L’exposition Jankélévitch à la BNF : l’oubli interdit

C’est une exposition de petite dimension consacrée au philosophe Vladimir Jankélévitch, loin des « blockbusters » qui attirent les foules, que nous invite à découvrir la BNF jusqu’au 7 avril 2019.

Jankélévitch © Sophie Bassouls HD
Vladimir Jankélévitch, 9 janvier 1980. © Sophie Bassouls

Cette exposition rétrospective intitulée « Vladimir Jankélévitch, figures du philosophe » rassemble plus 120 pièces d’archives – photos du philosophe Vladimir Jankélévitch, enveloppes avec son adresse à Normale Sup, écrits, illustrations et textes – qui retracent la pensée et l’itinéraire d’une des plus grandes figures de la philosophie française. Professeur à la Sorbonne de 1951 à 1975, Vladimir Jankélévitch marqua des générations d’étudiants et explora plus particulièrement les thèmes suivants : morale, métaphysique et musique.

J’ai personnellement été bouleversée par le texte « L’oubli interdit » qui mérite selon moi à lui seul le déplacement. Dans ce très bel article, Jankélévitch rappelle l’imprescriptibilité des crimes nazis: le temps n’a pas de prise sur les crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y rappelle que les Résistants comme Jean Moulin, glorifiés ensuite dans les livres et lors des cérémonies officielles, sont les mêmes personnes qui sont mortes torturées et défigurées par les Nazis, que les orchestres jouaient Schubert pendant qu’on pendait des êtres humains dans les camps de concentration… Un texte insoutenable par moments mais que nous devons lire, pour nous souvenir, nous interroger sur nos propres faiblesses, nos propres arrangements avec certains faits… Un texte qui rejoint le livre de Germaine Tillion dont j’avais parlé dans cet article.

Cette exposition nous donne aussi à écouter le philosophe tant dans son enseignement avec cette voix si particulière et ses propos si lumineux, que dans son approche de la musique avec les enregistrements de morceaux de musique joués par le philosophe lui-même…

Anne-Laure FAUBERT

BNF – Site Mitterrand – Jusqu’au 7 avril 2019

Delacroix à l’assaut du Louvre!

« La gloire n’est pas un vain mot pour moi » écrit Delacroix en 1824….

 

Si Delacroix (1798-1863) appartient à la mémoire collective tant par la présence de ses œuvres sur les anciens billets en francs, que par ses grandes fresques comme La liberté guidant le peuple, il n’avait pas fait l’objet d’une rétrospective parisienne depuis 1963, année du centenaire de sa mort. Longtemps opposé à Ingres dans une dialectique classicisme / romantisme, il manquait à cet artiste une approche globale, à laquelle répond cette exposition.

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Sous le commissariat de Sébastien Allard, dont j’apprécie les expositions comme celle consacrée à Corot, on découvre certes les célèbres œuvres de jeunesse mais également un Delacroix illustrateur d’œuvres sur Faust…et libertin. Un érotisme latent imprègne l’exposition. 

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La carrière de Delacroix se révèle lisible jusqu’aux Femmes d’Alger puis devient plus complexe entre fleurs, œuvres religieuses et paysages. Dans ses années de jeunesse Delacroix recherche la gloire alors que sa famille est ruinée par la chute de l’Empire. Il peint alors les grands décors pour le Palais Bourbon, les églises parisiennes. L’exposition universelle de 1855, en le considérant comme l’émanation du génie français, le fige dans une figure intouchable.

 

les femmes d'alger
DELACROIX – Femmes d’Alger dans leur appartement – 1833-34 – Photo: Anne-Laure Faubert

 

Cette exposition, dont certains textes sont écrits avec un style remarquable et un plaisir évident, permet de redécouvrir un Delacroix écrivain, aquarelliste et auteur de lithographies. Des grands tableaux on passe ensuite aux coulisses et à l’atelier… J’ai retrouvé avec une grande joie les tigres de Delacroix, certains portraits… mais suis restée perplexe devant sa peinture religieuse…

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Anne-Laure FAUBERT

 

Une exposition à découvrir jusqu’au 23 juillet 2018

 

Le photographe Irving Penn au Grand Palais: aborder la photographie comme une peinture

Pour célébrer le centenaire de la naissance d’Irving Penn (1917 – 2009) le Grand Palais organise une rétrospective de son œuvre en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York. L’artiste au style reconnaissable grâce à une composition minimaliste associée à un usage quasi systématique du noir et blanc, a su s’imposer comme l’un des plus grands photographes du XXe siècle.

72dpi-Black & White Fashion With Handbag (Jean Patchett)

Il débute sa carrière comme photographe de mode dans le cadre d’une collaboration avec le magazine Vogue. Il en devient assez rapidement la coqueluche et réalise plus de 150 couvertures au cours des 50 années qui suivirent. Irving Penn est surtout célèbre auprès du grand public pour ses portraits de personnalités majeures du monde de la culture, de la mode et du cinéma et pour ses photos de mode.

Glove & Shoe.eps

Cette exposition nous invite à découvrir une facette moins connue de son travail, qui traite des petits métiers, des nus ou encore des cigarettes.

En effet, ce qui est surprenant dans le travail d’Irving Penn c’est cette oscillation constante entre la simplicité et le raffinement figé. De ses premières natures mortes en 1947, à sa collaboration avec Issey Miyake en 1999, le photographe met en scène ses modèles (humains ou objets) avec une précaution extrême. Ainsi derrière une apparente simplicité due à une mise au point et à un cadrage au plus près du sujet, on imagine les heures de préparation, de pause et de scénographie nécessaires pour parvenir à une telle précision. Cette dichotomie se retrouve, de la composition de ses photographies aux choix de ses sujets. Il passe avec aisance des portraits de célébrités : sportifs (Joe Louis), écrivains (Colette, Truman Capote, Carson McCullers, Tom Wolfe …) ou peintres (Dalí, Balthus, Bacon) à des représentations très prosaïques de détritus, car quoi de plus trivial qu’un mégot de cigarette ? On songe alors dans un autre registre au poète français Francis Ponge et au photographe Eugène Atget qui immortalisa à la fin du XIX°s les petits métiers parisiens. 

72dpi-Theatre Accident

Irving Penn photographie ainsi aussi bien ceux qu’on cherche à voir que ce qu’on refuse de voir, qu’on juge indigne de notre intérêt. Le talent du photographe réside dans cette capacité à rendre beau tout ce qu’il voit, en traitant ses photographies comme des peintures.

72dpi-Rochas Mermaid Dress (Lisa Fonssagrives-Penn)

La rétrospective met aussi en exergue l’importance du corps dans le travail du photographe. A travers une représentation épurée obtenue grâce à la prise de vue en studio, le modèle est réduit à l’essentiel : un mouvement, une pause travaillée censée révéler la personnalité du sujet (Igor Stravinsky désigne son oreille, Joe Louis serre les poings).

72dpi-Truman Capote

Cet intérêt pour la chair se concrétise grâce à la série de nus féminins qu’il réalise entre 1949 et 1950. Les corps y sont déconstruits et brillamment façonnés par les tirages du photographe.

72dpi-Mouth (for L'Ore¦üal)

Finalement, ce qui intéresse Irving Penn c’est de nous raconter des histoires, comme le prouve cette citation à propos de ses natures mortes « une nature morte est une représentation de personnes (…) dans une nature morte, chaque objet doit raconter une histoire humaine, autant que si vous regardiez quelqu’un dans le blanc des yeux. Sinon, une nature morte n’a pour moi que très peu d’intérêt ».

Alice PAILLAT

Anne-Laure FAUBERT