Première du ballet Onéguine: entre passion et honneur…

Hier soir avait lieu à Garnier la reprise d’un ballet entré à l’Opéra de Paris le 16 avril 2009.

Eugène Onéguine est d’abord un roman du grand poète russe Alexandre Pouchkine. Il est à cet égard prémonitoire du sort qui l’attend: Comme Lenski dans Onéguine, Pouchkine meurt jeune dans le duel qui l’oppose à l’officier français d’Antès, accusé de séduire sa femme.

De ce roman sur l’honneur et la vacuité d’un homme, Eugène Onéguine, le chorégraphe sud-africain John Cranko a créé en 1965 un petit bijou de danse classique. Précision pour les mélomanes: aucun élément de l’opéra du même nom de Tchaikovski n’est repris mais des oeuvres du compositeur.

Le premier acte s’ouvre sur le jardin d’une maison de campagne, celle de Madame Larina, où se promènent des jeunes gens. Un décor élégant où va se nouer le début du drame. Un miroir est posé sur la table. Qui le regarde y voit, dit-on, les traits de son bien-aimé. La jeune Olga ( Myriam Ould-Braham) y retrouve ceux de son fiancé, le poète Lenski ( Josua Hoffalt) alors que sa soeur Tatiana ( Aurélie Dupont) y voit ceux d’un inconnu… qui s’avère être un ami de Lenski, Eugène Onéguine ( Evan McKie, artiste invité), tout juste arrivé de St Petersbourg. Celui-ci ne prête guère attention à la jeune femme qui, elle, est troublée. Elle lui écrit, le soir venu, une longue lettre. Dans son sommeil lui apparaît Eugène Onéguine. Un thème cher à Pouchkine que celui du songe, des fantômes, et magnifiquement rendu par la danse. Un pas de deux sensuel en noir et blanc dans la pénombre de la chambre. Un des plus beaux passages du ballet peut-être.

Hélas, lors de l’anniversaire de Tatiana, Onéguine lui rend sa lettre après avoir dansé avec elle. Alors que l’arrivée du prince Grémine (Karl Paquette) est l’occasion pour Tatiana de faire diversion, Onéguine se met à flirter avec Olga, suscitant la rage de Lenski. Des scènes d’une forte intensité psychologique où l’égocentrisme et l’égoïsme d’Onéguine sont montrés – se terminant par une provocation en duel, et plus tard par la mort de Lenski.

Le dernier acte, à St Petersbourg, reprend selon moi dans son décor quelques éléments de l’Ermitage: marbres, lourdes tentures, lustres impressionnants. Plusieurs années après, Onéguine, invité chez Grémine, revoit alors Tatiana, devenue l’épouse de ce dernier. Au milieu des danses, ses souvenirs reviennent… il semble regretter. Mais a-t-il vraiment changé? La dernière scène montre la violence et l’égoïsme de cet homme, qui après avoir écrit à Tatiana, veut – voire exige vu la violence de la danse – qu’elle cède. Une passion partagée mais un honneur à préserver telle semble être la morale de la scène finale…

Un très beau ballet où alternent des pas de deux d’une grande intensité psychologique et des scènes de bal où le corps de ballet semble à son aise. Karl Paquette à qui le rôle de Prince va toujours aussi bien – même s’il reste mal aimé du public. Aurélie Dupont passe avec justesse de la jeune fille romantique à la femme fière, quoiqu’amoureuse, et décidée à préserver son honneur. Evan Mckie, artiste invité, joue parfaitement l’homme blasé par la vie poursuivant une chimère. Josua Hoffalt incarne un poète trop soucieux de son honneur et y perdant sa vie. Myriam Ould-Braham ou la jeune femme inconstante par excellence…

Un drame magnifiquement chorégraphié…

L’anatomie de la sensation: une création sans réelle « patte personnelle »

N’ayant pas réussi à avoir des places pour la soirée d’ouverture des Etés de la danse je me suis tournée vers de la danse contemporaine, L’anatomie de la sensation de Wayne Mac Gregor, création pour l’Opéra de Paris inspirée des oeuvres de Francis Bacon.  Cinq étoiles étaient présentes hier, accompagnant le corps de ballet: Mathias Heymann et Jérémie Bélingard dont le duo apparaît comme un des fils rouges de la pièce, Marie-Agnès Gillot à la danse si gracile, Aurélie Dupont, aux apparitions trop furtives à mon goût et ce alors qu’elle revenait après une absence d’un an, et Dorothée Gilbert, peu vue également.

Je ne suis pas adepte de ces chaires roses torturées mais j’avais envie de voir comment la peinture était transcrite en danse.

Premier étonnement: cette création est somme toute assez classique. Je m’attendais à des courses comme dans Rain de Keersmaeker, des pieds flexes comme dans Mats Ek. Ces-derniers sont bien présents mais retranscrivent davantage l’aspect torturé de l’oeuvre qu’une marque de fabrique.

Deuxième étonnement: une forte inspiration balanchinienne. Pour les néophytes, Balanchine passe en ce moment aux Etés de la Danse. Ses chorégraphies sont assez graphiques, les danseurs évoluant -en schématisant – en justaucorps sur fond de couleur uni.

Dernière surprise: la pièce, qui suit les 9 mouvements de la pièce Blood on the floor de Mark-Anthony Turnage, ne progresse pas. Une histoire ne nous est pas racontée, comme dans Caligula de Nicolas Le Riche. 9 tableaux se suivent, alternant 3 duos, un solo, un quatuor et 4 danses de groupe, avec un emprunt parfois au music hall. Je m’attendais à une variation sur les 5 sens, sur les différents types de perception. C’est bien ce qui était revendiqué, je ne l’ai pas trop retrouvé.

La musique ne servait pas particulièrement la pièce, les cuivres étant trop forts, grande faiblesse de l’Opéra Bastille criante hier soir.

Une fois toutes ces remarques faites, ai-je aimé cette pièce?

Abstraction faite de ces remarques, je ferai une distinction entre adhérer à une pièce et apprécier certains passages. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup apprécié l’aspect graphique me rappelant Balanchine. Point

Le premier mouvement, interprété par Mathias Heymann et Jérémie Bélingard, marqué par une homosexualité latente, était très baconien, torturé quoi.

Le deuxième, dansé par Marie-Agnès Gillot, où une personne évolue dans un cercle de lumière sur fond jaune, était particulièrement beau, tant dans les gestes que dans les jeux de lumière.

Le quatrième, Sweet and Decay, interprété par Marie-Agnès Gillot, Audric Bezard, Alice Renavand et Joshua Hoffalt, mettait en lumière les relations parfois violentes entre êtres humains.

Le huitième mouvement, duo d’Alice Renavand et Josua Hoffalt, était différent: moins contorsionné et plus joyeux.

En conclusion: Une soirée très graphique et parfois agréable mais je ne sais pas quelle est la patte du sieur Mac Gregor.