Dans l’intimité de la collection d’Adèle de Rothschild…

Vendredi 7 juillet 2017 nous avions rendez-vous à l’Hôtel Salomon de Rothschild pour une visite du cabinet de curiosité de la baronne Adèle de Rothschild.

Fa+ºade sur cour de l'H+¦tel Salomon de Rothschild -® FNAGP (4)
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Une avant-première pour un cabinet tout juste ouvert au public, pour des petits groupes cet été, puis sur rendez-vous pour des particuliers à partir de septembre.

Un hôtel particulier situé dans le VIIIe arrondissement sur l’ancien emplacement de la Folie Beaujon à l’initiative de la baronne entre 1874 et 1878.

A la mort de son mari – et cousin car Adèle est une Rothschild par naissance et mariage – en 1864 alors qu’il n’a que 29 ans et après seulement deux ans de mariage, Adèle de Rothschild décide ainsi de lui rendre hommage. Elle va y vivre jusqu’à sa mort, d’abord aux côtés de sa fille Hélène, puis seule, entourée d’une quarantaine de domestiques. On sait peu de choses de sa vie. Elle est riche, veuve et ne se remarie pas. C’est ici qu’elle va conserver et étendre l’immense collection d’art que son mari avait entamé. Les trésors qu’elle recèle sont dispersés dans plusieurs grands musées français (Le Louvre, Cluny, Ecouen…). A sa mort la baronne lègue son hôtel à l’Etat, en spécifiant dans son testament que le cabinet de curiosité devra rester intact, comme un témoignage posthume de son goût pour l’art.

Escot, Portrait de la baronne de Rothschild -® Barnab+® Moinard_FNAGP

CHARLES ESCOT, Portrait de la baronne Adèle de Rothschild, 1868, Pastel. © Barnabé Moinard/ FNAGP

En groupe de 10 personnes maximum, nous pénétrons dans un lieu qui ressemble à un mausolée, une crypte. L’impression de se trouver dans un lieu de culte est renforcée par la présence de vitraux anciens aux murs. La pénombre règne, armés de nos lampes de poche nous partons à la découverte des trésors qui s’y dissimulent.

Vue de l'int+®rieur du cabinet de curiosit+®s de l'H+¦tel Salomon de Rothschild -® Barnab+® Moinard_FNAGP (7)

Vue de l’intérieur du cabinet de curiosités de l’Hôtel Salomon de Rothschild © Barnabé Moinard/ FNAGP

Il est rare d’entrevoir une telle profusion artistique, dans un espace aussi restreint. La pièce ne fait qu’une trentaine de mètres carrés, pourtant on peut y contempler quarante siècles d’histoire. Aux cotés d’un marbre de Rodin on trouve les vestiges d’une statue romaine.

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Tout est surprenant, précieux, extraordinaire. Au centre de la pièce trône un bureau Mazarin en marqueterie. On s’arrête devant une céramique émaillée, la conférencière nous explique qu’il s’agit probablement d’une œuvre de Della Robbia. Une vitrine entière est consacrée à la collection de porcelaines françaises de la baronne. Outre ces œuvres européennes, on admire aussi un certain nombre d’objets plus exotiques : une statue de Bouddha sculptée dans un seul bloc de jade, des vases iraniens, des armes turques, et surement le plus étonnant, deux vases chinois décorés de plumes de martin-pêcheur.

Portrait du baron Salomon de Rothschild, R1537 -® FNAGP
Portrait du baron Salomon de Rothschild © / FNAGP

Mais qu’est ce qu’un cabinet de curiosité? Concept apparu en Europe au XVIe siècle, il ressemblait des objets aux provenances et typologies hétéroclites évoquant la richesse, la beauté et la diversité du monde.

Au delà du précieux témoignage historique et artistique c’est aussi l’aspect intime de ce lieu qui nous touche. En pénétrant au sein de ce cabinet, on entrevoit la vie privée de la baronne qui, paraît-il, aimait s’y recueillir en fumant des cigares et en buvant du whisky. Cette femme veuve à 22 ans, consacra sa vie aux artistes et joua un rôle de mécène pour beaucoup d’entre eux.

