Une centaines d’estampes du British Museum à la Fondation Custodia pour parler du Rêve Américain…

La Fondation Custodia située dans le 7ème arrondissement parisien présente l’exposition “Le Rêve Américain : du Pop-Art à nos jours”, à la scénographie minimaliste. Constituée d’estampes de 42 artistes, en provenance du British Museum elle se tient jusqu’au 2 septembre 2018 pour la première fois en France.  Beaucoup de grands noms d’artistes figurent dans cette exposition comme Jim Dine, Jasper Johns, Kara Walker, Ed Ruscha, Andy Warhol… Le point commun de tous ces artistes, même s’ils n’appartiennent pas au même mouvement, est qu’ils sont confrontés à l’imprimé pour réussir à créer des images marquantes des Etats-Unis au cours des dernières décennies.

 

Johns
Jasper Johns, Flags I, 1973
Sérigraphie en couleur. – 675 x 850 mm / 699 x 889 mm (feuille)
© Trustees of the British Museum et © Jasper Johns / Adagp,
Paris, 2017

 

Cette exposition permet de retracer au fil du temps, grâce aux estampes, la créativité ainsi que les différents mouvements apparus au cours des six dernières décennies de l’Art américain.  Chaque estampe est une représentation du reflet des Etats-Unis dans le monde et permet à chacun de faire son propre commentaire sur l’image que donnent les Américains de leur pays..

 

Estes
Richard Estes, Grant’s, du portfolio Urban Landscapes, 1972
Sérigraphie en couleur. – 365 x 515 mm / 500 x 700 mm (feuille)
© Trustees of the British Museum et © Richard Estes, courtesy Marlborough Gallery, New York

 

Connaissez-vous vraiment l’Art des Etats-Unis ? L’objectif principal de cette exposition est d’encourager le public français à apprécier l’Art américain et aussi à l’étudier. Depuis le Pop-Art, de nombreux mouvements artistiques se sont succédés. Comme pour chaque exposition, le but est de comprendre pourquoi les artistes ont choisi d’appartenir à un mouvement tout en développant un style personnel. L’exposition permet de montrer l’élan de créativité qui a caractérisé l’art imprimé aux Etats-Unis. On remarque tout au long de celle-ci que tout artiste est engagé et souhaite montrer la réalité politique et sociale du pays à un moment donné. Cette exposition laisse libre à chacun d’imaginer et de percevoir les Etats-Unis. Elle est une ouverture sur l’Art et exprime aussi toutes les perceptions qu’une personne peut avoir sur l’Art.

Je recommande absolument cette exposition qui se tient de surcroit dans un lieu surprenant et magnifique !  Faites un tour dans les collections permanentes !

Tiphaine LATROUITE

La reine morte de Kader Belarbi au Capitole: un ballet contemporain classique

Ballet du Capitole – Toulouse – Dimanche 22 février 2015

Mes amis le savent, je suis capable de faire des allers-retours impromptus pour voir une expo – comme celle sur le royaume africain d’Ifé il y a quelques années au British Museum – ou des ballets, comme en octobre dernier Les forains de Roland Petit à Toulouse (voir la critique ici).

La reine morte d’Henry de Montherlant, écrite en 1942, est une de mes pièces de théâtre préférée car elle traite du pouvoir, de la paternité et de l’amour. Partant d’un fait historique réel – en 1340 le roi Alphonse IV du Portugal oblige son fils à épouser Constance de Castille alors qu’il aime Inès de Castro puis fait tuer cette-dernière – Montherlant en fait le crépuscule d’un homme faible, le roi, perverti par le pouvoir et la solitude.

Mon amour pour cette pièce m’a poussée il y a quelques années, lors de vacances à Lisbonne, à me rendre au monastère d’Alcobaça où est enterrée Inès de Castro (cf ce billet)

Tombeau d'Inès de Castro
Tombeau d’Inès de Castro

Rajoutez à ces faits que Kader Belarbi est un de mes danseurs préférés, et me voici en route pour Toulouse!

Créé en 2011, ce ballet est une libre interprétation de la pièce. D’insouciant au début, voire nonchalant avec son père, Don Pedro  – Davit Galstyan -se révèle un homme courageux, déterminé et… parricide lorsqu’il étrangle son père après le meurtre d’Inès. Inès, interprétée par Maria Gutierrez, est à la fois follement amoureuse et déterminée, fine négociatrice face à un roi inflexible. Valerio Mangianti interprète le roi Ferrante en en faisant un être inflexible entouré de sbires démoniaques à la limite du sado masochisme. Son refus de cautionner l’amour de son fils, son ordre de le battre puis de faire assassiner Inès posent des questions psychologiques à la limite de la névrose: n’envie-t-il pas la jeunesse de son fils, sa fougue amoureuse et la volonté de vivre la vie qu’il a choisie? Aime-t-il lui aussi Inès ou au contraire rejette-t-il les femmes? Des non-dits qui planent volontairement sur un ballet nettement dominé par des rôles masculins, dans la lignée de Noureev. Seules deux femmes jouent un rôle important, la première pure et amoureuse, Inès de Castro, la seconde l’Infante – Juliette Thélin – véritable amazone dans sa robe coque dorée, livre un solo glaçant et crie vengeance.

Copyright: Ballet du Capitole
Copyright: Ballet du Capitole

Bien que conçu en 2011 ce ballet reste profondément classique: le divertissement des quatre bouffons rappelle les danses de caractère des ballets classiques, les magnifiques pas de deux amoureux sont dignes des grands ballets classiques. L’acte en blanc des mariées défuntes – dans la droite ligne des Sylphides et Wilis – m’a paru personnellement de trop. Le choix de morceaux de musique de Tchaïkovski , dont certains très connus, ainsi que de somptueux et colorés décors et costumes, inscrivent cette oeuvre dans les grands ballets narratifs comme ceux de Mac Millan et de Cranko. On sent cependant des références contemporaines comme le jeu de drapés rappelant Kaguyahimé de Kylian (cf ma critique) et les sbires maléfiques rappellent en  bien plus inquiétants ceux de Roméo et Juliette de Noureev (cf ce billet).

Ce ballet est avant tout une très belle histoire d’amour contrariée magnifiquement interprétée par Maria Gutierrez, au port de bras délicat, et Davit Galstyan à la danse nerveuse et volontaire. Leurs pas de deux sont à inscrire selon moi dans les plus beaux duos romantiques donnés par la danse.