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Onéguine de Cranko – soirée du 15 février 2018: Olga Lenski vs Tatiana Onéguine?

Le ballet Onéguine de Cranko, d’après un roman de Pouchkine est un des mes ballets préférés et depuis 2011 j’en parle régulièrement ici.

Réflexion sur l’amour et le couple, sur la manipulation, son épaisseur tient en partie à l’interprétation des personnages. Et la distribution du 15 février avec Mathieu Ganio en Onéguine et Ludmila Pagliero en Tatiana, Mathias Heyman en Lenski et Myriam Ould Braham en Olga tenait presque de la perfection. Le second couple éclipse d’ailleurs en  partie le premier et le temps du premier tableau, on se demande si par hasard la fin n’aurait pas changé ou si les souvenirs sont inexacts, tellement ce couple semble fait pour durer éternellement. 

Onéguine Heyman Ould Braham
© Sébastien Mathé

De ce roman sur l’honneur et la vacuité d’un homme, Eugène Onéguine, le chorégraphe sud-africain John Cranko a créé en 1965 un petit bijou de danse classiquePrécision pour les mélomanes: aucun élément de l’opéra du même nom de Tchaïkovski n’est repris mais des œuvres du compositeur. Oeuvre prémonitoire de Pouchkine qui comme Lenski décède en duel, Cranko reprend aussi certains thèmes chers à Pouchkine comme les fantômes et le songe, lorsque dans son sommeil Tatiana croit voir Onéguine. Un pas de deux sensuel en noir et blanc dans la pénombre de la chambre. Un des plus beaux passages du ballet qui n’est pas sans rappeler Le lac des cygnes et le cygne noir et le cygne blanc…  

Mathieu Ganio interprète dès le début un Onéguine ténébreux et méprisant, dont la méchanceté va crescendo, de la lettre déchirée à l’humiliation de son ami. A-t-il vraiment changé quelques années après à Saint-Pétersbourg? Il est permis d’en douter tant sa danse passionnée dévoile une certaine violence et un égoïsme profond.

Mathias Heyman campe un Lenski gendre idéal, qui, par honneur et vanité, perd la vie en duel.

Onéguine (saison 2017-2018)

Myriam Ould Braham Olga ne semble pas comprendre ce qui se joue lorsqu’elle accepte de danser avec Onéguine. Comment un ami pourrait vouloir du mal à son fiancé et à sa sœur… Une erreur de jugement qui coûte la vie à ce-dernier.

Quant à Ludmila Pagliero Tatiana elle prend progressivement sa place pour au final renoncer par honneur à sa passion pour Onéguine.

Vaut-il mieux vivre un amour convenable et socialement parfait comme le symbolise le couple Grémine Tatiana ou un amour passionné, mais aux prises des enjeux de  domination, comme le couple Onéguine Tatiana… Un juste milieu symbolisé en réalité par un couple disparu trop tôt, celui formé par Olga et Lenski…

Anne-Laure

La Source ou la symbolique de la fleur…

Samedi 29 novembre 2014 – Palais Garnier – Première de La Source remontée par Jean-Guillaume Bart en 2011 sur un livret de Charles Nuitter, une chorégraphie d’Arthur Saint-Léon et les musiques de Ludwig Minkus et Léo Delibes.

la source 2 - Anne-Laure Graf

Créée en 1866 à l’Opéra de Paris, La Source reprend certains archétypes du ballet classique: danses de caractère, intrusion du merveilleux, intrigue simple.

Le ballet raconte l’histoire du sacrifice de l’esprit de la Source, Naïla (Ludmila Pagliero) pour l’amour de deux mortels, le chasseur Djémil (Karl Paquette) et la belle Nouredda (Laetitia Pujol). Zaël (Emmanuel Thibault), l’elfe de Naïla, s’avère un allié précieux pour Djémil.

esprits - Anne-Laure Graf

L’ayant déjà vu en 2011, je me suis concentrée sur certains symboles, et notamment celui de cette fleur rouge et blanche qui fascine Nouredda et qui coûtera la vie à la Source. Rouge pour la passion, blanc pour la pureté. Une fleur qui, pourtant, lorsqu’elle est attrapée par la favorite du Khan, ne cause la mort de personne. Une fleur qui symbolise l’ambivalence des sentiments humains: Naïla aime le chasseur qui lui aime Nouredda, promise au Khan. Ce-dernier tombe sous les charmes de Naïla et humilie Nouredda… Une chasse amoureuse qui pourrait virer au vaudeville si la fin n’en était pas tragique…

salut - Anne-Laure Graf

Côté danse, je retiens de cette soirée la prestance d’Emmanuel Thibault dans le rôle de Zaël. J’avais peur, ayant vu Mathias Heymann dans ce rôle en 2011, d’être déçue. Zaël se révèle techniquement très bon dans ses sauts et profondément touchant lorsqu’il perd la Source.

