Future Memories de Kylian: la danse contemporaine a son prophète!

Si la danse est une religion alors Kylian est pour moi son prophète contemporain!

Symphonie des psaumes Il a cette capacité à exprimer l’indicible avec une grande finesse et mettre en lumière l’ambivalence des êtres humains sans sombrer dans la vulgarité.

Après Forsythe et Bausch en septembre (non relatés sur ce blog car j’étais sortie profondément énervée de Two cigarettes in the dark et avais manqué de temps pour le très beau Limb’s theorem de Forsythe) Future memories marque le passage à Paris du Ballet national de Norvège. Composé de 59 danseurs de plus de 20 pays, ce ballet a un répertoire large, de Petipa à Sol Leon.

Kylian, danseur, chorégraphe et directeur artistique tchèque, collabore étroitement avec cette compagnie. Et le spectacle présenté au Théâtre des Champs Elysées  du 22 au 24 septembre était magnifique.

On retrouve certaines marottes comme dans Bella Figura où certains pas semblent sortir tout droit de Kaguyahimé (relaté ici sur ce blog) avec le jeu d’étoffe qui saisit par la taille Miko Nishino.  Les questions qui traversent Bella Figura, Gods and dogs et Symphonie des Psaumes touchent à l’intime: quel masque portons-nous dans notre relation à l’autre, quel rapport entretenons-nous avec les autres, notamment entre hommes et femmes. Scènes de groupe et pas de deux alternent et la Symphonie des Psaumes est un véritable éloge à la danse…

Une soirée magique que découvriront les Norvégiens le 9 novembre à Oslo.

Saison 2012-2013 de l’Opéra de danse côté danse: certitudes et pronostics…

Cela fait quelque temps que la blogosphère danse s’agite sur la prochaine saison de l’Opéra de Paris. Danses avec la plume a à ce sujet sorti un billet qui résume bien les grandes tendances.

J’ai bien essayé la semaine dernière de soudoyer un ami qui a dans son bureau la programmation des 2 prochaines années… Peine perdue… Je n’ai plus qu’à m’introduire nuitamment dans ledit bureau… ; ))

Cette saison devrait être composée de 11 ouvrages – hors compagnie(s) invitée(s) –  dont 3 créations.

Trois spectacles sont déjà annoncés:

– Don Quichotte de Rudolf Noureev

Ma réaction a été: encore!! Le Bolchoï l’avait présenté en mai dernier, je trouve cela un peu tôt comme reprise. Ce sera toujours intéressant de le voir dansé par le ballet de l’opéra de Paris.

– Une soirée Roland Petit

Un très bel hommage au chorégraphe disparu l’an dernier. Même si j’ai cru comprendre que ce serait en grande partie le programme donné en octobre 2010 qui sera repris, à l’exception peut-être du Jeune Homme et la mort remplacé par Carmen, je trouve cela dommage, il existe d’autres très belles œuvres…

– Une création de Marie-Agnès Gillot en début de saison.

Pour une fois qu’une chorégraphe femme est à l’honneur à l’Opéra de Paris… Elle sera sûrement présentée avec une pièce de Merce Cunningham. Une soirée de danse contemporaine en perspective…

 

5 spectacles se précisent :

 – Une soirée Balanchine, avec notamment Serenade, pour ouvrir la saison, du 24 septembre au 18 octobre. Avec un défilé de l’école de danse en ouverture, comme le veut la tradition ?

– Une soirée Forsythe avec peut-être Approximate sonata, Pas/Parts, Artifact suite du 3/12 au 31/12

 – Une reprise de Kaguyahime de Kilian (février 2013)

Alors là je dis OUI !!! Mon ballet contemporain préféré avec Caligula.

– Une soirée russe comprenant L’oiseau de feu de Fokine du 2/05 au 6/06 : ))

La Sylphide de Lacotte du  24/06 au 15/07

Ca tombe bien j’en ai vu des extraits à la conférence de l’école du Louvre dont je vous ai parlé. Au demeurant un peu trop classique à mon goût…

 

2 œuvres pourraient faire partie de la saison:

– Une création de Sidi Larbi Cherkaoui

Je ne l’ai jamais vu à l’Opéra de Paris et avoue ne pas le connaître.

