Le Grand Palais rend hommage au Greco

Le Greco… un nom qui évoque pour les esthètes et les amateurs d’art les églises et musées de Tolède et plus généralement la Grèce d’où est issu son surnom « Greco ».

Le Grand Palais propose jusqu’au 10 février 2020 la première rétrospective de cette ampleur en France dédiée à cet artiste.

Né en 1541 en Crète, alors dominée par Venise, et décédé en 1614, Domenikos Theotokopulos, dit Greco, fait son premier apprentissage dans la tradition byzantine avant de parfaire sa formation à Venise puis à Rome. La scène artistique qu’il découvre en Italie lorsqu’il s’y installe en 1567 est alors partagée entre Titien dont le pinceau règne dans Venise, et Michel-Ange (mort en 1564) dont l’art domine même après sa mort Rome et Florence. A Venise, Greco découvre Titien, son modèle, dont il fréquente peut-être l’atelier, Tintoret, dont le style le stimule et Jacopo Bassano dont il retient sa vie durant le clair-obscur. Il y apprend également la grammaire de la Renaissance et le langage de la couleur chère à la Cité des Doges. Il est un contemporain d’un autre maître du clair obscur, Caravage (1571-1610), dont je vous ai parlé à plusieurs reprises ici car grande amatrice.

vue de l’exposition Greco (4) scénographie Véronique Dollfus
© Rmn-Grand Palais 2019 / Photo Didier Plowy

Greco doit trouver sa voie. Il retient la couleur de l’école vénitienne et lui concilie la force du dessin de Michel-Ange. Toutefois il n’arrive pas à s’y faire connaître. Outre son caractère ombrageux – en 1572 son arrogance face à la peinture de Michel-Ange qu’il se plait à reformuler et à « corriger » lui aurait valu d’être chassé du palais Farnèse où il était hébergé – il est étranger, sans appui, parle imparfaitement l’italien et ne connait pas la technique de la fresque.

vue de l’exposition Greco (6) scénographie Véronique Dollfus
© Rmn-Grand Palais 2019 / Photo Didier Plowy

Il part en Espagne, à Tolède, la cité la plus prospère de Castille. (C’est d’ailleurs à Tolède que j’ai vu les plus beaux Greco il y a quelques années). En 1577 Greco signe deux contrats importants pour Diego de Castilla, doyen des chanoines de la cathédrale de Tolède. La vieille cité impériale devient le cadre – et parfois même le personnage secondaire – de ses compositions dont les arrières plans laissent voir les monuments emblématiques : la cathédrale, le pont d’Alcantara, l’Alcazar… comme dans le tableau Saint Martin et le mendiant.

El Greco (Domenikos Theotokopoulos) (Greek, 1541 – 1614), Saint Martin and the Beggar, 1597/1599, oil on canvas, Widener Collection 1942.9.25

Greco développe ainsi son art et s’appuie sur un atelier pour pouvoir répondre aux commandes ordinaires tandis qu’il se concentre sur les marchés les plus importants.

L’exposition du Grand Palais est également l’occasion de découvrir l’importance de la variation ( Claude Monet n’a rien inventé) sur certains sujets comme les personnages de Saint François, Saint Pierre et Saint Paul. Greco travaille alors sur la couleur, le regard comme le montrent les différents tableaux consacrés à Saint Pierre, l’Eglise chrétienne occidentale et Saint Paul, l’église chrétienne orientale. On retrouve également l’influence des icônes dans sa façon de traiter les Nativités, dont la scène se trouve dans des grottes.

Une exposition magnifique, à la scénographie très épurée qui permet de se concentrer sur les œuvres. Un petit bijou de peinture classique aux couleurs un brin psychédéliques qui nécessite toutefois une certaine culture religieuse pour l’apprécier à sa juste valeur.

Anne-Laure FAUBERT

Jusqu’au 10 février 2020 au Grand Palais

Attention chefs d’œuvre !! Dürer, Manet et Schiele se sont donné rendez-vous au Musée du Luxembourg

Pour ceux qui ont envie de découvrir deux grands musées de Budapest sans sortir de Paris, direction le Musée du Luxembourg où jusqu’au 10 juillet 2016,  85 peintures, dessins et sculptures du Szepmüveszeti Museum et de la ont posé leurs valises. En cause : la rénovation de ces musées (comme une partie des monuments hongrois vu mon expérience de l’été dernier).

Musée_Budapest

Jozsef Rippl-Ronai – Femme à la cage, 1892 – Budapest, galerie nationale hongroise – Copyright galerie nationale hongroise , Budapest 2016

Le parti pris des commissaires Laurent Salomé et Cécile Maisonneuve, que j’ai eu le plaisir d’écouter, est de faire dialoguer les œuvres entre elles, même et surtout si leurs auteurs ne se sont jamais rencontrés, afin d’éviter notamment le piège de la sélection de chefs d’œuvre.

Seated Woman
Egon Schiele 1911 Pencil, gouache, opaque white, India ink wash 446×302 mm 

Budapest, musée des Beaux-Arts, Copyright musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

De la fin du Moyen Âge au début du XX°siècle chaque salle présente des œuvres majeures  ou des œuvres moins connues d’un musée dont les origines sont liées à l’Histoire de l’Autriche-Hongrie et la volonté de doter Budapest d’une institution d’envergure internationale qui puisse offrir le meilleur de l’art national et européen.

Il est à ce titre très intéressant de découvrir la vision est-européenne de l’art sur l’art européen : on y retrouve les statues des fondateurs du royaume de Hongrie, Saint Etienne et saint Ladislas ou des thèmes prisés comme la femme tentatrice et séductrice avec Salomé de Cranach.

Salome with the Head of Saint John the Baptist
Lucas Cranach 1530 panel, oil 87 x 58 cm (34 1/4 x 22 13/16 in.)

Budapest, musée des Beaux-Arts, Copyright musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

Le trio Dürer, Altdorfer et Cranach permet également d’avoir un bel aperçu de la Renaissance germanique (magnifique Jeune homme de Dürer).

72dpi-Durer

Albert Dürer – Portrait d’un jeune homme vers 1500 – 1510 – Budapest, musée des Beaux-Arts, Copyright musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

La peinture française est par ailleurs faiblement représentée dans la collection Esterhazy (point de départ du musée). La fin du XVIII°s voit également en Europe de l’Est l’intérêt croissant pour la peinture réaliste et la peinture hollandaise.

A titre personnel j’aurais beaucoup de mal à dire quels tableaux j’ai préférés car je suis une inconditionnelle de Cranach, Dürer, El Greco et Schiele. J’étais donc aux anges… Et voir dialoguer Goya et Füssli- dont les deux tableaux sont étrangement familiers – était magnifique…

The Water Carrier ("La Aguadora")

Goya – La porteuse d’eau – entre 1808 et 1812 – Budapest, musée des Beaux-Arts, Copyright musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

Un mot d’ordre : courez-y !

Musée du Luxembourg – Chefs d’œuvre de Budapest – Dürer, Greco, Tiepolo, Manet, Rippl-Ronai… Jusqu’au 10 juillet 2016