Germaine Tillion: du Verfügbar aux Enfers au Panthéon

Il y a quelques jours, le 27 mai 2015, le cercueil vide de Germaine Tillion entrait au Panthéon. Un acte symbolique pour une femme résistante et ethnologue, née en 1907 et décédée en 2008. Ethnologue en Algérie dans les années 1930 elle entre très tôt dans la Résistance et fonde le réseau du Musée de l’homme. Dénoncée et déportée, avec sa mère à Ravensbrück, elle en rapporte l’ouvrage Ravensbrück édité en 1946 et une opérette revue en 3 actes Le Verfügbar aux Enfers .  Germaine Tillion Verfügbar C’est de celui-ci dont je voulais vous parler. Après avoir lu Dora Bruder – qui se passe pendant la Deuxième guerre mondiale et raconte l’histoire de cette adolescente juive – de Modiano, livre pour lequel il a obtenu le Prix Nobel de littérature 2014 et écrivain que j’apprécie énormément, Le Verfügbar aux enfers campe l’univers impitoyable des camps. On est à la fois loin et proche de Si c’est un homme de Primo Levi. Loin car il s’agit d’une opérette loufoque – mais en réalité glaçante dans tous les sous-entendus – et proche car il s’agit bien de l’horreur des camps. Un thème que j’avais déjà abordé sur ce blog avec la magnifique pièce Haïm à la lumière d’un violon . Les conditions déplorables, les humiliations y sont décrites sous l’œil distant et parfois méprisant du naturaliste. Il qualifie le Verfügbar en ces termes « quelquefois femelle, mais le plus souvent rien du tout, neutre comme les lichens auxquels il s’apparente également par la couleur… » Les Verfügbar sont les héroïnes de la pièce, et symbolisent les détenues dont se détachent certaines personnalités. Elles ont faim, soif, sont malades, certaines pensent qu’en se prostituant elle sortiront plus vite. Chaque page de l’oeuvre dérange et l’on doit parfois reposer le livre face à tant de violence distanciée: « Quand tu succomberas on t’achèvera, on te brûlera et ta graisse encore servira… Nénette: A quoi? Choeur des vieux: à faire du savon, à graisser les locomotives ». Une « opérette » comme devoir de mémoire…

Une très belle année 2015 et le bilan 2014 – entre voyages en Europe, danse et musique

Alors que débute l’année 2015, je voulais tout d’abord vous souhaiter, chers lecteurs et abonnés, une excellente année, pleine de rêves accomplis, des plus fous ou plus « simples », de moments de joie avec vos proches et de belles sorties culturelles,en France et à l’étranger. Surtout profitez (je n’aime pas ce mot et lui préfère le mot allemand geniessen mais tout le monde n’est pas germaniste) de cette belle et fragile vie… tant que ça dure…

Je voulais aussi vous souhaiter de « devenir ce que vous êtes », une phrase en apparence très simple, en réalité bien plus complexe.

En faisant le bilan de l’année 2014, je tenais à remercier certains d’entre vous pour votre aide et opportunités et en particulier Anne-Sophie, Nadine qui m’a donné cette formidable opportunité d’abord de découvrir la visite du Théâtre des Champs Elysées (voir ici) puis de voir les coulisses de La Clémence de Titus et de faire ce billet pour le blog du TCE. Merci également à Iza, Ève et Lisa qui m’ont soutenue pour ma société  Bulles de Culture et à Ying sans qui cette idée ne serait pas devenue réalité, à Martin et Marion qui m’ont proposé de rejoindre Bachtrack et Muse baroque.

Bref une très belle année sous forme d’échanges culturels en France et à l’étranger! 

 

Côté voyages, Envie d’ailleurs vous a emmenés en Espagne en janvier via des billets bec sucré, l’exposition du Prado sur Velazquez et la famille de Philippe IV, Tolède, Ségovie et Aranjuez,

cochon lait

en Pologne en mars où, avec mon fils – dont le prénom est celui du saint patron de ce pays – je suis notamment partie à la recherche de mes lointaines racines polonaises et me suis retrouvée à la tombée de la nuit dans un cimetière à essayer de déchiffrer des tombes du XIX°s… J’en ai tiré deux billets: Cracovie vu par un enfant et un bec sucré israëlo-polonais.

Ariel Bdef

Suite des escapades à Riga où j’ai découvert la famille de mon mari vivant en Lettonie depuis 1945 mais restant profondément russe. Une Pâques orthodoxe un peu déconcertante, des interrogations identitaires et une ville très intéressante. Foncez à Riga ; ) c’est ici.

Jugenstil Anne-Laure Graf

Je vous ai ensuite entraînés en Allemagne en avril où avec ma fille cette fois  – il est important de passer du temps avec chaque jumeau séparément –  j’ai rendu visite à une amie et arpenté cette ville que je connaissais déjà.

Strand Perle - Hambourg

L’occasion de découvrir que Lagerfeld était aussi photographe.

Antique 3 Bdef (2)

Je vous ai également fait découvrir en juin les hortillonnages d’Amiens sous le signe de l’Art contemporain.