Cette vocation est poursuivie aujourd’hui par la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques (FNAGP) qui regroupe le legs de la baronne de Rothschild aux côtés de celui des sœurs Smith-Champion dans une fondation ayant pour but de soutenir les artistes tout au long de leur vie. Ces « trois fées » qui ne se connaissaient pas veillent sur le berceau de la Fondation. Créée en 1976 à l’initiative de Bernard Anthonioz, elle dirige son action autour de quatre pôles : les aides aux projets d’artistes (sous la forme de bourses de soutien), les ateliers d’artistes situés à Nogent-sur-Marne, les expositions au sein de la Maison d’Art Bernard Anthonioz et la maison nationale des artistes (maison de retraite pour les artistes). Ainsi le souhait de la baronne, qui voulait associer le nom de son mari (et le sien) à l’art a été réalisé.

Hôtel Salomon de Rothschild – 11 rue Berryer – Paris VIIIe

Anne-Laure FAUBERT et Alice PAILLAT

Instants de grâce au musée Guimet – la nouvelle présentation des salles Japon et Corée

Ce mardi 5 juillet 2016 il y avait foule pour admirer l’exposition Miroir du désir, estampes japonaises représentant la femme, ainsi que la nouvelle présentation des salles Japon et Corée, dans le prolongement des salles Chine, ré-ouvertes en décembre 2015.

Musée Guimet_05.07.2016

La médiation repensée met en évidence les salles dédiées aux grands donateurs, mécènes, diplomates et explorateurs, tout en soulignant les grands domaines et techniques des arts décoratifs, intégrant aussi l’art le plus contemporain. Elles répondent à une meilleure mise en valeur de l’espace autour d’un principe d’unité thématique ainsi qu’une plus grande clarté dans la présentation chronologique.

Musée Guimet

 

Cette soirée était agrémentée de chants et musique sacrés (dont la vidéo n’est malheureusement pas passée en téléchargement sur mon blog) de toute beauté.

A titre personnel, je suis tombée en admiration devant des peignes japonais, longuement contemplés, l’armure du Samourai, le mobilier, les masques du théâtre Nô (du 14ème au 16ème siècle) et les porcelaines.

Musée Guimet

Le dialogue entre art classique et contemporain va de soi et ne choque si l’oeil ni l’esprit.

Musée Guimet

Pour agrémenter cette soirée privée, un concert reprenant musique et chants sacrés, m’a ravie l’âme…

Je n’ai jamais caché mon amour pour ce musée dont je parlais dès la création de mon blog en 2010 avec mon article Bouddha chez Apollon et en 2012 avec Teatime à Guimet.

Merci pour ces moments apaisants et intellectuellement très forts. Il faut un grand effort pour appréhender ces cultures…

Bouddha chez Apollon…

La représentation de Bouddha s’inspirerait-elle de celle d’Apollon?

Oui, si l’on en croit l’exposition qui vient de se terminer au Musée Guimet de Paris, « Pakistan – terre de rencontre – Ier-VIème siècles – Les arts du Gandhara ».

Ancien royaume d’influence hellénistique qui recouvre les provinces du Nord-Ouest de l’actuel Pakistan, le Gandhara trouve son essor entre le Ier et le IIIème siècle de notre ère, au temps des successeurs d’Alexandre le Grand et de l’empire Kouchan.

Au confluent des mondes romain, han, grec, terre de Bouddhisme,  le Gandhara « voit naître et se développer une civilisation brillante mêlant les influences grecques, fruits des conquêtes d’Alexandre le Grand, aux inspirations perses et indiennes. »

Nous sommes accueillis par des statues d’Apollon, d’Athéna, d’Atlas, de Pysché. Les formes sont grecques, assurément : le nez, les thèmes, les représentations des Dieux avec leurs attributs. Les représentations de Bouddha étonnent par la finesse du nez, ce fameux nez grec que l’on retrouve dans la sculpture grecque, l’aspect bouclé des cheveux, la présence de la toge… Alors oui, la représentation de Bouddha dans la pierre se serait faite grâce à l’apport grec.

Au fur et à mesure de l’exposition l’influence indienne se fait sentir: les yeux se brident, les formes deviennent plus volupteuses. Les bas-reliefs rappelent à la fois ceux d’Asie et ceux d’Europe, métissage magnifique des cultures…

Cette exposition a le mérite de poser la question, taboue parfois, de l’influence en art religieux.  On en ressort heureux et impressionné…