Alphonse Mucha au musée du Luxembourg: « je préfère être un illustrateur populaire qu’un défenseur de l’art pour l’art »

Pour les adeptes d’Art nouveau et de Prague, le musée du Luxembourg propose une exposition intéressante sur Alphonse Mucha (1860-1939) artiste à la fois connu pour avoir donné son nom à l’Art nouveau et méconnu pour son implication dans le panslavisme : il aspirait à une nation tchèque indépendante de l’Empire austro-hongrois.

Rêverie de Mucha 1897 – Copyright: Mucha Trust 2018

Les inconditionnels de Mucha seront à la fois heureux et déçus : heureux car il est toujours agréable, en dehors du musée Mucha de Prague, de voir des œuvres de cet artiste, et déçus car l’exposition aurait mérité une rétrospective bien plus grande…au Grand Palais comme la dernière qui lui fut consacrée en 1980. D’aucuns diront qu’il y a beaucoup (trop) d’affiches. C’est oublier que Mucha commença sa carrière comme affichiste et que c’est justement grâce à elles et à l’immense Sarah Bernhardt, qu’il connut la gloire.  Arrivé à Paris en 1887 il commence une carrière d’illustrateur. En décembre 1894, c’est sa rencontre avec Sarah Bernhardt qui lance sa carrière d’affichiste : il réalise pour elle l’affiche de « Gismonda », qui le rendit célèbre du jour au lendemain.

Gismonda – 1894 Copyright: Mucha Trust 2018

Cette collaboration professionnelle se double d’une amitié avec la « divine Sarah ». Cette affiche est la première d’une longue série d’affiches publicitaires, ou simplement décoratives, autour du répertoire de figures féminines entremêlées de fleurs et de volutes graphiques.

Les saisons – l’été – 1896 – Mucha – Copyright: Mucha Trust 2018

La présentation côte à côte dans l’exposition, des 4 études puis des lithographies de La danse, la peinture, la poésie et la musique, montre la façon de créer de Mucha. Il associe en effet chaque art à un moment de la journée et à un motif végétal. Ainsi pour la danse, des feuilles tombent portées par une brise matinale. Pour la poésie, l’étoile du soir brille dans le ciel au crépuscule. Son style de composition harmonieux, qu’on appelle plus tard la « formule Q » combine un motif circulaire et une figure assise dont les jambes drapées forment la queue de la lettre. En tant qu’affichiste il développe un style personnel, le « style Mucha », caractérisé par des formes sinueuses, des lignes organiques et une gamme subtile de tons pastel. Le « style Mucha » devient synonyme de l’Art nouveau qui fait alors son apparition.

Cette exposition est aussi l’occasion de découvrir une facette plus mystique de Mucha. Intéressé par l’occultisme, il entre au Grand Orient en 1898 car il voit en la franc-maçonnerie le prolongement de son spiritualisme. Son cheminement spirituel l’amène à faire de trois vertus – la Beauté, la Vérité et l’Amour – les pierres « angulaires » de la condition humaine. Dans son œuvre les figures énigmatiques apparaissant derrière le sujet découlent clairement de la croyance en des « pouvoirs invisibles » qu’il développe par la suite. Le magnifique pastel « Nuit sainte » en est un symbole.

Nuit sainte
Nuit sainte – Mucha – 1900 – Copyright: Mucha Trust 2018

En 1910, Mucha retourne à Prague et peint l’Epopée slave de 1912 à 1926 : 20 grands épisodes qui selon lui ont marqué ces peuples d’un point de vue politique, religieux, philosophique ou culturel. Dix scènes sont tirées de l’histoire tchèque et 10 autres du passé d’autres nations slaves. Il voyage en Croatie, Serbie, Bulgarie… où il dessine et photographie. Mucha était en effet convaincu que l’art pouvait aider les peuples à s’unir pour le progrès de l’humanité; en diffusant des idées philosophiques l’art peut rapprocher les peuples et maintenir la paix.

Malheureusement l’Histoire joue contre lui et c’est dans une Prague occupée par les Allemands qu’il décède en 1939.

Anne-Laure FAUBERT

Alfons Mucha: une renommée au service de son pays

Boites rétro de biscuits Lefèvre-Utile, publicités pour les bières de la Meuse, reproductions des affiches Art nouveau de femmes à la chevelure démesurément longue… Que l’on connaisse ce nom ou pas, ces dessins font partie de nos souvenirs…

Le musée Mucha à Prague met en lumière une facette moins connue du dessinateur: la réalisation de tableaux intitulés Lépopée slave afin d’aider à la prise de conscience nationale des Tchèques. Car Mucha était également un peintre.

 Né en Moravie en 1860, Mucha dessine dès son plus jeune âge, notamment une Crucifixion. Il travaille à Vienne de 1879 à 1881 pour une compagnie de décors de théâtre. C’est en 1881 en Moravie que son destin prend forme: le comte Karl Khuen de Mikulov, impressionné par son talent lui finance des études à Munich puis à Paris. Le destin frappe à sa porte une 2° fois en 1894: il dessine une affiche pour une représentation de Sarah Bernhardt au théâtre de la Renaissance, Gismonda. Son coup de génie est d’avoir représenté cette actrice d’âge mur non de cette manière mais comme une jeune première, façon dont se perçoit toujours cette femme. Cette affiche marque le début de son ascension.

L’intérêt du musée de Prague est de présenter à la fois les affiches du début qui ont rendu Mucha célèbre, mais également d’expliquer comment cette renommée va le conforter dans son idée d’éveiller une conscience nationale chez ses compatriotes.  Grâce à l’aide d’un riche industriel américain, Charles Crane, il peut retourner en Moravie et s’atteler à son oeuvre. Il joue un rôle important lors de la création de la Tchécoslovaquie en 1918, dessinant par exemples timbres et billets de banque. Il réalise également certains vitraux de la cathédrale Saint Guy à Prague

Un musée passionnant donc et à l’approche intéressante.