Karl Paquette nous livre un chasseur un peu rustre, ayant quelques appréhensions sur les passages techniques.

J’aurais personnellement inversé les rôles féminins: Ludmila Pagliero interprète une Source trop humaine alors que Laetitia Pujol nous montre une jeune femme très sensible, tour à tour coquette, volontaire et triste. Une interprétation toute en finesse qui aurait convenu pour l’esprit de la source.

Les passages de danses de caractère en font un ballet de fêtes à voir en famille mais rendent le  ballet un peu long. Heureusement, les costumes de Christian Lacroix en mettent plein les yeux et on peut passer beaucoup de temps à admirer ces chatoiements de couleurs et le scintillement propre à Swarovski.

Une belle soirée qui pose en filigrane la question de la liberté féminine, de l’égoïsme et du destin…

Myriam Ould-Braham danseuse étoile depuis lundi soir!!

Ce n’est pas parce que deux petits êtres ont « envahi » ma vie depuis le 7 juin que je ne continue pas à suivre l’actualité culturelle. N’étant pas adepte de La fille mal gardée – ballet très frais et sympathique idéal pour l’été mais à l’intrigue trop mince à mon goût – je n’avais pas pris de place pour la Première, mais la présence de Myriam Ould-Braham m’avait fait dressé l’oreille.

Une nomination en perspective? Si plus personne n’y croyait, c’est pourtant ce qui est arrivé lundi soir à la fin de la Première de ce ballet. Rien que pour ça, j’aurais voulu y être. Après tout j’étais bien la veille à Bastille pour Arabella de Strauss (billet à venir). Maternité et balettomanie font bon ménage si on s’organise…

Félicitations à cette nouvelle étoile, dont la danse délicate m’avait particulièrement ravie lors du gala londonien dédié à Anna Pavlova en mars de cette année, mais aussi lors de ses diverses apparitions comme dans Onéguine de Cranko où elle interprétait Olga.

Après tout, diront d’aucuns, après la nomination purement technique de Ludmila Pagliero, il fallait bien une nomination plus proche du coeur du public…

Robbins – Mats Ek – 18 mars: une « matinée » moderne et humoristique

Autant le dire d’emblée, j’étais davantage venue pour Jérôme Robbins que pour Mats Ek dont j’aime modérément le côté quotidien voire trivial que souligne sa danse, tout comme son utilisation des pieds flexes.

Dances at a gathering de Jerome Robbins, créé en 1969  pour le New York City Ballet, met en scène dix danseurs, cinq danseuses ( ici Muriel Zusperreguy, Ludmila Pagliero, Nolwenn Daniel, Eve Grinsztajn et Agnès Letestu) et cinq danseurs ( Josua Hoffalt, Pierre-Arthur Raveau, Vincent Chaillet, Christophe Duquenne et Emmanuel Thibault).

Une œuvre sans narration où les couples se croisent, changent, et évoluent au gré des valses et des mazurkas de Frédéric Chopin et sous un ciel bleu très balanchinien.

Une chorégraphie classique, avec parfois des réminiscences de danses d’Europe centrale, parfois des postures plus modernes. Malgré les tutus très simples on se prend à imaginer les mêmes danses dans un décor champêtre comme Giselle ou Onéguine

Une occasion de revoir Josua Hoffalt (en brun) 10 jours après sa nomination. Il y paraissait plus serein que dans La Bayadère, libéré en somme. La possibilité également de voir danser Pierre-Arthur Raveau (en vert) promu sujet au dernier concours interne de l’Opéra en novembre 2011.  Ce genre de morceau permet de découvrir ou de revoir en soliste des danseurs qui, souvent, font partie du corps de ballet. Côté danseuses, Muriel Zusperreguy (en jaune) se distingue, notamment avec Pierre-Arthur Raveau, par une danse légère. Un regret cependant : les trop brèves apparitions d’Agnès Letestu (en vert)

Quant à Appartement de Mats Ek (2000), c’est… spécial…

Dix tableaux s’offrent aux yeux du spectateur, de La salle de bain au Finale en passant par La marche des aspirateurs (tiens c’est étrange, seules des danseuses manient cet appareil ménager…) et surtout La télévision.

