L’exposition Pop art au Musée Maillol : icons that matter ?

The Whitney Museum of American art prend ses quartiers d’automne au musée Maillol jusqu’au 21 janvier 2018 à l’occasion d’une exposition consacrée au Pop art. C’est une exposition qui peut laisser perplexe, voire dérouter si l’on n’a pas la chance d’être accompagné(e) par un spécialiste de l’art contemporain, comme j’eus la chance de l’être.

Retour sur cette exposition qui convoque à la fois des grands noms du Pop Art et des artistes beaucoup moins connus en France.

Fondé par la sculptrice Gertrude Vanderbilt Whitney en 1930, le musée Whitney est un hommage aux artistes américains.  Il promeut l’art américain contemporain de jeunes artistes et poursuit cette mission après la mort de la fondatrice et artiste en 1942. Le combat personnel de Madame Whitney, tant comme artiste que femme n’est pas sans rappeler celui de Dina Vierny, modèle et collaboratrice du sculpteur Aristide Maillol et fondatrice de la fondation Dina Vierny – Musée Maillol.

 

Lichtenstein_2002_254_preview.jpeg
Roy Lichtenstein
Girl in Window (Study for World’s Fair Mural),
1963,
© Estate of Roy Lichtenstein New York / Adagp,
Paris, 2017

 

L’exposition débute par un grand nom du Pop Art, Roy Lichenstein et notamment Girl in Window (1963) qui reprend un sujet traditionnel, celui de la jeune fille à la fenêtre, fréquent dans la peinture flamande du XVII°s. Esquisse pour une œuvre d’un plus grand format pour l’exposition universelle de 1964, Roy Lichenstein apporte sa touche personnelle à ce sujet classique : des couleurs primaires en aplat, des contours noirs et une forte inspiration de la culture populaire et notamment de la BD. Les cheveux au vent du modèle rendent cette peinture plus vivante qu’elle ne l’aurait pu l’être aux premiers abords.

Par ailleurs on retrouve dans son tableau sur le poisson rouge, Gold fish bowl deux tableaux de Matisse et les traits noirs ne sont pas sans rappeler Velasquez.

On y découvre ensuite l’influence de Marcel Duchamp, premier à faire rentrer un produit manufacturé et non créé, sur les artistes américains.

Untitled American President (1962) d’E. Kienholz en représentant un bidon de lait, dénonce l’inaction des hommes politiques lors de ce scandale alimentaire.

Le pop art vient de l’expressionisme allemand et se fait comme lui le reflet de son environnement.

2013.2

Madonna and Child, 1963
© Adagp, Paris, 2017

Dans Madonna and Child (1963) Allan d’Arcangelo reprend un portrait de Jackie Kennedy dans Life et montre avec les auréoles de la mère et de sa fille le statut d’icônes qu’acquièrent certaines personnes. La personne s’efface derrière la personnalité et sa fonction officielle de madone du peuple. Sanctifiée par la presse, Jackie Kennedy n’est alors plus un sujet mais un simple « objet » de culte. Les tableaux d’autoroute de l’artiste s’inspirent alors des grands espaces américains et des tableaux publicitaires de Broadway.

Le pop art dénonce également l’utilisation du corps par la société de consommation. « Dans la panoplie de la consommation, il est un objet plus beau, plus précieux, plus éclatant que tous, plus lourd de connotations encore que l’automobile qui pourtant les résume tous : c’est le CORPS»  déclare ainsi Jean Baudrillard.

Mel Ramos, May Stevens et Tom Wesselmann dénoncent ainsi chacun à leur façon l’utilisation du corps tant dans la tradition picturale que dans la société moderne. Un lien existe donc entre la tradition du nu féminin dans la peinture occidentale et les stéréotypes de l’érotisme marchand.  La représentation des corps par le Pop Art évoque moins leur possible « libération » que leur soumission radicale au regard qui les dévore. Ce corps devenu une marchandise industrielle reste exclusivement le corps de la femme qui est objectivé et soumis aux exigences de la domination masculine.

Les critiques de l’époque reprochaient à cet art d’être « trop facile » et de ne réclamer de l’artiste comme du spectateur ni « sensibilité », ni « effort intellectuel ». En effet l’immédiateté, le peu de goût pour le pathétique et l’absence de transcendance caractérisent nombre de ces œuvres et s’accordent bien aux valeurs d’une culture marchande instantanée et éphémère.

