Le jardin secret des Hansen : la collection Ordrupgaard au musée Jacquemart André

C’est en compagnie de Pierre Curie, conservateur du musée Jacquemart André, que j’ai eu la chance de découvrir l’exposition « Le jardin secret des Hansen ». Après la collection d’Alicia Klopowitz, le musée laisse place à une autre collection, celle des danois Wilhelm (1868-1936) et Henny (1870-1951) Hansen, abritée actuellement au musée Ordrupgaard, situé à quelques kilomètres de Copenhague.

 

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Claude Monet, Le Pavé de Chailly dans la forêt de Fontainebleau, 1865, huile sur toile, 97 x 130,5 cm. Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Pernille Klemp 

 

L’intérêt de Wilhelm Hansen pour l’art remonte à ses études. Il commence à collectionner l’art danois dans les années 1890. Une collection considérée alors par l’historien de l’art Peter Hertz comme « l’une des plus belles collections privées d’art danois. »

Hansen découvre l’impressionnisme à l’occasion de voyages en France. Dans les années 1916-1918, le couple constitue une collection unique en Europe du Nord, comprenant des œuvres de Corot, Manet, Monet, Renoir, Cézanne, Sisley et Gauguin…

 

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Berthe Morisot, Femme à l’éventail. Portrait de Madame Marie Hubbard, 1874, huile sur toile, 50,5 x 81 cm, Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Anders Sune Berg

 

Chaque peinture est sélectionnée avec soin et le critique français Théodore Duret apporte son aide. L’objectif poursuivi par le couple de collectionneurs s’inscrit également dans la volonté de rendre accessible cette peinture française à un public scandinave. L’intention de départ était de rassembler douze œuvres de chacun des artistes les plus importants de Corot à Cézanne. Pour ce faire un consortium est fondé en 1918 pour des achats en bloc. Les peintures sont ensuite revendues pour en racheter d’autres.

Ce panorama complet de la peinture française du XIX° siècle, du pré-impressionnisme au fauvisme, débute par de magnifiques toiles de Corot, premier jalon de la collection, « dernier des classiques et premier des modernes ». Les tableaux acquis sont tous postérieurs à 1834, date du second voyage italien de l’artiste. « Il y a un seul maître, Corot. Nous ne sommes rien en comparaison, rien » déclare Monet en 1897. Un hommage qui résonne dans les choix des Hansen qui font dialoguer les paysages de Corot avec les variations atmosphériques de Monet.

 

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Claude Monet, Le Pont de Waterloo, temps gris, 1903, huile sur toile, 65,5 x 100,5 cm Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Anders Sune Berg

 

La collection nous offre ainsi un panorama de l’évolution du paysage au XIX° siècle. On découvre des « tableaux banals et joyeux » selon l’expression de Pierre Curie dont le sujet importe peu, puisque seule compte la vibration de la couleur. On retrouve chez les Hansen ce goût des collectionneurs du Nord comme Chtchoukine pour les grands noms de la peinture comme Cézanne et Monet.

 

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Gustave Courbet, “Le Change, épisode de chasse au chevreuil (Franche-Comté, 1866)”, 1866, huile sur toile, 97 x 130 cm. Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Anders Sune Berg

 

L’exposition nous emmène ensuite à la redécouverte de Pissarro, Sisley et Guillaumin. Les tableaux de Pissarro retracent les principales périodes de création de l’artiste alors que ceux sélectionnés pour Sisley se concentrent sur les paysages d’Ile de France. Une nature moderne de Redon datant de 1901 se révèle d’une grande modernité puisqu’on retrouve ce type de peintures dans les années 1930.

 

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Claude Monet, Le Pont de Waterloo, temps gris, 1903, huile sur toile, 65,5 x 100,5 cm Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Anders Sune Berg

 

La peinture de Degas sur la Nouvelle Orléans nous rappelle qu’une partie de sa famille était américaine (et une autre napolitaine) et nous dévoile la touche quasi pompier de ses débuts.

 

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Paul Gauguin, Portrait d’une jeune fille, Vaïte (Jeanne) Goupil, 1896, huile sur toile, 75 x 65 cm Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Anders Sune Berg 

 

Gauguin, qui eut cinq enfants avec son épouse danoise, clôt l’exposition avec notamment son énigmatique Portrait de jeune fille (1896) peint frontalement, semblable à une déesse égyptienne tout en étant absente à elle-même. Un tableau semblable à ceux que l’on retrouve chez Picasso dix ans plus tard dans sa période bleue.

Un jardin secret pictural à découvrir d’urgence!

Anne-Laure FAUBERT

 

 

Jusqu’au 22 janvier 2018 au musée Jacquemart André

Monet Collectionneur

C’est une exposition particulière et inédite que nous propose le musée Marmottan Monet, celle de la collection du peintre Claude Monet, fruit d’un travail d’enquêtes de 4 ans. Une exposition rendue unique par l’absence d’itinérance et par la position du musée lui-même, légataire du fonds de l’artiste.

