Gustave Moreau: vers le songe et l’abstrait…

Gustave Moreau (1826-1898) est l’un de mes peintres préférés, découvert en 1998 lors de mon retour en France pour mes études supérieures, avec la magnifique exposition au Grand Palais… J’apprécie aussi beaucoup sa maison atelier, dans le 9° arrondissement avec les œuvres de l’artiste et l’atmosphère surannée qui s’en dégage… Comme s’il nous attendait…

MUSEE GUSTAVE MOREAU, PARIS 9, FRANCE

Quelle ne fut pas ma joie lors de l’annonce de la nouvelle exposition « Gustave Moreau: vers le songe et l’abstrait« ! Une nouvelle façon d’aborder cet artiste, sous l’angle de l’abstrait? En réalité l’exposition est bien plus complexe…

« Mais il n’y a-t-il donc rien de plus dans l’art? Si fait. Il y a cet au-delà abstrait qui transporte l’esprit et l’âme dans les domaines rares et sacrés de l’imagination où les génies purs savent seuls vous conduire » écrit Gustave Moreau. L’artiste a donc une vision mystique de l’abstraction, perception que l’on retrouve également chez Zao Wou Ki selon moi.

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L’idée de cette exposition était de partir de son « placard aux abstraits » qui ferait de l’artiste « le grand-père de l’abstraction » selon un peintre américain. En effet, ces œuvres, qui sont le matériau de l’exposition, sont d’abord vues dans les années 1900 comme des ébauches, avant qu’André Breton ne reconsidère en 1957 la peinture du XIXe siècle à l’aune de l’art abstrait et contemporain. En 1961, l’exposition au Louvre sur Gustave Moreau fait le lien entre le peintre et le fauvisme.

Les commissaires de l’exposition ont décidé de faire table rase et de partir des faits pour construire l’exposition. En effet, 430 « essais de couleurs » sur papier sont conservés au musée et le terme « abstrait » apparaît 11 fois dans les écrits de Gustave Moreau, comme synonyme d’effets plastiques, d’au-delà ou de songe… Des significations d’où provient le titre même de l’exposition et qui rappelle que l’artiste se considérait lui-même comme un pont: on passe… ou pas… On adhère… ou pas…

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Gustave Moreau: Ébauche. Plantes marines pour Galatée

Cette exposition commence par le magnifique Triomphe d’Alexandre et se termine par des œuvres abstraites de pure jouissance de la matière et de la couleur.

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Gustave Moreau : Le Triomphe d’Alexandre Le Grand © RMN-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda

Dans Le Triomphe d’Alexandre, l’oeuvre est faite en deux temps. L’artiste effectue d’abord une recherche très élaborée des motifs, puis distribue les couleurs par petites touches, jamais indépendantes des valeurs. Au fur et à mesure de l’exposition, les œuvres sont de plus en plus abstraites, soit parce qu’il s’agit d’ébauches montrées au public: Gustave Moreau utilisait des feuilles de papier pour ôter le trop plein des pinceaux et regarder la dilution des pigments, soit parce qu’il retravaillait ces tâches pour en faire de véritables œuvres…

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Gustave Moreau _ Palette d’aquarelle © RMN-Grand Palais / Tony Querrec

 

Si l’exposition est louable et intéressante par son propos, j’avoue avoir été moins convaincue par le déroulé mais ravie de contempler de nouveau les œuvres de l’artiste…

 

Anne-Laure FAUBERT

Jusqu’au 21 janvier 2019 – Musée Gustave Moreau – 14, rue de la Rochefoucauld

 

« Zao Wou-Ki : L’espace est silence »…

« L’espace est silence »… Cette expression d’Henri Michaux exprime ce que l’œuvre de l’artiste chinois Zao Wou Ki (1920-2013), naturalisé français par André Malraux, lui a inspiré. Et c’est en effet le silence qui se fait devant ces grandes toiles semi-abstraites.

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Zao Wou Ki est l’un de mes peintres préférés car ses tableaux – il n’aimait pas le mot paysage pour les désigner – m’apaisent, tout en m’invitant à l’introspection. Ses œuvres ont une dimension transcendante forte, tant par les couleurs et les (grands) formats choisis que par les thèmes qui se dévoilent à qui veut bien les voir.

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Zao Wou-Ki, Sans titre, 2006 Encre de Chine sur papier; collection particulière Photo : Naomi Wengner Zao Wou-Ki © ADAGP, Paris, 2018

Zao Wou Ki est un artiste au croisement de trois mondes, la Chine qu’il quitte en 1948, la France et les Etats-Unis. Il appartient à la scène parisienne qu’il apprécie tout en percevant la vitalité de la peinture américaine. Familier des grands artistes de son temps comme Pierre Soulages ou René Char, Zao Wou Ki symbolise une synthèse réussie entre la civilisation européenne et asiatique. En effet on retrouve dans son Art quelques caractéristiques de la culture chinoise comme le lien avec la nature, l’utilisation de l’encre de Chine… 

 

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Zao Wou-Ki, Hommage à Claude Monet , février-juin 91 – Triptyque, 1991 Huile sur toile 194 x 483 cm Collection particulière Photo : Jean-Louis Losi Zao Wou-Ki © ADAGP, Paris, 2018

 

J’avais eu la chance de visiter la sublime exposition La quête du silence en 2004 au musée Fabre de Montpellier… Celle présentée par le Musée d’art moderne est bien plus petite et ne reprend qu’une partie de son œuvre, loin de la rétrospective de 2003 au musée du Jeu de Paume à Paris.

L’exposition souhaite en renouveler la lecture et invite à une réflexion sur le grand format. Elle débute avec la Traversée des apparences (1956) étape décisive où le peintre adopte une expression nouvelle « abstraite », mot qu’il n’aimait guère. Ce n’est qu’au moment où sa peinture s’écarte de toute volonté représentative que les grands formats s’imposent réellement dans son œuvre.

 

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Zao Wou-Ki, Traversée des apparences, 1956 Huile sur toile 97 x 195 cm Collection particulière Photo : Dennis Bouchard Zao Wou-Ki © ADAGP, Paris, 2018

 

Les années 1954-1966 s’avèrent des années de mutation où les pictogrammes hérités de la culture chinoise disparaissent progressivement. La seconde salle aborde les années 1970 placées sous le signe de la perte de la deuxième femme alors que la troisième salle, des années 1980 au milieu des années 2000 montre les variations auxquelles s’essaie l’artiste. La possibilité de peindre de très grands formats dans son atelier du Loiret donne naissance à des toiles de toute beauté, où « abstraction » et présence de la nature se confrontent.

 

Mais laissons le mot de la fin au directeur de Fabrice HERGOTT, directeur du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris:  « Notre regard habitué à davantage de brutalité – une brutalité que le regard prend pour de la franchise – ne se rend compte que progressivement que ces élégants lacis de formes et de couleurs ont une redoutable structure qui se déploie dans l’espace du tableau avec une surprenante aisance. Les grandes œuvres sont des énigmes. […] Il y a dans les œuvres de Zao Wou-Ki une unité dans la composition qui en fait autre chose qu’un art informel. »

Anne-Laure FAUBERT