A l’est la guerre sans fin 1918-1923 au musée de l’Armée

Retour à l’une de mes matières préférées pendant mes études – l’Histoire – avec la dernière exposition du musée de l’Armée aux Invalides: A l’est la guerre sans fin 1918-1923. Les dates choisies recouvrent la période des différents traités suivant la Grande Guerre dont le plus connu reste celui de Versailles. L’occasion de se rappeler que la fin de la première Guerre Mondiale a mis à mal des empires séculaires, comme le montrent très bien les reproductions des cartes ci-dessous.

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Alors que les conflits cessent en Europe de l’Ouest le 11 novembre 1918, la guerre se poursuit à l’Est et au Proche-Orient jusqu’en 1923. L’exposition retrace la chute des quatre grands Empires russe, ottoman, austro-hongrois et allemand et aborde cette période méconnue de l’histoire, faite de révolutions, de guerres civiles, de modifications conséquentes des frontières et de création de nouveaux Etats. 

carte satirique Autriche Hongrie
Carte satirique de l’Autriche-Hongrie

Pour la première fois, le musée de l’Armée n’avait pas assez d’objets en interne, notamment pour les Empires ottoman et russe et a dû faire appel à des collections étrangères, qu’il s’agisse de musées français et étrangers ou de collectionneurs privés. En outre les Traités ont été pillés en France en 1940 par les Allemands, car symbole de la défaite de 1918. L’original du Traité de Versailles a alors disparu.

L’exposition débute avant même la fin du conflit puisqu’elle rappelle les « accords Sykes Picot » qui dès 1916 évoquent un partage de l’Empire ottoman, et provoquent des réactions dans les pays arabes comme le symbole de la diplomatie secrète occidentale. Le président américain Wilson promeut alors une diplomatie ouverte et la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes mais, s’il signe le Traité de paix, le Sénat américain ne le ratifie pas. Elle nous rappelle ensuite que le Traité de Trianon met fin à la Hongrie telle que connue auparavant et que le Traité de Sèvres concernant l’Empire ottoman est mort né en raison du démantèlement de cet empire. Ainsi, l’Arménie qui se souhaitait indépendante est confrontée au nationalisme turc et devient une république soviétique.

Cette période voit aussi le passage de la cartographie des diplomates – ie en chambre – à celle de la réalité sur le terrain avec les minorités et la question de leur protection face à d’éventuels déplacements. 

Nous découvrons, lorsque la chute de l’Empire russe est entérinée, que la guerre civile russe a provoqué plus de morts en Russie que la première Guerre Mondiale et que dans tous les pays d’Europe centrale, se heurtent les volontés de s’extraire de la puissance soviétique et allemande, ainsi que les oppositions en interne entre les Blancs et les Rouges.  Sur tous ces territoires la violence engendre de nombreuses victimes civiles. 100 000 Juifs sont ainsi tués en Ukraine, soit le plus grand massacre de cette communauté avant la Shoah.

bâton de boyard polonais_1enviedailleurs.com
Bâton de maréchal polonais du Maréchal Foch

C’est dans ce cadre que la France apparaît comme un allié stratégique et est incitée à intervenir pour instaurer une stabilité politique. Des décorations militaires retracent ces interventions, notamment dans les pays baltes.

Une guerre sans fin dont les soubresauts sont toujours perceptibles dans les Balkans ou dans certaines revendications nationalistes.

Anne-Laure FAUBERT

Haïm – à la lumière d’un violon: un hymne à la vie

C’est une pièce dont on ne sort pas indemne. Une biographie musicale qui touche au plus profond de l’être, questionne sur l’horreur de la Shoah et l’ambivalence de l’homme.

D’une écriture dense et épurée à la fois – tout est suggéré en peu de mots, rencontre avec le pianiste qui apprend au jeune Haïm le solfège, horreur du ghetto – « mes enfants, mes Juifs » s’exclame le dirigeant du ghetto alors même qu’il choisit chaque jour ceux qu’il envoie à la mort – Gérald Garutti raconte la vie d’Haïm Lipsky juif polonais dont la passion pour la musique et notamment le violon guide et sauve la vie. Il « traverse » ainsi les horreurs du ghetto, du camp d’Auschwitz grâce à sa connaissance du violon, fil ténu qui le relie à la vie. Mélanie Doutey récite le texte, installant une distance entre la vie de cet homme et le spectateur. De nombreux morceaux de musique joués par le petit-fils d’Haïm Lipsky – Naaman Sluchin – pour le violon, Dana Ciocarlie au piano, Alexis June à l’accordéon et Samuel Maquin à la clarinette, retracent cette atmosphère propre à l’Europe centrale. Mélodies et méloppées tour à tour joyeuses ou tristes, entraînant parfois les spectateurs… Tout sonne juste, chaque mot, chaque morceau, chaque silence sont à leur place.

J’y ai retrouvé la même capacité à dire l’innommable que dans Si c’est un homme de Primo Levi et les airs de musique m’étaient étrangement familiers.

Trois semaines après mon voyage en Pologne où les pancartes « Book here » pour les visites du camp d’Auschwitz m’avaient choquée, et une semaine après l’exposition Ghettos au Mémorial de la Shoah où sont montrées des photos de la vie quotidienne dans les ghettos polonais et baltes, Haïm – à la lumière d’un violon apporte un regard différent .

Une pièce qui devrait entrer dans mon « Top 10 » de l’année et qui donne envie de retourner à la Salle Gaveau et de connaitre les autres pièces de cet auteur et metteur en scène.