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Charles Lhullier: Portrait de Claude Monet en uniforme, Avril-juin 1861 ou été-automne 1862, Huile sur toile, Paris, musée Marmottan Monet, legs Michel Monet, 1966, © Musée Marmottan Monet, Paris / The Bridgeman Art Library

En effet, si l’on connaît l’œuvre du peintre, on connaît moins cette facette de sa personnalité. C’est dans les années 1920 que l’on apprend que Monet a une collection, même si l’inventaire, dressé en 1926, reste introuvable, probablement détruit par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. 

 

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Pierre-Auguste Renoir: La Mosquée. Fête arabe; 1881; Huile sur toile
Paris, musée d’Orsay, don de la Fondation Biddle en souvenir de Margaret Biddle, 1957
© RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Martine Beck-Coppola

 

Le parcours de l’exposition suit celui du peintre: Claude Monet s’intéresse, puis échange, puis achète des œuvres d’art après 1890 car il en a désormais les moyens financiers. 

La partie de pêche de Cézanne rentre par effraction chez Monet puisqu’un marchand souhaitant acheter une des œuvres du peintre mais n’en ayant pas les moyens lui échange cette œuvre de Cézanne contre une à lui.  On peut ainsi considérer qu’il s’agit de la première œuvre de sa collection.

La première partie de sa collection concerne des tableaux peints de sa famille ou de lui par ses amis. On découvre ainsi un Claude Monet imberbe. Renoir offre ainsi à ses amis et notamment à Monet ses œuvres les plus radicales, et donc les moins vendables.

De ce côté biographique de sa collection on passe ensuite à des achats d’œuvres d’art, donc ne le représentant pas.

 

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Paul Signac: Venise, 1908, Gouache et aquarelle
Paris, musée Marmottan Monet, legs Michel Monet, 1966
© Musée Marmottan Monet, Paris / The Bridgeman Art Library

 

Claude Monet se trouve être un collectionneur tenace. Ainsi lorsque Berthe Morizot lui lègue dans son testament une œuvre, celui-ci choisit parmi les 300 œuvres un tableau représentant Julie Manet, la fille de Berthe Morizot, ce qui engendre des frictions. Monet tient bon et obtient le tableau.

Cette exposition nous renseigne également sur la naissance du marché de l’art puisque Monet achète via des marchands, et notamment Paul Durand-Ruel. Il achète également aux enchères des œuvres de Cézanne, comme Neige fondante à Fontainebleau (Vers 1879-1880), manière pour lui de le soutenir.

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Paul Cézanne/ Neige fondante à Fontainebleau, Huile sur toile © 2017. Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence

Il achète également des œuvres d’Ernest Hoschedé dont il épouse la veuve, Alice, pour lui faire plaisir à elle. Alors qu’elle meurt en 1911 et que contrairement à sa première épouse Camille, il ne l’a jamais peinte, il rachète alors un tableau d’elle, seule entorse à sa volonté de séparer vie privée et achats sur le marché de l’art.

Une collection ou le parcours d’une vie…

Anne-Laure FAUBERT

 

 

Sur les pas de Daubigny à Auvers sur Oise : Aux sources de l’impressionnisme

Le père fondateur des impressionnistes, Charles François Daubigny (1817 – 1878) reste moins connu que Monet, Pissarro ou Sisley.

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La ville d’Auvers sur Oise – dont je vous avais parlé l’an dernier au sujet de Van Gogh (voir mon article ici) – lui rend hommage jusqu’au 17 septembre à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, suivant ainsi les célébrations de 2016 à Cincinnati, Edimbourg et Amsterdam.

Charles François Daubigny séjourna 18 ans à Auvers sur Oise et contribua à renouveler la peinture de paysages en essayant de nouvelles techniques et cadrages à bord de son bateau atelier, le « Botin ».

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Né dans une famille d’artistes, Charles François est d’abord formé par son père Edme Daubigny, paysagiste classique. S’il suit des cours de peinture à Paris c’est surtout en fréquentant les peintres de Barbizon qu’il tire des enseignements qui influencent sa peinture. En 1852, il fait la connaissance de Camille Corot (1796- 1875) qui lui sert de guide.

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Découvrir Auvers sur Oise sur les pas de Daubigny, c’est s’arrêter tout d’abord dans la maison atelier de Daubigny classée monument historique en 1993 et labellisée « maison des illustres » en 2014.

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Crédits photo: Maison Daubigny

Ce lieu de vie appartient toujours à la famille du peintre grâce à la branche féminine, et sa fille Cécile dont la chambre est décorée de 20 couronnes de fleurs peintes pour ses 20 ans ainsi que différentes fables de La Fontaine, peintes également par son père Charles-François Daubigny. Le peintre a en effet voulu illustrer dans cet endroit tout ce qu’elle aimait quand elle était petite. Si la peinture à l’huile a parfois mal vieilli faute de traitement, elle offre à cette maison atelier un charme délicieusement rétro comme on en voit peu….

