Amadeo de Souza-Cardoso au Grand Palais : un pari audacieux mais réussi

Peintre d’origine portugaise décédé à 30 ans de la grippe espagnole, Amadeo de Souza-Cardoso (1887-1918) n’est pas un peintre connu du grand public. En 2000, l’historien d’art américain Robert Loescher le qualifiait d’un « des secrets les mieux gardés du début de l’art moderne ». Lui consacrer une exposition au Grand Palais, après Velázquez et Vigée Le Brun était donc selon moi un pari audacieux.

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Titre inconnu (clown, cheval, salamandre) – Amadeo de Souza-Cardoso – vers 1911-1912 – Lisbonne, CAM, Fundaçao Calouste Gulbenkian, photo: Paulo Costa

« L’art, tel que je le sens, est le produit émotionnel de la nature. Et la nature, source de vie, de sensibilité, de couleur, de profondeur, d’action mentale » écrit l’artiste en 1915.

Un intérêt pour la nature qui traverse toute son œuvre, tout comme les motifs de la chasse et du cavalier, récurrents dans ses peintures et ses dessins. Un univers personnel en lien avec l’héraldique, le monde médiéval, les arts premiers tout étant très novateurs, que j’ai personnellement beaucoup aimé car pile dans ma période d’histoire de l’art préférée.

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Lévriers-  Amadeo de Souza-Cardoso – vers 1911 – Lisbonne, CAM, Fundaçao Calouste Gulbenkian, photo: Paulo Costa

Présent au Grand Palais en 1912, Amadeo de Souza-Cardoso y expose au Salon d’Automne Avant la Corrida, toile qui figure ensuite dans la célèbre exposition de l’Armory Show aux Etats-Unis en 1913.

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Le saut du lapin – 1911 – Amadeo de Souza Cardoso
Arthur Jerome Eddy Memorial Collection- The Art Institute of Chicago

Proche de Modigliani et Brancusi, figure de l’Avant-garde parisienne, Souza-Cardoso est issu d’une famille de la riche bourgeoisie rurale portugaise. Il évolue de 1906 à la fin de sa vie en 1918 entre ses deux mondes, éternel insatisfait.

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Cariatide, Amedeo Modigliani – vers 1911 – collection particulière -Copyright Studio Sébert – Photographes

On perçoit entre l’artiste et Modigliani une influence dans le style qui va bien au-delà de leur amitié : ressemblances graphiques évidentes, intérêt pour les arts premiers… Leur traitement de la figure féminine diffère toutefois : cariatides intemporelles pour Modigliani, femmes en mouvement pour Souza-Cardoso.

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Sans titre (fileuse) – 1913 – Amadeo de Souza Cardoso –  collection particulière – Photo José Manuel Costa Alves

Une exposition que je vous invite fortement à découvrir au Grand Palais, jusqu’au 18 juillet 2016.

 

Velázquez et la famille de Philippe IV au Prado ou les femmes comme monnaie d’échange dynastique

Une très belle exposition se tient au Prado jusqu’au 8 février. De taille réduite elle présente 30 tableaux venus de Vienne, Paris, les Etats-Unis, des collections privées et bien sûr, du Prado.

Diego_Velázquez_Famille royales espagnole

Rappelant brièvement par 4 tableaux la carrière du peintre à la cour papale en 1650, cette exposition retrace les 11 dernières années de la carrière de Velázquez et de ses successeurs comme peintres officiels.

Il y a 3 ans, lors de ma découverte du Prado, j’avais été effrayée par l’endogamie de la famille royale espagnole ainsi que par le nombre de mariages contractés par les rois, les reines mourant souvent en couche. Philippe II d’Espagne épouse ainsi successivement 4 femmes.

Cette exposition montre de façon criante la ressemblance entre ces souverains qui, à force d’épouser leur nièce, finissent par avoir un coté « fin de race ».

Ainsi Philippe IV épouse, à la mort de sa femme âgée de plus de 40 ans, Marianne d’Autriche, destinée à son fils décédé auparavant (vous me suivez ?). Ladite Marianne était plus jeune de 29 ans que son oncle-roi-mari et plus âgée de 4 ans que la fille du roi, sa cousine, Marie-Thérèse, qui épouse Louis XIV.

Une pièce de l’exposition est consacrée aux 2 cousines qui se ressemblent énormément : mêmes cheveux clairs frisés, forme du visage similaire.

Les enfants de Marianne et Philippe IV, l’infante Marguerite des Menines, Felipe et Carlos II sont également peints d’une façon nouvelle dans l’art du portrait officiel.

L'Infante_Marguerite_-_Diego_Velasquez

La belle infante meurt à 22 ans après avoir épousé son oncle; le jeune Felipe décède enfant. Quant à Carlos II dont sa mère assure la régence, à la mort du Roi, jusqu’à l’âge de ses 14 ans, il parait bien pâle et gringalet (pour rester poli)…

Le dernier tableau, magnifique, d’une jeune femme blonde habillée de noir, a longtemps été considéré comme celui de Marie Thérèse, épouse de Louis XIV, puis de Marianne. Il apparaît aujourd’hui comme représentant l’infante Margueritte après le décès de son père. Endogamie quand tu nous tiens…

Une très belle exposition qui montre l’évolution du portrait de cour, mais qui effraie sur la place de la femme, monnaie d’échange dynastique. Une politique matrimoniale qui se poursuit puisque au XVIII°s Goya peint la famille de Charles IV où les mariages oncle – nièce continuent…