Virsky, ensemble national d’Ukraine: une soirée dominée par la danse masculine

Si le Palais des Congrès n’a pas souvent bonne presse parmi les balletomanes pour ses spectacles très grand public – on est en effet loin des ballets pointus que peuvent présenter Chaillot, le théâtre de la Ville ou parfois l’Opéra de Paris – il a le grand mérite selon moi de démocratiser la danse grâce à des spectacles de qualité. C’est ici que j’y ai vu en 2015 une sublime Giselle avec le port extraordinaire des bras et la gracilité des doigts de Svetlana Zakharova. 

Virsky, ensemble national d’Ukraine ne déroge pas à la règle avec ses danses folkloriques de haut vol.

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Crédits Photo: Virsky

Fondée en 1937 par Pavlo Virsky et Mykola Bolotov, la compagnie  Virsky est ensuite dotée d’une école qui permet de former des jeunes danseurs professionnels et plus de 300 enfants y étudient actuellement. Le fondateur Pavlo Virsky (1905-1975) est un danseur classique fasciné par les danses folkloriques et leurs « couleurs, » « incroyables émotions » et « pureté de leur expression ».

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Crédits Photo: Virsky

Le spectacle présenté à Paris offre un aperçu coloré et dynamique des traditions ukrainiennes. Une arme de diplomatie culturelle à l’heure où l’Ukraine connaît une guerre en Crimée dont peu de journaux parlent.

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Crédits Photo: Virsky

Alternent danses de groupe, comme le hopak, symbole de la danse ukrainienne, scènes de genre comme ces jeunes filles qui cherchent un homme qui leur posera une couronne de mariée sur la tête, pantomime truculent et danses masculines viriles, auxquelles succèdent des danses féminines plus graciles. 

Se dessinent en filigrane le portrait d’une société inspirée par un Orient que je croyais plus russe qu’ukrainien avec la troisième danse chatoyante aux accents tziganes, l’importance de la figure masculine du Marin (et d’Odessa) et du Cosaque avec les danses – attendues? – des sabres et des lances, et une féminité gracile, un peu en retrait. Car c’est en effet la danse masculine qui est magnifiée ce soir, dans la droite ligne de ce que fit Noureev en son temps à l’Opéra de Paris: redonner au danseur ses lettres de noblesse avec ses cabrioles et ses sauts acrobatiques à en avoir le tournis.

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Crédits Photo: Virsky

A découvrir de toute urgence jusqu’au 9 décembre au Palais des Congrès

 

Anne-Laure FAUBERT

 

Les étoiles pour le Japon… un spectacle émouvant et réussi

L’amphithéâtre du Palais des Congrès faisait face à une foule très dense hier soir vers 20h, à forte majorité japonaise.

Le spectacle Les étoiles pour le Japon a commencé de façon émouvante: des images doublées d’une musique sur le Japon avant et après le 11 mars 2011. Ni mélodrame, ni grand discours, juste ces images sur le basculement entre l’avant et l’après. Et je n’étais pas la seule à avoir les larmes aux yeux…

Les 18 morceaux de danse choisis alternaient :

– passages très classiques et très « Grande Russie » comme La belle au bois dormant acte III (sourire trop figé et artificiel de la danseuse Maria Kochetkova, question sur l’unité de ce couple: elle et Sergei Polunin avient-ils beaucoup dansé ensemble avant la représentation?), Le Lac des cygnes ( Le cygne noir pas de deux), Le corsaire et Don Quichotte (pas de deux)

 tous les quatre chorégraphiés par Marius Petipa (qui est Français ne l’oublions pas ; ) même s’il symbolise l’école classique russe) avec ces sauts sublimes des danseurs et les jeux de jambes des danseuses ;

– un symbole des Ballets russes du début du XX°s: Le spectre de la rose de Michel Fokine. J’étais venue en partie pour cela car j’aime beaucoup cette idée romantique d’une femme qui sent une rose et en rêve ensuite ;

 – des classiques d’aujourd’hui comme La Chauve-souris (adagio acte II) de Roland Petit, coup de coeur de la soirée. C’est fou comme chez ce chorégraphe la femme est très souvent inquiétante ( cf mon billet d ‘octobre ), occasion également de revoir danser Olga Esina vue à Vienne en avril. Le Béjart Ballet Lausanne était présent avec Light, une pièce épurée et magnifique, autre coup de coeur. Mais également La Dame aux camélias de John Neumeier.

– d’autres plus contemporains mettaient en valeur la danse masculine comme Mopey de Marco Goecke que je ne connaissais pas et une des révélations de la soirée tant pour la chorégraphie que pour le danseur, Friedemann Vogel du Ballet de Stuttgart, ou  Russel Maliphant Two de Russel Maliphant ( phénoménal Carlos Acosta), Adagio d’Alexy Miroshnichenko ou Les Indomptés de Claude Brumachon;

– une réflexion malicieuse sur la danse avec le Grand Pas de deux de Christian Spuck où la ballerine préfère son sac à main aux exercices et tente de se sauver pendant l’entraînement;

– une avant-première des Enfants du Paradis de José Martinez que j’avais raté lors de sa création et que je découvrirai en juillet.

Bref une très belle soirée avec quelques bas (mauvaise organisation notamment) et beaucoup de beaux moments…