Nefés de Pina Bausch au théâtre des Champs Elysées : un ballet envoûtant…

Autant dire que lorsque j’avais inclus ce spectacle de Pina dans mon abonnement, je l’avais fait davantage pour trouver un dernier spectacle que par conviction ou passion. Et ce d’autant que le programme danse 2017/18 du Théâtre des Champs Elysées n’était pas à proprement parler ma tasse de thé : entre Mats Ek (très intéressant et intellectuel au final), Millepied (dont je suis partie à la 2° entracte) et Pina j’avais vraiment l’impression que le TCE était en train de devenir le Théâtre de la Ville ou Chaillot. 

2018.07.02-12 NEFES

J’avoue être sortie ravie de Nefés, ballet qui vous envoute par son côté tribal, sa moiteur stambouliote et ses questionnements sur l’égalité hommes femmes… Un Nefés,mot qui signifie « souffle » en turc, est à l’origine un hymne spirituel chanté avec ou sans accompagnement. On retrouve bien sûr certaines caractéristiques de Pina Bausch comme la répétition des gestes, parfois jusqu’à l’agacement pour le spectateur, la dénonciation du patriarcat, les situations absurdes proches de Beckett ou Brecht, comme cet homme qui apostrophe les spectateurs en parlant du hammam au début, et les scènes de bains – comme dans Two cigarettes in the dark – signature de la chorégraphe.

Pina Bausch réussit le pari de nous faire vivre Istanbul, ses bains, le Bosphore… L’élément aqueux est en effet très présent dans Nefés, des hammams de la première scène avec le rituel de la bulle de mousse de savon et les femmes aux longs cheveux battant les airs pour mieux les sécher, à la présence d’une flaque de plus en plus grande sur le plateau. Les danseurs y passent, sautent, s’assoient au bord… Tout comme les Stambouliotes…

Les autres éléments qui se dégagent de Nefés sont la danse, quasi tribale, et le chatoiement des étoffes, dans la droite ligne de Jiri Kylian. L’aspect oriental, loin de tomber dans la caricature, est l’occasion de s’interroger sur les rapports hommes femmes comme cet homme qui souhaite qu’une femme danse pour lui, mais aussi de nous envoûter progressivement dans la pénombre de la scène…

Pas de deux et scènes de groupe se superposent et se croisent dans la recherche de l’amour, seule valeur qui supplante toutes les autres.

Un ballet à voir et revoir pour en découvrir progressivement les différents sens…

A découvrir ce soir et demain 12 juillet au TCE…

Anne-Laure FAUBERT

Le Corsaire de Kader Belarbi au TCE: une sucrerie orientale à voir sans modération!

Autant le dire d’emblée, ce ballet était LE ballet de mon abonnement danse du TCE (théâtre des Champs Elysées). Ceux qui me suivent connaissent mon enthousiasme pour Kader Belarbi, pour ne pas dire mon côté fan. Je m’étais rendue à Toulouse en février 2015 pour voir La Reine morte de ce chorégraphe (voir l’article ici ) et cette version du Corsaire (2013) était notée dans mon agenda depuis un an.

Ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris, Kader Belarbi est depuis 2012 le directeur du Ballet du Capitole à Toulouse.

Le Corsaire Belarbi 2
Copyright: F. Levieux

Une magnifique réussite néoclassique aux accents orientaux, de sublimes costumes d’Olivier Bériot et une musique aux leitmotivs soutenant l’action d’Adam, Arenski, Coleman et Lalo.

La version originale de Joseph Mazilier m’avait moyennement convaincue l’an dernier au Palais Garnier (et la présence de ma twin connection n’y comprenant pas grand chose m’avait confortée dans mon idée). Belarbi reprend avec intelligence le poème de Byron en allégeant l’argument, donnant une profondeur psychologique à certains personnages comme La Favorite, hiératique et ambivalente, très bien interprétée par Juliette Thélin. Le Sultan (Minoru Kaneko) n’est plus un homme ridicule et falot mais un homme violent, autoritaire, dont le rôle rappelle les siècles de mariage forcé et de viol conjugal.

Le corsaire Belarbi
Copyright: F. Levieux

La belle esclave est magnifiquement interprétée par Natalia de Froberville tout comme Le Corsaire par Ramiro Gomez Samon. Le fameux pas de deux tant attendu remplit ses promesses et on goûte avec un plaisir gourmand le spectacle qui nous est donné à voir.

Il m’a été pourtant difficile de déterminer un style Ballet du Capitole. Pas de déliés des mains comme ceux de la Scala, ni de danse plutôt terrienne ou aérienne. Une danse juste, de très bonne facture, malgré un ajustement parfois approximatif du corps de ballet féminin.