Jardin d'Erode - Anne-Laure Graf

et entraîné le même mois à Chaumont pour découvrir les Jardins sous le signes des péchés capitaux

Chaumont sur Loire Bdef

 Deux très belles journées qui restent parmi mes meilleurs souvenirs de l’année!

L’été fut marqué par un pays que j’aime beaucoup – la Grèce

Crépuscule orhodoxe - 2008

et une très belle découverte dont je n’ai pas parlé ici: Malte, son histoire, sa cathédrale, ses sites archéologiques, son artisanat de bijoux en argent et or (très dangereux pour le porte-monnaie mais si beau),ses randonnées équestres au coucher du soleil. Mon coup de coeur de l’année! Je compte bien y retourner un jour, si Dieu le veut.

Les 3 soeurs Bdef

 

Côté danse, l’année fut marquée pour moi par cinq très beaux ballets, un très sombre, Lac de Jean-Christophe Maillot à Chaillot, un autre spirituel Future memories du chorégraphe contemporain Jiri Kylian au TCE je titrais que si la danse était une religion, Kylian en était son prophète contemporain. On est balletomane ou pas ; ).

Symphonie des psaumes

Cendrillon de Malandain au théâtre des Sablons de Neuilly-sur-Seine était féerique, le théâtre du Capitole faisait réfléchir à la dureté des enfants de la balle avec sa soirée consacrée à Lifar et Petit 

Les forains - Anne-Laure Grafet Nicolas Le Riche rendait un très bel hommage à son épouse lors d’une soirée au TCE début novembre.

Clairemarie Osta - Anne-Laure Graf

Côté musique, le Stabat Mater de Pergolèse à la salle Gaveau fut pour moi la plus belle soirée de l’année. Outre le fait que c’est une de mes œuvres baroques préférées, elle était magnifiquement interprétée!

Je me suis également réconciliée avec le théâtre en découvrant Haïm à la lumière d’un violon à Gaveau, très belle pièce qui fait intervenir musique et théâtre et traite de façon très pudique et juste la Shoah… et de la vie.

 

Côté musée, le vernissage de la nouvelle galerie des dons au musée de l’immigration fut une très belle soirée et m’a fait beaucoup réfléchir à ce qui nous définit en tant que français;

violon tchèque

Hokusai me replongea dans les paysages japonais (visite organisée par ma société) et les Han dans la culture chinoise.

Han Bdef

J’ai également vécu un moment « hors du temps » à la Galerie Patrick Fourtin mi-décembre et c’est cette magie que je vous propose de découvrir ce jeudi.

Une très belle année qui n’aurait pas été possible sans certaines rencontres. Merci à vous tous et à nouveau Auguri a tutti, felice anno nuovo – je reviens du Nord de l’Italie – et Belle et heureuse année 2015!!

 

Et vous, quels ont été vos temps forts de l’année? Vos coups de coeurs, vos recommandations?

 

 

Haïm – à la lumière d’un violon: un hymne à la vie

C’est une pièce dont on ne sort pas indemne. Une biographie musicale qui touche au plus profond de l’être, questionne sur l’horreur de la Shoah et l’ambivalence de l’homme.

D’une écriture dense et épurée à la fois – tout est suggéré en peu de mots, rencontre avec le pianiste qui apprend au jeune Haïm le solfège, horreur du ghetto – « mes enfants, mes Juifs » s’exclame le dirigeant du ghetto alors même qu’il choisit chaque jour ceux qu’il envoie à la mort – Gérald Garutti raconte la vie d’Haïm Lipsky juif polonais dont la passion pour la musique et notamment le violon guide et sauve la vie. Il « traverse » ainsi les horreurs du ghetto, du camp d’Auschwitz grâce à sa connaissance du violon, fil ténu qui le relie à la vie. Mélanie Doutey récite le texte, installant une distance entre la vie de cet homme et le spectateur. De nombreux morceaux de musique joués par le petit-fils d’Haïm Lipsky – Naaman Sluchin – pour le violon, Dana Ciocarlie au piano, Alexis June à l’accordéon et Samuel Maquin à la clarinette, retracent cette atmosphère propre à l’Europe centrale. Mélodies et méloppées tour à tour joyeuses ou tristes, entraînant parfois les spectateurs… Tout sonne juste, chaque mot, chaque morceau, chaque silence sont à leur place.

J’y ai retrouvé la même capacité à dire l’innommable que dans Si c’est un homme de Primo Levi et les airs de musique m’étaient étrangement familiers.

Trois semaines après mon voyage en Pologne où les pancartes « Book here » pour les visites du camp d’Auschwitz m’avaient choquée, et une semaine après l’exposition Ghettos au Mémorial de la Shoah où sont montrées des photos de la vie quotidienne dans les ghettos polonais et baltes, Haïm – à la lumière d’un violon apporte un regard différent .

Une pièce qui devrait entrer dans mon « Top 10 » de l’année et qui donne envie de retourner à la Salle Gaveau et de connaitre les autres pièces de cet auteur et metteur en scène.