseurs se succédaient sur un décor de Giselle puis d’une salle de répétition: avec chaque fois un symbole: la diversité, le handicap et la vieillesse / le public. Est-ce de la danse ou une performance mêlant danse africaine, remake de Giselle et vidéos? A chacun de s’en faire son idée. J’ai trouvé le propos intéressant, la mise en oeuvre beaucoup moins.

Une soirée d’adieux à la scène émouvante et triste car il était bien seul, ce danseur étoile, même si certains proches sont venus le saluer. Pas d’enfant comme pour Aurélie Dupont pour courir au milieu des étoiles dorées

Etoiles Bdef

Un très bon danseur tire sa révérence, profondément humain (comme le montre son rapport au public dans Tombe) et sincère…