Expo Andrée Putman: qu’entend-on par créer?

Cela faisait longtemps que j’avais envie d’écrire sur cette expo.

Je ne connaissais cette designer que grâce à des magazines et à sa collection pour l’orfèvre Christofle. Je n’arrivais donc pas à vraiment me faire une idée. Et puis j’avoue, j’aime bien les expos de l’hôtel de ville. J’y ai découvert Willy Ronis en 2005, revu Doisneau, des films sur Paris…

En y arrivant, une surprise m’y attendait: pas de queue! Je me souviens encore des hivers dans le froid pour certaines expositions. Et là, pas moyen de couper la file grâce à une carte!

J’ai trouvé cette exposition très intéressante car elle met en valeur sa carrière, qu’il s’agisse de photos de son loft, de chaises, lampes, de la fameuse baignoire pour la salle de bain à damier noir et blanc de l’hôtel Morgans en 1984, des sièges du Concorde, de sa collaboration avec Christofle.

La présence du piano à demi-queue Voie lactée réalisé pour Pleyel en 2008 m’a émue, clin d’oeil à sa formation initiale de pianiste. Piano Voie lactée (c) Marc Abel

Mais il manquait quelque chose: davantage d’explications peut-être? Mais de quoi au juste?

Car cette exposition pose à nouveau la question de la création, évoquée dans un de mes premiers billets au sujet de Turner.

Qu’entend-on par créer? Car Andrée Putman, comme elle le dit elle-même, n’a rien créé au début. Elle n’a fait que remettre au goût du jour certains mobiliers du début du XX°s. Ensuite, elle a refait les décors de ministères, d’hôtels… C’est peut-être cela qui manquait: ses inspirations, sa façon de procéder…

Bouddha chez Apollon…

La représentation de Bouddha s’inspirerait-elle de celle d’Apollon?

Oui, si l’on en croit l’exposition qui vient de se terminer au Musée Guimet de Paris, « Pakistan – terre de rencontre – Ier-VIème siècles – Les arts du Gandhara ».

Ancien royaume d’influence hellénistique qui recouvre les provinces du Nord-Ouest de l’actuel Pakistan, le Gandhara trouve son essor entre le Ier et le IIIème siècle de notre ère, au temps des successeurs d’Alexandre le Grand et de l’empire Kouchan.

Au confluent des mondes romain, han, grec, terre de Bouddhisme,  le Gandhara « voit naître et se développer une civilisation brillante mêlant les influences grecques, fruits des conquêtes d’Alexandre le Grand, aux inspirations perses et indiennes. »

Nous sommes accueillis par des statues d’Apollon, d’Athéna, d’Atlas, de Pysché. Les formes sont grecques, assurément : le nez, les thèmes, les représentations des Dieux avec leurs attributs. Les représentations de Bouddha étonnent par la finesse du nez, ce fameux nez grec que l’on retrouve dans la sculpture grecque, l’aspect bouclé des cheveux, la présence de la toge… Alors oui, la représentation de Bouddha dans la pierre se serait faite grâce à l’apport grec.

Au fur et à mesure de l’exposition l’influence indienne se fait sentir: les yeux se brident, les formes deviennent plus volupteuses. Les bas-reliefs rappelent à la fois ceux d’Asie et ceux d’Europe, métissage magnifique des cultures…

Cette exposition a le mérite de poser la question, taboue parfois, de l’influence en art religieux.  On en ressort heureux et impressionné…

La création en art… La preuve par Turner

    

L’exposition qui s’est achevée le 24 mai aux Galeries Nationales du Grand Palais de Paris posait une question : celle de la création en art.

Intitulée Turner et ses peintres, cette exposition retraçait les influences et les inspirations de ce grand peintre anglais. Poussin,  le Lorrain, Rembrandt mais aussi, peut-être moins connus en France, Wilson et un contemporain de Turner, Girtin…. La confrontation, qui n’avantage pas toujours Turner au demeurant, est saisissante. Là un paysage du Lorrain repris en y enlevant des éléments, ici un pont dans une autre perspective…  Si l’on ne peut parler de plagiat, l’inspiration est forte. D’ailleurs Turner retouchait ses peintures in situ, lors des  expositions, en observant les peintures accrochées autour de lui…

Parti pris du conservateur de l’exposition ou réalité historique? Les deux à la fois sans doute…  Car si le fait de trouver l’inspiration chez les autres ne choque en peinture, il en va différemment en littérature. Est-ce la notion d’école, réelle dans la première et quasi inexistante dans la seconde? Peut-être. Car peindre et écrire nécessitent d’affronter les mêmes difficultés : les couleurs, le choix de la peinture: aquarelle, acrylique, huile, l’épaisseur ou non de la couche dans un cas; les mots, le choix littéraire : poésie, essai, nouvelle, pièce de théâtre  ou roman dans l’autre.

Qu’est ce que la création en art? Une idée géniale, inexplorée depuis la création humaine? Une intuition personnelle s’inscrivant dans l’air du temps pour se faire connaître? La question reste ouverte…