De Zurbaran à Rothko : la collection Alicia Klopowitz au musée Jacquemart André : une collection distinguée et élégante

« Nul ne choisit l’endroit où il voit le jour, mais tout un chacun a bien souvent la liberté de pouvoir, selon ses capacités, diriger sa vie par les chemins qui s’offrent à lui. Un des chemins que j’ai choisis a été celui de l’art… » Alicia Klopowitz

Pantoja de la Cruz

Visiter l’exposition De Zurbaran à Rothko : la collection Alicia Klopowitz au musée Jacquemart André, c’est d’abord entrer en communion avec l’une des plus grandes collectionneuses de notre époque, connaissant extrêmement bien le marché de l’art, membre du board de Christies et achetant ses œuvres sans agent. C’est également entrer dans un dialogue de collectionneuses : Nélie Jacquemart qui a réuni de splendides ensembles de peinture, sculpture et mobilier dans sa demeure  et Alicia Klopowitz. C’est d’ailleurs le côté sélectif de la première qui a convaincu la seconde d’y exposer sa collection.

J’ai eu la chance de découvrir cette exposition avec Pierre Curie, conservateur en chef du patrimoine, et conservateur au musée Jacquemart André. Cette collection est une « collection de femme » selon lui avec une sensibilité particulière sur certains sujets, une prédilection pour les portraits de femmes et une approche sensualiste et intellectuelle de l’Art. La collectionneuse possède par ailleurs une vision large de sa collection au sens ancien des collectionneurs : les œuvres vont du XVI° au XX° siècle, et représentent plusieurs courants artistiques. Alicia Klopowitz crée elle-même ses ensembles et vit dans sa collection (ou sa collection vit chez elle…)

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Dona Ana de Velasco y Giron par Juan Pantoja de la Cruz

La visite commence par une salle splendide dédiée à l’Espagne des siècles d’or avec notamment le sublime portrait de Dona Ana de Velasco y Giron par Juan Pantoja de la Cruz (1553-1608), peintre officiel de Philippe II et Philippe III. Le costume, et notamment la fraise ou collerette y sont particulièrement bien rendus, tout comme les sentiments de la jeune fille, à la fois consciente de son rang et du fait qu’elle ne reverra pas sa famille après son mariage au Portugal. Elle meurt en effet quelques années après.

La culture et la peinture espagnoles sont marquées par la France au début du XVIII°s puis par l’Italie dans la seconde partie du XVIII°s, influences que l’on retrouve dans les œuvres choisies : ainsi L’attaque de la diligence de Goya, représente un paysage à la française.

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La salle 2 présente de belles peintures italiennes déjà appréciées par les collectionneurs espagnols du XVIII°s ; les artistes italiens travaillaient par ailleurs souvent en Espagne pour ou avec la protection de la famille royale, comme Tiepolo et Antonio Joli.

Les salles 3, 4 et 5 sont particulièrement belles également, dédiées notamment aux portraits féminins peints par Toulouse-Lautrec, Gauguin, Schiele, Picasso, Van Dongen et Modigliani. On y découvre, au-delà des différences de style, la profondeur psychologique de cette peinture et on est saisi par l’unité qui se dévoile de cette collection.

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Les salles 6,7 et 8 sont davantage consacrées à l’art de la seconde moitié du XX° siècle : Gonzalez, Rothko, Tapies de Kooning dialoguent tandis que Giacometti, Freud, Bourgeois et Barcelo nous montrent le choc des matières avec un portrait féminin de Freud perturbant psychologiquement et des toiles magnifiques inspirées par l’Afrique pour Barcelo.

Une exposition dont on ressort à la fois ravi par tant de chefs d’œuvre et impressionné par l’harmonie de l’ensemble malgré les différences de style et d’époque ;

 

Musée Jacquemart André – De Zurbaran à Rothko : la collection Alicia Klopowitz

Jusqu’au 10 juillet 2017

 

Amadeo de Souza-Cardoso au Grand Palais : un pari audacieux mais réussi

Peintre d’origine portugaise décédé à 30 ans de la grippe espagnole, Amadeo de Souza-Cardoso (1887-1918) n’est pas un peintre connu du grand public. En 2000, l’historien d’art américain Robert Loescher le qualifiait d’un « des secrets les mieux gardés du début de l’art moderne ». Lui consacrer une exposition au Grand Palais, après Velázquez et Vigée Le Brun était donc selon moi un pari audacieux.

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Titre inconnu (clown, cheval, salamandre) – Amadeo de Souza-Cardoso – vers 1911-1912 – Lisbonne, CAM, Fundaçao Calouste Gulbenkian, photo: Paulo Costa

« L’art, tel que je le sens, est le produit émotionnel de la nature. Et la nature, source de vie, de sensibilité, de couleur, de profondeur, d’action mentale » écrit l’artiste en 1915.

Un intérêt pour la nature qui traverse toute son œuvre, tout comme les motifs de la chasse et du cavalier, récurrents dans ses peintures et ses dessins. Un univers personnel en lien avec l’héraldique, le monde médiéval, les arts premiers tout étant très novateurs, que j’ai personnellement beaucoup aimé car pile dans ma période d’histoire de l’art préférée.

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Lévriers-  Amadeo de Souza-Cardoso – vers 1911 – Lisbonne, CAM, Fundaçao Calouste Gulbenkian, photo: Paulo Costa

Présent au Grand Palais en 1912, Amadeo de Souza-Cardoso y expose au Salon d’Automne Avant la Corrida, toile qui figure ensuite dans la célèbre exposition de l’Armory Show aux Etats-Unis en 1913.

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Le saut du lapin – 1911 – Amadeo de Souza Cardoso
Arthur Jerome Eddy Memorial Collection- The Art Institute of Chicago

Proche de Modigliani et Brancusi, figure de l’Avant-garde parisienne, Souza-Cardoso est issu d’une famille de la riche bourgeoisie rurale portugaise. Il évolue de 1906 à la fin de sa vie en 1918 entre ses deux mondes, éternel insatisfait.

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Cariatide, Amedeo Modigliani – vers 1911 – collection particulière -Copyright Studio Sébert – Photographes

On perçoit entre l’artiste et Modigliani une influence dans le style qui va bien au-delà de leur amitié : ressemblances graphiques évidentes, intérêt pour les arts premiers… Leur traitement de la figure féminine diffère toutefois : cariatides intemporelles pour Modigliani, femmes en mouvement pour Souza-Cardoso.

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Sans titre (fileuse) – 1913 – Amadeo de Souza Cardoso –  collection particulière – Photo José Manuel Costa Alves

Une exposition que je vous invite fortement à découvrir au Grand Palais, jusqu’au 18 juillet 2016.