 

Oldenburg_79_37a-g_vw1_preview.jpeg
Claes Oldenburg
French Fries and Ketchup, 1963
© Claes Oldenburg, 1963

 

French fries and Ketchup (1963) de Claes Oldenburg m’a particulièrement laissée perplexe. Avant de réaliser que cet amas jaune avec du rouge était une assiette de frites, je me suis d’abord interrogée sur cet étrange ga rouge ; ). La « banalité monumentale » de cette œuvre prône la modestie du quotidien en contrepoint d’une esthétique élitiste. «Je suis pour l’art qu’on fume comme une cigarette, qui pue comme une paire de chaussures » disait-il.

 

Indiana_68_71_vw2_preview.jpeg
Robert Indiana
LOVE, 1968,
© 2017 Morgan Art Foundation / Artists Rights Society (ARS), New York / Adagp, Paris, 2017

 

Robert Indiana considérait le pop art comme le reflet du « rêve américain, optimiste, généreux et naïf »… comme la sculpture LOVE et sa double lecture  promesse d’amour ou promesse publicitaire d’un bonheur consommé ?

Anne-Laure FAUBERT

Singin’ in the rain : la pluie et le rire à Châtelet!

Le Châtelet s’est spécialisé dans les comédies musicales de haut vol, et c’est tant mieux. Le tout Paris de la communication se pressait à la Première du 12 mars, où officiait également Jean-Luc Choplin, aux premières loges.

Mythique, Singin’ in the rain l’est à plusieurs titres : il relate les débuts du cinéma parlant en 1927 et la disparition de tout un monde lié au muet. Sa chanson « I’m singing in the rain » a bercé des générations et fait partie de notre inconscient collectif. Issue du film éponyme sorti en 1952, celui-ci eut un grand succès notamment grâce à Gene Kelly, Debbies Reynolds et Donald O’Connor. Le Châtelet l’a adapté en reprenant même la pluie qui envahit la scène à deux reprises

Sous des dehors simples – un jeune homme d’origine modeste, Don Lockwood (magnifique Dan Burton), s’éprend d’une jeune actrice Kathy Selden (Clare Halse très inspirée par son rôle!), alors que sa partenaire à la scène, Lina Lamont a des vues sur lui et fait tout pour briser la carrière de la jeune femme – cette comédie interroge sur le sens que l’on souhaite donner à sa vie, l’amour et la réussite.

Lina Lamont, star du cinéma muet, refuse de s’adapter aux nouveaux enjeux et les leçons de diction rappellent par certains aspects celles de My fair lady (cf mon billet ici). Au contraire Don et son compère Cosmo se prêtent au jeu et finissent la leçon en entrainant leur imposante professeur dans une danse cocasse. Les essais de film avec le doublage de la voix de Lina par celle de Kathy donnent lieu à de beaux fous rires.

On rit beaucoup dans cette comédie, tout comme les acteurs qui semblent y prendre un malin plaisir. Les passages dansés sont excellents, qu’il s’agisse des numéros de claquettes ou de Broadway (chorégraphie de Stephen Mear) et la mise en scène de Robert Carsen et les costumes d’Anthony Powell nous replongent dans les années 30 avec l’émancipation du vêtement féminin. On rêve un instant d’une mise en scène et de décors réalisés par des femmes, le résultat aurait été moins fantasmé par moment (danseuses sortant d’un gâteau et danses qui s’ensuivent, shorts très échancrés rappelant la poupée barbie)…

The King and I: un chassé croisé amoureux…

Soirée du Vendredi 20 juin – Livret de Oscar Hammerstein II, musique de Richard Rodgers, chorégraphie originale de Jerome Robbins, direction musicale: James Holmes – Nouvelle production du théâtre du Châtelet

Je suis sortie du théâtre du Châtelet en me disant que c’était la seule salle qui proposait à la fois des spectacles grand public de qualité, des ballets (les étés de la danse) et des spectacles étrangers pointus: Jiuta, Le Pavillon des pivoines en 2013 (cf ce billet)…

Genre décrié en France, la comédie musicale permet de faire passer certains messages en douceur. 

The King and I est une histoire vraie, celle d’une jeune veuve galloise Anna Leonowens, recrutée par le roi de Siam en 1862 pour enseigner à ses – nombreux -enfants l’anglais, la géographie et les manières occidentales. Le roman Anna et le roi de Siam écrit par Margaret Landon et publié en 1944 en reprend quelques éléments. Le musical de Broadway en 1951 est un succès.

Groupe - The King & I - Anne-Laure Graf

Dès le début, le ton est donné: Anna (Christine Buffle) est une femme de caractère qui exige du Premier ministre du Siam que l’accord passé entre le Roi et elle, à savoir avoir sa maison en dehors du palais, soit respecté. Lorsqu’elle rencontre le Roi (magnifique Lambert Wilson) elle réitère sa demande.

