Le marché de l’art sous l’Occupation: une exposition poignante au mémorial de la Shoah

Tout comme l’exposition Jankélévitch dont je vous ai parlé ici, l’exposition Le marché de l’art sous l’Occupation 1940-1944 s’adresse à celles et ceux qui prendront le temps d’entrer dans le sujet, d’en saisir toute l’horreur et les questions éthiques qui en ressortent.

La salle des antiquités orientales du musée du Louvre sert d’espace de stockage aux œuvres d’art spoliées. France, 1943-1944. © Mémorial de la Shoah / Coll. Bundesarchiv.

Cette exposition est le résultat d’une longue enquête menée en Europe et aux Etats-Unis et notamment d’archives jusque là inexploitées. La scénographie sobre – si ce n’est la salle rouge où défilent sur un écran noir les noms des objets spoliés – nous immerge dans ce que furent les galeries détenues par des Juifs avant la Deuxième guerre mondiale, avant de nous expliquer de façon didactique comment un historien peut rechercher des œuvres d’art spoliées.

Ventes à l’Hôtel Drouot, 1942 © Ministère de la Culture – Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Dist. RMN – Grand Palais / Noël Le Boyer

Le marché de l’art sous l’Occupation 1940-1944 débute lors de la prise de pouvoir d’Adolf Hitler en 1933 et l' »aryanisation » de l’économie et de l’art puis évoque l’exposition de 1937 sur « l’art dégénéré » ou Entartete Kunst et le discours manichéen prôné par le nazisme opposant cet art au « grand art allemand ».  Des coupures de la presse antisémite française parle d' »art casher » et « zazou » et Vlaminck parle de Picasso comme le « maître catalan bolchévique ». Certaines galeries d’art doivent fermer à la suite de dénonciations ou sont pillées; des marchands d’art comme René Gimpel sont arrêtés et déportés; des personnes profitant au marché noir blanchissent cet argent en achetant des œuvres à Drouot… Dès 1940 des soldats allemands se livrent à des repérages place Vendôme afin de piller les galeries.  On y apprend également que les outils de production, comme des machines à coudre, des Juifs sont vendus, ce qui les fragilise et conduit à l’éradication d’une population de la vie économique et donc à son extermination. L’exposition relate des destins tragiques comme celui d’Armand Isaac Dorville, brillant avocat et collectionneur d’art, décédé en 1941 et dont la famille ne peut hériter. Ses œuvres sont alors vendues à Nice lors des ventes spoliatrices.

Vente aux enchères. Paris, galerie Charpentier, juin 1944. ©Lapi/Roger-Viollet.

Le marché de l’art sous l’Occupation 1940-1944 nous apprend également que l’épuration fut légère dans ce milieu et que ce sont les marchands d’art les plus zélés à vendre les œuvres spoliées qui ensuite organisèrent des ventes pour les Forces françaises de l’intérieur et les mêmes fonctionnaires qui avaient géré les spoliations qui ensuite envoyèrent les demandes de récupération de biens. Les musées nationaux profitèrent également de cette période pour compléter leurs collections.

Le parcours se termine par l’atelier du chercheur de provenance ce qui nous permet de comprendre comment se font les restitutions, dont la dernière en date un tableau de Thomas Couture rendu à la famille de Georges Mandel par le gouvernement allemand en janvier 2019.

Anne-Laure FAUBERT

Jusqu’au 3 novembre 2019

Roman d’une garde robe – Le chic d’une Parisienne de la Belle Epoque aux années 30

On file au Musée Carnavalet dans le Marais qui, en partenariat avec le Palais Galliera, expose les très belles robes d’une élégante du début du siècle, Alice Alleaume, première vendeuse de 1912 à 1923 chez Chéruit, 21, place Vendôme. Issue d’une famille travaillant pour la haute-couture, sa mère Adèle est « couturière en robes » et Hortense, sa sœur aînée de 14 ans, première vendeuse chez Worth, rue de la Paix, Alice fait très tôt ses classes en France et en Angleterre dans des maisons de haute-couture où ses talents de conseillère font merveille. Son carnet de commandes est bien rempli, peut-être parce qu’elle connait bien ce milieu.

roman d'une garde robe - musée carnavalet

Robes de jour et de soirée, manteaux, pyjamas, kimonos de femmes, chapeaux d’hommes, barboteuses et robes d’Alice enfant et de sa fille Ginette, née en 1922, constituent cette riche exposition agrémentée également de photos, carnets de vente et de bal ainsi que quelques couronnes de fleurs. Cette élégante, qui se retire du monde de la mode en 1923, a des goûts très sûrs.

Il est dommage cependant que la cause de ce retrait ne soit pas expliquée, probablement la naissance de sa fille après son mariage avec le banquier Emile Alleaume, ni que ce milieu de petites maisons de la haute couture ne soit pas mieux brossé…avec ses fastes… et l’envers du décor…