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Crédits photo: Maison Daubigny

Découvrir Auvers sur Oise sur les pas de Daubigny, c’est ensuite se rendre au musée Daubigny – qui fête ses 30 ans – où une exposition de 90 œuvres, peintures, gravures et dessins, est consacrée au peintre jusqu’au 3 septembre. La seconde partie sera consacrée à partir de septembre aux différents liens d’amitié du peintre. On y découvre son voyage en Italie en 1836 et l’influence des paysages et de la lumière sur son œuvre. Cette exposition nous apprend que Charles-François Daubigny était également un aquafortiste, un dessinateur pour gravure sur bois et qu’il a illustré Notre Dame de Paris de Victor Hugo et Les Mystères de Paris d’Eugène Sue.

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On y découvre également que le mot « impression » est employé dès 1850 par les critiques d’art pour analyser les paysages de Daubigny. Théophile Gautier déclare ainsi le 7 juin 1861 dans Le Moniteur Universel « il est dommage que M. Daubigny, ce paysagiste d’un sentiment pourtant si vrai, si juste et si naturel, se contente d’une première impression et néglige à ce point les détails. Ses tableaux ne sont plus que des ébauches ; et des ébauches peu avancées. Ce n’est pas le temps qui lui a manqué… »

Et pour ceux pour qui Auvers sur Oise est associé à Van Gogh, n’hésitez pas à lire mon article de l’an dernier sur ce peintre ou à consulter la saison culturelle ici. Vous y découvrirez que cette ville abrite aussi un musée de l’Absinthe fort intéressant. J’ai par ailleurs découvert que chaque année de juin à début juillet se tient un festival de musique semblant très intéressant… avec notamment en 2017 l’intervention de JC Spinosi et de N. Dessay…

Anne-Laure FAUBERT

Pissarro à Eragny – la nature retrouvée au Musée du Luxembourg

 

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C’est en compagnie du Co commissaire de l’exposition, Joachim Pissarro, arrière-petit-fils de l’artiste, que j’ai pu découvrir l’exposition Pissarro à Eragny, la nature retrouvée. Historien d’art enseignant notamment aux Etats-Unis, il nous a livré une lecture intéressante et à double face de l’œuvre de l’artiste.

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Eragny est un village très peu connu et intact, loin des pèlerinages touristiques comme Giverny ou Auvers sur Oise. Pissarro vit en effet à l’époque dans deux endroits : Pontoise et Eragny. Ayant grandi sans maître de peinture, il se définit comme anarchiste (An/ Archos en grec : sans maître) tant au niveau pictural que politique. C’est d’ailleurs cet aspect de l’exposition que j’ai trouvé particulièrement intéressant. Par ailleurs, quoique juif, il critique dans ses dessins la banque juive même s’il se reprend ensuite lors de l’affaire Dreyfus.

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Pissarro entretient des relations étroites avec Monet et à sa mort, ce-dernier devient le tuteur de son dernier fils, Paul-Emile Pissarro.

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Lorsque Pissarro peint une scène de marché à Gisors ou un jardin, on est loin de la peinture ornementale de Monet où par exemple les betteraves sont absentes car considérées comme vulgaires. Pissarro, lui, s’intéresse au modèle économique du marché, à l’aspect nourricier du potager…  Deux approches différentes qui ne doivent pas faire oublier que Pissarro et Monet étaient tous deux des libre penseurs.

Musée du Luxembourg jusqu’au 9 juillet 2017

L’exposition Rodin Kiefer au musée Rodin: une relecture du sculpteur, entre dévotion sacrée et jouissance profane  

 

C’est une exposition intéressante et surprenante que nous invite à découvrir le musée Rodin. En confrontant un « monstre sacré » de la sculpture et l’artiste contemporain Anselm Kiefer sur l’ouvrage que Rodin consacra il y a plus de 100 ans aux « Cathédrales de France », le musée nous invite à nous interroger sur la dimension érotique de la religion.

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Les peintures de cathédrales, avec leurs grands aplats de couleurs rappelant les œuvres de Monet et leur dominante mordorée, émerveillent par leur beauté, alors que près d’elles les vitrines laissent perplexes.

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Sursum corda rappelle les références bibliques de l’échelle, celle du dimanche des Rameaux offre une lecture étonnante de cette fête puisque le rameau habituellement brandi en signe d’acclamation gît ici, piétiné. Les dessins érotiques de Kiefer laissent tout d’abord perplexes mais prennent toute leur dimension à la fin de l’exposition, après la (re)découverte des sculptures érotiques et bouleversantes de Rodin.

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Car, et c’est sa grande force, cette exposition invite à nous interroger sur notre rapport au sacré et au profane, à la dévotion que l’on peut avoir pour des objets ou des êtres, et à l’érotisme latent de nos pensées. Elle nous rappelle aussi à quel point Rodin a pu être moderne, mettant en évidence les désirs et les non-dits.

A découvrir jusqu’au 22 octobre  au Musée Rodin