– La Troisième Symphonie de Mahler de John Neumeier

Ce ballet était entré au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 2009 et avait été apprécié tant du public que de la critique.

 

Reste alors, si vous m’avez suivie, une œuvre, en l’occurrence une création, et la question de la / des compagnie(s) invitée(s).

 

Les questions en suspens :

– Quelle(s) compagnie(s) sera/ont invitée(s) ?

– Quelle sera la 3° création ? A moins qu’elle ne soit remplacée par une entrée au répertoire…

– Et La belle aux bois dormant ? Ce ballet sera-t-il présenté à la saison prochaine ? Dansé par le ballet de l’Opéra de Paris ou une compagnie invitée ?

Au final, selon ces pronostics, une saison plutôt néo-classique et moderne à l’image de ce qui se dessine pour la saison lyrique

 

Phèdre versus Psyché??

Garnier est à l’heure grecque côté danse.

On y joue depuis jeudi (la Première de mercredi avait été annulée à cause des grèves) Phèdre, action dansée de S.Lifar et Psyché, ballet et création d’A. Ratmansky.

Phèdre surprend à plusieurs titres:

– ce n’est pas de la danse, mais bien du théâtre dansé

– les costumes – de Jean Cocteau svp!! – sont très particuliers. Seule Phèdre (Marie-Agnès Gillot) est dotée d’habits « portables ». Voir Hyppolyte (Karl Paquette) avec des cheveux et des habits jaunes fluos ou Thésée (Nicolas Le Riche) en violet rend l’action presque ridicule. Quant aux personnages en orange , style caricature des Indiens vus par les Européens au XVIII°s, j’ai moyennement apprécié…

– une pluie d’étoiles, oui mais pour quoi? Pour inciter les gens à venir? Sûrement pas pour leur permettre d’exploiter au mieux leurs capacités, même si Marie-Agnès Gillot est une Phèdre remarquable.

– Un Nicolas Le Riche pas au mieux de sa forme. Je l’avais adoré l’an dernier dans Le jeune homme et la mort. Il ne m’a pas subjuguée jeudi dernier.

J’étais donc très déçue à l’entracte même si je comprends certains partis pris:

– les visages maquillés à l’excès reprennent les masques de la tragédie grecque

– la musique de G. Auric traduit dès l’ouverture le caractère tragique de l’action qui va se dérouler devant nous

– l’absence de décor oblige le spectateur à se concentrer sur le drame. J’ai d’ailleurs bien apprécié le phénomène du théâtre dans le théâtre  avec ce péristyle grec en arrière plan où se joue une autre action: prévision de ce qui se passe comme, au début, la présence des chevaux d’Hippolyte, annonce de sa mort future, apparition divine comme celle de Neptune.

La réaction du public m’a fait penser à celle qu’avait eu celui d’In Paris: un accueil froid, peu d’applaudissements et des huées.

 

Psyché redresse heureusement la barre.

Dans un décor assez classique oscillant entre paysage désolé rappelant certaines peintures italiennes et flamandes, paradis aux traits soit d’un Versailles revu soit de cieux aux angelots joufflus, se déroulent les amours contrariées de Psyché (Aurélie Dupont) et Eros ( Stéphane Bullion).

Amandine Blisson campe une Vénus aux rapports quasi incestueux avec son fils: elle souhaite le garder pour elle et sa danse est très explicite.

Les costumes sont plaisants ( mention spéciale pour les 4 Zéphirs chevelus) même s’ils sont parfois un peu ridicules comme lors des scènes du Paradis.

Mais c’est surtout Aurélie Dupont qui « crève l’écran »: elle est magnifique, évoluant entre la résignation, l’amour, la curiosité…. Un danse tout en finesse.

Stéphane Bullion danse également bien et les pas de deux de ce couple sont charmants.

Une oeuvre donc plaisante, dont je suis sortie heureuse mais avec une question en tête: restera-t-il des scènes marquantes dans mon esprit d’ici quelques temps, à l’image du cheval dans Caligula ou de certains passages de Kaguyahimé de J. Kilian?

Est-ce une oeuvre faite pour durer ou pour satisfaire le public sans le marquer réellement.

Possible réponse le 3 octobre, lorsque j’y retournerai…