Monet Auburtin: une rencontre artistique à Giverny…

Confronter un monstre sacré de la peinture, Claude Monet ( 1840-1926), à un peintre inconnu du grand public, Jean-Francis Auburtin (1866-1930), associé pour les connaisseurs aux commandes officielles des grands programmes décoratifs des édifices publics, est le pari audacieux et réussi du musée des impressionnismes Giverny à l’occasion de ses 10 ans.

Se servir de la notoriété de l’un pour faire connaître l’autre? Le propose de l’exposition va bien au-delà.

Photo Monet Auburtin

Si les photographies des deux artistes qui nous accueillent font craindre, par la ressemblance des deux hommes, une peinture similaire, la confrontation de leurs œuvres fait naître en creux leur différence: alors que Claude Monet s’intéresse aux variations atmosphériques, Jean-Francis Auburtin cherche lui à saisir la quintessence et le silence du paysage.

Paysage symboliste Auburtin

On découvre dans la première salle la forte influence qu’exerçèrent Pierre Puvis de Chavanne et James Abbott McNeill Whistler (c’est flagrant dans le paysage symboliste ci-dessus) sur Auburtin, tout comme l’exposition de 1889 Monet – Rodin avec les thèmes de l’âge d’or et d’Orphée. C’est également l’occasion de rappeler les origines de Monet et d’Auburtin. Ce dernier vient d’un milieu d’architectes fortement influencé par la culture grecque et entre aux Beaux-Arts de Paris en 1888 alors que Monet n’a suivi qu’une courte formation artistique et vient de la bourgeoisie commerçante du Havre.  Auburtin inscrit ses êtres surnaturels dans des paysages réels comme dans Les nymphes, la forêt et la mer qui se situe en réalité à Porquerolles.

Etude pour le matin (dyptique) Auburtin

L’exposition Monet Auburtin: une rencontre artistique est également l’occasion de découvrir un autre artiste, Thornley, qui lithographiait les œuvres de Monet avec son accord. Car à l’inverse d’Auburtin Monet savait vendre ses œuvres. On y découvre également qu’ils étaient tous deux de grands collectionneurs d’estampes japonaises.

Etretat Auburtin

Les bleus sublimes, la permanence des roches, la nature sauvage intéressent Claude Monet. Auburtin préfère le silence du paysage… Une question quasiment d’ordre philosophique.

Courez-y; notamment car les plus beaux tableaux ne peuvent être photographiés et sont dans des collections privées! 

Anne-Laure FAUBERT

Musée des impressionnismes Giverny

Jusqu’au 14 juillet 2019

 

Pissarro à Eragny – la nature retrouvée au Musée du Luxembourg

 

recto after conservation

C’est en compagnie du Co commissaire de l’exposition, Joachim Pissarro, arrière-petit-fils de l’artiste, que j’ai pu découvrir l’exposition Pissarro à Eragny, la nature retrouvée. Historien d’art enseignant notamment aux Etats-Unis, il nous a livré une lecture intéressante et à double face de l’œuvre de l’artiste.

Pissarro_Eragny_maison

Eragny est un village très peu connu et intact, loin des pèlerinages touristiques comme Giverny ou Auvers sur Oise. Pissarro vit en effet à l’époque dans deux endroits : Pontoise et Eragny. Ayant grandi sans maître de peinture, il se définit comme anarchiste (An/ Archos en grec : sans maître) tant au niveau pictural que politique. C’est d’ailleurs cet aspect de l’exposition que j’ai trouvé particulièrement intéressant. Par ailleurs, quoique juif, il critique dans ses dessins la banque juive même s’il se reprend ensuite lors de l’affaire Dreyfus.

Pissarro_jardin

Pissarro entretient des relations étroites avec Monet et à sa mort, ce-dernier devient le tuteur de son dernier fils, Paul-Emile Pissarro.

Pissarro_Eragny_paysanne

Lorsque Pissarro peint une scène de marché à Gisors ou un jardin, on est loin de la peinture ornementale de Monet où par exemple les betteraves sont absentes car considérées comme vulgaires. Pissarro, lui, s’intéresse au modèle économique du marché, à l’aspect nourricier du potager…  Deux approches différentes qui ne doivent pas faire oublier que Pissarro et Monet étaient tous deux des libre penseurs.

Musée du Luxembourg jusqu’au 9 juillet 2017