Les références à l’histoire de la danse sont nombreuses: la fin du second acte avec ce trio formé par le Sultan, la Favorite et la Belle esclave rappelle la fin du Corsaire dans la version habituellement présentée, le début du deuxième acte rappelle les « actes en blanc » de la danse classique, même si les Willis sont ici des esclaves vêtues de vert et non de blanc, la scène du tissu rappelle explicitement L’Après-midi d’un faune de Nijinski et la scène des corsaires – qu’on aurait pu raccourcir – s’inscrit dans les scènes de genre traditionnelles. Côté mise en scène, on y retrouve des piliers dans la droite ligne du Roméo et Juliette de Noureev, un rocher blanc rappelant celui du Roméo et Juliette de Sasha Waltz.

Un magnifique ballet au parfum oriental entêtant!

 

Solaris au théâtre des Champs-Elysées : entre illusion et réel

Il est des soirées dont on sort agréablement surprise. Solaris, d’après le roman (1961) de Stanislas Lem en fait partie.
Création mondiale, cet opéra en 4 actes du compositeur Dai Fujikura reprend également le film éponyme d’Andrei Tarkovski, et j’avoue que c’est cet argument qui m’a convaincue, plutôt que la chorégraphie de Saburo Teshigawara, chorégraphe que je n’aime vraiment pas à cause de son univers parfois abscons (cf cette critique lors de son ballet au Palais Garnier).
Signifiant ensoleillé en latin, solaris est pour Stanislas Lem une planète recouverte par un océan qui possède une forme d’intelligence. Une façon pour le romancier de sonder la psychologie humaine, ses craintes et ses espoirs. Le compositeur Solaris, et le chorégraphe et scénographe Saburo Teshigawara ont en fait un opéra « à quatre mains », employant vidéo, chant, danse et musique.


Fujikura nous emmène d’abord dans un voyage avec une vidéo abstraite, tenant davantage du brouillard que de l’univers intergalactique.

Une fois arrivé sur la planète Solaris, le spectateur se retrouve face à un opéra dansé, un peu comme l’Orphé et Eurydice de Pina Bausch. Sur le devant de la scène, tous de noir vêtus, dans des costumes tirés de la science-fiction, les chanteurs mêlent présent et passé, vivants et fantômes, pendant que les danseurs, dans une chorégraphie tour à tour néoclassique (avec des jeux de pantomime), d’inspiration de Robbins ou de Kilian (la disparition de la jeune femme Hari à la fin dans le brouillard ressemble à celle de la princesse Kaguyahimé dans le ballet éponyme de Kylian (cf ma critique ici).
L’histoire nous est contée progressivement, avec force détails pseudo scientifiques, dans la droite ligne de la science-fiction. Qui sommes-nous réellement ? Nos remords peuvent-il prendre forme et venir nous hanter (thème déjà présent avec les déesses vengeresses de l’Antiquité, les Érinyes) ? Qui est responsable d’un suicide ? La personne qui se suicide ou la personne aimée à ce moment ? Qu’est-ce que l’océan de nos souvenirs ? Autant de questions qui nous sont posées tant par la danse que le chant.
Côté interprétation, la direction musicale d’Erik Nielsen se révèle agréable pour une musique moderne qui aurait pu rebuter plus d’un. Saburo Teshigawara (Gibarian) nous livre une danse toute en angularités et expressivités, dans la lignée de ses œuvres. Il marque, dès son entrée, l’espace scénique, tout comme Nicolas Le Riche malgré son pardessus qui ne met pas en valeur. Le personnage qu’il danse, Snaut, est inquiétant dès le début, à la limite du machiavélisme. Il met en garde Kelvin (Vaclav Kunes) sur les visiteurs qui hantent les lieux sans qu’on sache s’il est sincère ou non, s’il le manipule par jalousie. Un ménage à trois se met en place entre la défunte épouse de Kelvin, Hari (magnifique Rihoko Sato) Snaut et Kelvin.
Un opéra original dont on ne sort pas complètement indemne.

L’agenda culturel de mars en 10 points

Une sélection toute personnelle autour de la danse, photographie, musique et conférences…

 Danse :

1 – Le gala des étoiles, hommage à Manuel Legris

Une tournée a lieu dans toute la France et en Belgique jusqu’au 21 mars. Le programme du week-end dernier, commenté ici ne devrait pas trop évoluer sur les autres séances.

