La Collection Alana, l’une des collections privées les plus secrètes de la Renaissance italienne s’installe au musée Jacquemart André

Si le visiteur apprend peu de choses sur les collectionneurs Alvaro Saieh et Ana Guzman, dont la contraction des prénoms donne Alana, il est en revanche saisi dans la première salle de l’exposition par l’accumulation de tableaux, dans la pure tradition des cabinets de curiosité – ou studiolo – de la Renaissance. A l’encontre des collectionneurs actuels, la collection Alana se concentre sur l’art gothique et la Renaissance, et un intérêt plus récent pour la peinture des XVI° et XVII°, écho à la collection italienne de Nélie Jacquemart et Edouard André.

L’appartement des collectionneurs

Au gré des tableaux, le visiteur découvre un Aspertini à côté d’un Reni, un Fra Angelico, un Lippi ou un Veronese et passe de la peinture a tempera à celle à l’huile, et donc à des couleurs nouvelles.  Autant de chefs d’œuvre qui permettent aux yeux aguerris de reconnaître le fond d’or de l’art byzantin avant Cimabue, la ligne de Sienne différente de celle de Florence (et de Giotto qui travaillait par ailleurs à Padoue) et aux esthètes de découvrir des chefs d’œuvre montrés pour la première fois.

Jacopo di Arcangelo dit Jacopo del Sellaio (Florence – 1441/42-1493), Vierge d’humilité avec l’enfant Jésus, Saint Jean Baptiste et deux anges, vers 1490 – Copyright: Allison Chipak

Sur les tableaux à fond d’or, dans la continuité du style gothique, s’expriment déjà les innovations stylistiques propres au Trecento et au Quattrocento : le travail subtil de l’or, le raffinement des détails et l’attention nouvelle portée aux figures, tant dans leur physionomie que leurs postures. L’intérêt pour l’intégration d’éléments architecturaux et l’expérimentation de nouvelles représentations de l’espace sont visibles dès la première salle ainsi que la volonté de retrouver, par la peinture, une relation plus directe avec Dieu.

Niccolo di Pietro Gerini (Florence, 1368-1415/16): La Trinité avec la Vierge et quatre anges, vers 1380-1385 – Copyright: Allison Chipak

L’exposition permet également de découvrir la variété des langages figuratifs de l’Italie au XV°s tant à Florence qu’à Pise, et de se souvenir de la puissance de Florence au XV°s, lorsque les riches familles marchandes deviennent, comme les congrégations religieuses, de grands commanditaires.

Lorenzo Monaco (Florence, vers 1370-1425), L’Annonciation, vers 1420-1424 – Copyright: Allison Chipak

L’Annonciation de Lorenzo Monaco, que l’on retrouve sur les différents supports de communication, reste pour moi, avec le tableau de Cosme Premier de Bronzino, mes tableaux préférés de l’exposition. Il se dégage de cette Annonciation, un riche éventail de couleurs sur fond doré, ainsi qu’une profonde douceur des gestes. Marie consent à son destin de façon grave et sereine.

Anne-Laure FAUBERT

Jeanne Lanvin au Palais Galliera : I love Lanvin !

Issue d’une famille de 11 enfants et d’un milieu ouvrier Jeanne Lanvin (1867-1946) a créé une maison qui reste la plus ancienne maison de haute couture française en activité.

CAVALLINI - Lanvin

Jeanne Lanvin, robe du soir « La Cavallini », 1925 Gouache © Patrimoine Lanvin

Le Palais Galliera, en étroite collaboration avec Alber Elbaz, directeur artistique de la Maison Lanvin ont voulu faire de cette très belle exposition un événement dont on sort en disant « I love Lanvin » et dont on a envie de dévaliser les modèles. Pari réussi car je serais bien repartie avec quelques robes bleues – ce bleu Lanvin qui rappelle le peintre Fra Angelico que j’aime tant et dont j’ai visité le monastère à Florence il y a quelques années – le modèle Donatienne avec du corail, des noires pleines de dentelle (j’ai un faible pour la belle dentelle) et certains chapeaux et vestes kimonos… Bref un bon quart des modèles exposés ; ))

Donatienne Lanvin

Robe «Donatienne », hiver 1920-1921 Collection Palais Galliera © Katerina Jebb, 2014

C’est dire que cette expo m’a plu… et ce d’autant que la visite guidée d’Aurore pour Bulles de Culture était particulièrement réussie.

Jeanne Lanvin était une femme d’action : elle divorce à une époque où le statut de mère célibataire est compliqué, tout comme sa fille unique Marguerite plus tard. Elle voyage beaucoup et collectionne des tissus qu’elle chine. A ses couleurs préférées – le blanc et le noir – elle crée un bleu particulier, le bleu Lanvin. Elle s’inspire aussi bien de l’Antiquité grecque pour un chapeau grisette que des costumes traditionnels russes ou du Second Empire pour l’association du noir et du bleu.

La diva

«La Diva », robe du soir, hiver 1935-1936 et dessin Maison Lanvin «La Diva», hiver 1935-1936.
© Collection Palais Galliera / Katerina Jebb, 2014/ Patrimoine Lanvin

Ses créations sont également marquées par sa fille Marguerite – rebaptisée par son second mari le comte de Polignac Marie-Blanche – pour qui elle crée une ligne pour enfants et dont le noeud symbolise son amour pour elle. Petite, Marguerite était changée par sa mère plusieurs fois par jour puisqu’elle jouait dans la boutique et lui servait ainsi de « carte de visite ». Elle donnait envie aux clientes de repartir avec un modèle à défaut de repartir avec l’enfant…

Pour célébrer les trente ans de Marguerite, Jeanne Lanvin compose Arpège en 1927, le plus grand des parfums Lanvin.

Evening-Gown-Bel-Oiseau-Detail-1-©-Olivier-Saillant

Evening-Gown Bel Oiseau © Olivier Saillant

J’ai apprécié dans cette exposition le choix des pièces qui donnent un bel aperçu du savoir-faire de la Maison Lanvin. Les pièces sont choisies avec soin et nous font entrer dans le milieu mondain des bals et des robes de style tout en mettant en valeur le côté intemporel de ces créations. Un mélange de classicisme à la française avec des robes de style XVIII° et des lignes plus sobres de l’Art déco. Une vision de la femme qui dégage une grande élégance loin de l’érotisme exacerbé de certains couturiers masculins…

Une expo à découvrir jusqu’au 23 août 2015

de certains couturiers masculins…