Exposition « L’art du pastel de Degas à Redon » au Petit Palais : une plongée dans un genre longtemps sous-estimé

C’est en présence de la commissaire de l’exposition, Gaëlle Rio, que j’ai pu découvrir l’exposition « L’art du pastel de Degas à Redon » au Petit Palais.

Une exposition que je souhaitais voir surtout pour les pastels d’Odilon Redon, je dois l’avouer, et qui présente 130 des 200 pastels du Petit Palais, sans aucun prêt extérieur, selon un parcours historique et esthétique.

Vieil ange
Odilon REDON – Vieil ange 

Souvent considéré comme frivole et d’une pratique d’agrément féminine, le pastel gagne ses lettres de noblesse au XIX° siècle avec la création en 1885 de la société des pastellistes français. En 1889, lors de l’exposition universelle, un pavillon est dédié au pastel.

L’art du pastel connaît son âge d’or au XVIII° siècle comme en témoigne le portrait de la Princesse Radziwill de Vigée Lebrun qui ouvre l’exposition.

LA PRINCESSE RADZIWILL
La Princesse Radziwill d’Elisabeth Vigée Lebrun 

C’est toutefois dans le dernier quart du XIX° siècle puis au début du XX° siècle qu’il bénéficie d’un véritable renouveau. Le pastel offre en effet une alternative intéressante et moins onéreuse à la peinture à l’huile. D’œuvre d’agrément ou d’esquisse, le pastel devient progressivement une œuvre autonome, appréciée des artistes romantiques comme Jean-Baptiste Carpeaux.

 

Dans le parc
Berthe MORIZOT: Dans le parc

 

Le pastel naturaliste est le fait d’artistes souhaitant sortir de leur atelier pour aller au contact de la nature. Ils s’emparent alors du pastel, matériau léger et peu encombrant pour dessiner sur le motif. En effet, il ne nécessite pas de temps de séchage et le pastel  peut servir d’études préparatoires pour les œuvres, même s’ils finissent souvent leurs œuvres en atelier. Cette technique permet par ailleurs à la bourgeoisie de se faire portraiturer à moindres frais et de fixer les traits et l’expression d’une personne plus rapidement que l’huile.

SUR CHAMP D'OR : MADAME LEMOINE, SOEUR DE L'ARTISTE
Charles-Lucien Léandre (1862-1930). « Sur champ d’or : Madame Lemoine, sœur de l’artiste », 1897. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

Cette exposition se décompose en quatre temps : le pastel naturaliste, impressionniste, mondain et symboliste. La dernière est celle qui m’a le plus séduite avec ses êtres surnaturels dans la droite ligne de Füssli et autres artistes du fantastique.

Anne-Laure FAUBERT

 

Le jardin secret des Hansen : la collection Ordrupgaard au musée Jacquemart André

C’est en compagnie de Pierre Curie, conservateur du musée Jacquemart André, que j’ai eu la chance de découvrir l’exposition « Le jardin secret des Hansen ». Après la collection d’Alicia Klopowitz, le musée laisse place à une autre collection, celle des danois Wilhelm (1868-1936) et Henny (1870-1951) Hansen, abritée actuellement au musée Ordrupgaard, situé à quelques kilomètres de Copenhague.

 

Monet Chailly-Fontainebleau 1865 Inv 250 WH.jpg
Claude Monet, Le Pavé de Chailly dans la forêt de Fontainebleau, 1865, huile sur toile, 97 x 130,5 cm. Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Pernille Klemp 

 

L’intérêt de Wilhelm Hansen pour l’art remonte à ses études. Il commence à collectionner l’art danois dans les années 1890. Une collection considérée alors par l’historien de l’art Peter Hertz comme « l’une des plus belles collections privées d’art danois. »

Hansen découvre l’impressionnisme à l’occasion de voyages en France. Dans les années 1916-1918, le couple constitue une collection unique en Europe du Nord, comprenant des œuvres de Corot, Manet, Monet, Renoir, Cézanne, Sisley et Gauguin…