2 – Le L.A. Dance Project

Si vous aimez la danse moderne et souhaitez découvrir la troupe de Benjamin Millepied, futur Directeur du Ballet de l’Opéra de Paris,  rendez-vous au Théâtre du Châtelet pour trois ballets contemporains : Murder Ballades de Justin Peck et Morgan’s Last Chug d’Emanuel Gat (créées en septembre 2013), une reprise de Closer de Benjamin Millepied et une création mondiale, Peripheral Stream, de Hiroaki Umeda.

Du 5 au 9 mars au Théâtre du Châtelet

3 – Le Ballet de Shanghaï 

La troupe présente deux spectacles emblématiques de la Chine et de l’histoire de Shanghaï : La Fille aux cheveux blancs, seul ballet autorisé par la Révolution culturelle avec Le Détachement féminin rouge, et A Sign of Love, ballet plus récent quoique se déroulant dans le Shanghai des années 1930.

Du 13 au 20 mars au Palais des Sports de Paris

4 – De l’enfer au Paradis 

Un voyage dans les 3 mondes de La divine comédie de Dante. Mise en scène Emiliano Pellisari

Au fil des trois parties, Inferno (l’Enfer), Purgatorio (le Purgatoire) et Paradiso (le Paradis), 14 tableaux inspirés d’artistes comme Dali ou Escher, créent des visions de rêve. Porté par les féeries du théâtre baroque et puisant dans les possibilités technologiques actuelles, un spectacle au croisement de la magie, de l’illusionnisme et du cirque.

Jeudi 20 et vendredi 21 mars au théâtre des Sablons de Neuilly-sur-Seine

5 – La soirée de Mille / Cullberg

Mademoiselle Julie fait son entrée au répertoire aux côtés de Fall River Legend. Deux pièces saisissantes, représentatives de la danse moderne d’après-guerre, par la suédoise Birgit Cullberg et l’américaine Agnes de Mille.

Retour sur la Première 

Jusqu’au 13 mars au Palais Garnier

Conférence:

6 – Une conférence sur Olympe de Gouges par M. Olivier Blanc, historien, auteur de l’ouvrage Olympe de Gouges, Des droits de la femme à la guillotine

Jeudi 6 mars 2014 à 18 heures 1ère chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris (ancienne salle du tribunal révolutionnaire) Palais de Justice 1, boulevard du Palais 75001 Paris Entrée libre  – RSVP : conference.odg@gmail.com

Expos:

J’avais évoqué dans un billet précédent les expos Brassaï, à voir avant samedi à l’hôtel de ville et Cartier-Bresson qui a commencé à Pompidou…

8 – Bois sacré 

Sur le continent africain, le moment de l’initiation marque un passage obligatoire pour chaque individu. L’exposition porte plus précisément sur les sociétés secrètes des forêts guinéennes : Libéria, Guinée, Côte d’Ivoire. L’exposition rassemble de nombreux masques liés à l’initiation, ainsi que d’autres objets, masques miniatures, figurines et statues, relatifs à ces sociétés à mystères.

Du 4 mars au 18 mai au Musée du quai Branly

Musique baroque: 

9 – Les fêtes de l’hymen et de l’amour de Rameau

Veuf à 17 ans, le Dauphin de France, fils aîné de Louis XV, est remarié en urgence l’année suivante, en 1747. Rameau doit alors fournir un divertissement pour l’occasion. Utilisant un ballet héroïque en cours de composition, Les Dieux de l’Egypte, il y ajoute un prologue de circonstance, célébrant la réconciliation de divinités matrimoniales pur-Olympe, Hymen et Amour.

Théâtre des Champs Elysées – mardi 11 mars 

10 – Danse et musique dans l’imaginaire baroque

Danse, musique et objets d’art. C’est cette alchimie que le Musée du Louvre vous invite à découvrir lors de deux nocturnes où 30 danseurs et 12 musiciens, étudiants du Conservatoire de Paris, vous proposent un nouveau regard sur les collections de ce lieu historique. Sur la musique de Jean-Philippe Rameau et sous la direction du chorégraphe Jean-Christophe Paré, vous voilà plongés au cœur de l’époque baroque où se mêlent passions amoureuses, désir et conflit.

Les 7 et 14 Mars à partir de 19h

Visite du théâtre des Champs Elysées: 2 places à gagner pour le 25 janvier à 15h

 Le théâtre des Champs Elysées vous fascine?

Vous voulez en connaître davantage sur sa création, il y a 100 ans, la réputation de l’avenue Montaigne à l’époque?

Qui de Bourdelle, les frères Perret ou Astruc est à l’origine de ce théâtre?

Quels sont les grands scandales qui ont rythmé la vie de cet établissement?

Si vous souhaitez le savoir, 2 places sont disponibles pour la visite du samedi 25 janvier de 15 à 17h.

Merci de laisser un commentaire sous ce billet avant le 15 janvier minuit.