Le choc des cultures est violent, entre une jeune femme de l’époque victorienne toute corsetée, féministe avant l’heure, et un Roi despote habitué à ce qu’on lui cède ses moindres désirs, acceptant en cadeau du Roi de Birmanie, une jeune femme Tuptim (Je Ni Kim). La présentation de ses enfants, non pas les 67 mais ceux de ses épouses préférées à qui Anna devra faire cours, m’a fait songer à la conférence de Françoise Héritier (cf ce billet) sur la fabrication de deux castes; la première, masculine, pensant que tout lui est dû, la seconde, féminine, habituée à être au second rang. Alors que les filles du souverain avancent avec respect et se retirent la tête baissée, le Prince héritier, Chulalongkorn, arrive en conquérant et oblige Anna à s’incliner devant lui.

La pièce fait réfléchir au bonheur, à la définition de l’amour… Si elle n’évite pas quelques clichés – le Siam doit être occidentalisé et ne peut recevoir que des enseignements positifs de la Grande-Bretagne, elle permet de confronter deux visions du monde, l’une où la femme est un être inférieure et l’autre où homme et femme sont complémentaires. Une réflexion qui reste d’actualité aujourd’hui…

The King and I - Anne-Laure Graf

Cette comédie est magistralement interprétée, qu’il s’agisse des scènes de groupe ou des moments plus intimistes. La représentation de la Case de l’Oncle Tom est à mourir de rire, entre déformation des noms américains, omniprésence des danses et gestuelles asiatiques et miracle opéré par Bouddha. La polka endiablée entre le Roi et Anna est un très beau duo amoureux… L’humour est au rendez-vous, notamment dans la lutte entre ces 2 personnages, entre remarques perfides et jeu sur la position du corps, personne ne devant être plus haut que le Roi… même lorsqu’il est allongé…

Informations pratiques: Théâtre du Châtelet jusqu’au 29 juin 2014.

Retour sur la Première de Mille / Cullberg

Les ballets Fall River Legend d’Agnes de Mille et Mademoiselle Julie de Birgit Cullberg ont un point commun: des chorégraphes femmes mettent en scène une femme confrontée à sa famille ou son milieu.

Fall River Legend part d’un fait divers: en 1892, en Nouvelle Angleterre, une vieille fille, Lizzie Borden, tue ses parents à coups de hache.

Mademoiselle Julie, pièce de théâtre d’August Strindberg, relate les amours d’une jeune aristocrate qui, ayant succombé au péché de chair avec son valet avant son mariage, préfère se suicider.

Fall River Legend (1948) commence par le jugement de l’Accusée, magnifiquement interprétée par Alice Renavand qui se remémore ensuite son enfance essayant de comprendre ce qui a pu la pousser à ce crime: mort de sa mère, remariage de son père, amour contrariée avec le Pasteur… Le ballet utilise à la fois les techniques cinématographiques et de grand spectacle: Agnes de Mille a grandi à Hollywood où son père et son oncle travaillaient dans le cinéma; elle a elle-même réalisé des mises en cène pour Broadway.

Alice Renavand, nouvelle étoile du ballet de l’Opéra de Paris, marque ce ballet de sa présence mystérieuse, arrivant à nous faire entrer dans le psychisme de son personnage. Une très belle performance…

Mademoiselle Julie (1950) adaptée de la célèbre pièce de Strindberg, faisait son entrée en répertoire de l’Opéra de Paris. La chorégraphe oppose deux mondes, celui de l’aristocratie avec une demoiselle toute en finesse de pointes…et caprices –  interprétée par Aurélie Dupontet celui des domestiques aux danses pataudes et pieds plats, technique si chère au fils de Cullberg, Mats Ek. Entre ces 2 mondes, Jean, le valet, interprété par un Nicolas Le Riche cabotin (trop?) et goujat « à souhait ». S’il a repris certains gestes de ses maîtres, il n’en reste pas moins un homme issu de sa classe sociale et sa « victoire » sur Mademoiselle Julie en est le symbole. Il inverse alors les rôles de maître / valet et se conduit en malotru fini. Violée et honteuse, le jeune femme « voit » ses ancêtres la réprimander et décide de se tuer… aidée de Jean qui ne s’aperçoit que trop tard du rôle qu’il vient de jouer…

Une soirée sombre dominée par les trois étoiles Alice Renavand, Aurélie Dupont -dont le « numéro du chat » sur la table m’a laissée perplexe et Nicolas Le Riche.

Une soirée diversement interprétée et appréciée par les journalistes et bloggueurs…