 

Morisot Dame med vifte Portræt af Marie Hubbard1874 Inv200 WH Anders Sune Berg
Berthe Morisot, Femme à l’éventail. Portrait de Madame Marie Hubbard, 1874, huile sur toile, 50,5 x 81 cm, Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Anders Sune Berg

 

Chaque peinture est sélectionnée avec soin et le critique français Théodore Duret apporte son aide. L’objectif poursuivi par le couple de collectionneurs s’inscrit également dans la volonté de rendre accessible cette peinture française à un public scandinave. L’intention de départ était de rassembler douze œuvres de chacun des artistes les plus importants de Corot à Cézanne. Pour ce faire un consortium est fondé en 1918 pour des achats en bloc. Les peintures sont ensuite revendues pour en racheter d’autres.

Ce panorama complet de la peinture française du XIX° siècle, du pré-impressionnisme au fauvisme, débute par de magnifiques toiles de Corot, premier jalon de la collection, « dernier des classiques et premier des modernes ». Les tableaux acquis sont tous postérieurs à 1834, date du second voyage italien de l’artiste. « Il y a un seul maître, Corot. Nous ne sommes rien en comparaison, rien » déclare Monet en 1897. Un hommage qui résonne dans les choix des Hansen qui font dialoguer les paysages de Corot avec les variations atmosphériques de Monet.

 

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Claude Monet, Le Pont de Waterloo, temps gris, 1903, huile sur toile, 65,5 x 100,5 cm Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Anders Sune Berg

 

La collection nous offre ainsi un panorama de l’évolution du paysage au XIX° siècle. On découvre des « tableaux banals et joyeux » selon l’expression de Pierre Curie dont le sujet importe peu, puisque seule compte la vibration de la couleur. On retrouve chez les Hansen ce goût des collectionneurs du Nord comme Chtchoukine pour les grands noms de la peinture comme Cézanne et Monet.

 

Courbet Le change Chevreuil1866 Inv277 WH
Gustave Courbet, “Le Change, épisode de chasse au chevreuil (Franche-Comté, 1866)”, 1866, huile sur toile, 97 x 130 cm. Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Anders Sune Berg

 

L’exposition nous emmène ensuite à la redécouverte de Pissarro, Sisley et Guillaumin. Les tableaux de Pissarro retracent les principales périodes de création de l’artiste alors que ceux sélectionnés pour Sisley se concentrent sur les paysages d’Ile de France. Une nature moderne de Redon datant de 1901 se révèle d’une grande modernité puisqu’on retrouve ce type de peintures dans les années 1930.

 

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Claude Monet, Le Pont de Waterloo, temps gris, 1903, huile sur toile, 65,5 x 100,5 cm Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Anders Sune Berg

 

La peinture de Degas sur la Nouvelle Orléans nous rappelle qu’une partie de sa famille était américaine (et une autre napolitaine) et nous dévoile la touche quasi pompier de ses débuts.

 

Gauguin Jeune fille Vaite Jeanne Goupil 1896 Inv224 WH
Paul Gauguin, Portrait d’une jeune fille, Vaïte (Jeanne) Goupil, 1896, huile sur toile, 75 x 65 cm Ordrupgaard, Copenhague © Ordrupgaard, Copenhague / Photo : Anders Sune Berg 

 

Gauguin, qui eut cinq enfants avec son épouse danoise, clôt l’exposition avec notamment son énigmatique Portrait de jeune fille (1896) peint frontalement, semblable à une déesse égyptienne tout en étant absente à elle-même. Un tableau semblable à ceux que l’on retrouve chez Picasso dix ans plus tard dans sa période bleue.

Un jardin secret pictural à découvrir d’urgence!

Anne-Laure FAUBERT

 

 

Jusqu’au 22 janvier 2018 au musée Jacquemart André