Si La salle de bains permet à Marie-Agnès Gillot de montrer tout son talent ( il faut la voir tourner autour du bidet), elle a été pour moi l’occasion de revoir – enfin – danser Nicolas Le Riche que je n’avais pas trouvé à son aise dans Phèdre de Lifar en septembre dernier. Il forme avec Jérémie Bélingard, Audric Bezard et Daniel Stokes un sacré quatuor, violent et puissant qui rejoint la danseuse étoile en criant et se moquant d’elle.

La télévision met en scène un José Martinez (chic il est revenu à Paris pour l’occasion: )) ) hypnotisé par l’écran, élégant couch potato

La cuisine, interprétée par Clairemarie Osta et Jérémie Bélingard, semble mettre en scène un couple banal… jusqu’à la chute finale et cynique, derrière la porte du four…

Appartement m’a également permis de revoir danser Alice Renavand, sublime dans son Grand Pas de deux avec Nicolas Le Riche…

Un ballet qui donne la possibilité aux danseurs de s’exprimer totalement, avec un très beau résultat apprécié du public…

La Source de Jean-Guillaume Bart: beauté et émotion

J’attendais avec impatience ce ballet, seule création de danse de la saison et dont les costumes sont signés Christian Lacroix.

Comme beaucoup, je pensais également qu’il y aurait une nomination d’étoile, celle de Ludmila Pagliero. Que nenni!

C’est donc après avoir quitté en hâte le vernissage de l’exposition photo à laquelle je participais que je suis arrivée à Garnier samedi.

Pour une fois, j’avais décidé de regarder le ballet sans avoir lu ni l’histoire ni les critiques… Histoire de me faire MON idée du sujet.

Créée en 1866 à l’Opéra de Paris, La Source est un ballet oublié dont le livret était de Charles Nuitter, la chorégraphie d’Arthur Saint-Léon et les musiques de Ludwig Minkus et Léo Delibes.

La source raconte l’histoire du sacrifice de l’esprit de la Source, Naïla (Ludmila Pagliero) pour  l’amour de deux mortels, le chasseur Djémil ( Karl Paquette) et la belle Nouredda ( Isabelle Ciaravola). Zaël ( Mathias Heymann), l’elfe de Naïla, s’avère un allié précieux pour Djémil. S’y greffent de très beaux passages techniques dans une conception classique.

Une création donc très classique.

La magie a opéré samedi soir.

Magie des costumes d’abord. Le soutien de Swarovski leur apportait d’ailleurs un aspect « paillettes » qui aurait vite pu devenir « pièce montée « si les décors avaient été du même acabit. Heureusement ceux-ci étaient très sobres, consistant en quelques cordes représentant notamment des arbres. J’y ai même cherché une symbolique de la Source… A moins que ces cordes ne symbolisent l’irréel propre aux histoires merveilleuses…

Magie des danseurs. Si mon cher Karl Paquette a souffert de la comparaison avec Mathias Heymann ( une différence d’âge? J’ai connu le premier moins raide); ce-dernier était extraordinaire. La salle ne s’y est d’ailleurs pas trompée. Des applaudissement qui changeaient  de la Première de Phèdre.

Magie de la chorégraphie. J’ai beau ne pas être une partisane des grands morceaux uniquement techniques, ceux-ci étaient vraiment réussis samedi soir, tant dans les danses caucasiennes dont le chatoiement des couleurs et les pas rappelaient les grandes danses « de genre » classiques, que dans les danses des Odalisques.

Une très belle soirée, même si la fin était un peu longue. L’occasion  de revoir un Mathias Heymann au meilleur de sa forme et de découvrir une très belle création…

Une question toutefois: pourquoi confie-t-on uniquement aux anciens étoiles hommes des chorégraphies??